Petites et grandes histoires

Cette nouvelle section contiendra des articles sur différents sujets pas nécessairement reliés à une date précise du calendrier historique.

Les premiers articles porteront sur des histoires de Saint-François d’Assise durant le Régime français.

Chroniqueur: André Cousineau

_________________________________________

Une sage-femme à St-François d’Assise au 18e siècle: Anne Courtemanche 

Publié le 7 mai 2016

Anne Courtemanche est baptisée le 9 mars 1666 à Notre-Dame de Montréal. Elle est la fille d’Antoine Courtemanche et d’Élisabeth Haguin. Elle épouse Laurent Archambault à Pointe-aux-Trembles le 3 novembre 1686. Laurent Archambault est le fils de Laurent et de Catherine Marchand. Laurent Archambault père est né en France. Il arrive en Nouvelle-France vers 1645 avec son père Jacques, sa mère Françoise Tourault et cinq frères et sœurs.1

Le couple s’installe à Longue Pointe après le mariage comme en fait foi l’acte de baptême de leur fille Marie-Angélique le 4 mars 1694. Par l’aveu et dénombrement de 1731, on sait que Laurent Archambault possède à St-François trois arpents de terre de front sur quarante arpents de profondeur avec maison, grange et étable. Sur 120 arpents de superficie, 60 sont de terre labourable et 6 de prairie. La terre de Laurent Archambault correspond au numéro 400 du cadastre de 1876, une des deux terres que Pierre Tétreault acheta en 1896 pour former le cœur de Tétreaultville.

Le couple Archambault-Courtemanche aura 9 enfants, tous baptisés à Pointe-aux-Trembles sauf Marie-Madeleine, baptisée à Notre-Dame de Montréal. Pour le bénéfice de nos lecteurs, mentionnons que la paroisse de St-François est érigée canoniquement en 1722 et formée d’une partie de la paroisse St-Enfant-Jésus de la Pointe aux Trembles et d’une partie de Notre-Dame de Montréal. Les registres ne s’ouvrent qu’en 1724. Tous les actes de la famille d’Anne Courtemanche sont donc enregistrés à Pointe aux Trembles.

Elle est la marraine des enfants suivants :

  • Antoine Desmarets, né le 9 et baptisé le 11 décembre 1701 à Notre-Dame;
  • Pierre Chevaudier, né le 1 mars 1702 et baptisé le lendemain à Pointe-aux-Trembles (PAT);
  • Jean-Baptiste Laurion, né le 13 et baptisé le 14 mars 1702 à PAT;
  • Jean-Baptiste Maréchal, baptisé le 8 juillet 1705 à PAT;
  • Marie-Anne Charpentier, baptisée le 31 octobre 1705 à Rivière-des-Prairies;
  • Joseph Charretier, né et baptisé le 13 février 1723 à PAT;
  • Marie-Anne Chadillon, née le 30 et baptisée le 31 juillet 1723 à PAT;
  • Anne Marguerite Martel, née de père inconnu, fille de Marguerite Martel, née et baptisée le 15 mai 1725, à St-François;
  • Joseph Joachim Beaudry, né le 25 et baptisé le 26 février 1731 à PAT (petit-fils).

On sait qu’elle est sage-femme par trois mentions dans les registres :

  1. Dans l’acte de baptême des frères Alexis et Jean-Baptiste Dumay, nés et baptisés le 17 juillet 1722 à Pointe-aux-Trembles, il est écrit que les enfants ont été «baptisés par la sage femme Anne Courtemanche».
  2. Dans l’acte de baptême de Charles Goguet, né le 30 septembre et baptisé le 1 octobre 1725 à St-François, il est mentionné que Charles a «été baptisé à la maison par la sage femme nommée Anne Courtemanche»
  3. Dans l’acte de baptême de Cécile Amable Sicar, née le 3 et baptisée le 4 janvier 1730 à Pointe-aux-Trembles, on dit que l’enfant «qui était en danger de mort après la naissance a été ondoyée par Anne Courtemanche sage femme».2

CharlesGoguet.1725

Acte de baptême de Charles Goguet avec la mention «a été baptisé a la maison par la sage femme Anne Courtemanche a cause de maladie», Registres de Saint-François, Archives nationales du Québec

Son nom est mentionné dans les registres uniquement parce qu’on craint pour la vie des enfants et que ceux-ci doivent être absolument baptisés. Il est presqu’assuré qu’elle a accouché tous ses petits-enfants. D’ailleurs, elle est la marraine de son petit-fils Joseph Joachim Beaudry, fils de Marie-Angélique Archambault et de Jacques Beaudry. Elle est mentionnée à huit reprises à titre de marraine entre 1701 et 1731. A-t-elle travaillé durant toutes ces années? Difficile à dire. Précisons toutefois que ses deux derniers enfants, Marie-Anne et Antoine, naissent respectivement en juin 1703 et janvier 1706. Une seule chose est sûre. Elle est sage-femme de 1722 à 1730.

Comment devient-elle sage-femme? D’abord parce qu’elle a accouché de neuf enfants. Ensuite sûrement par l’exemple donné par sa mère, ses sœurs et d’autres femmes du village.

En 1703, Mgr de Saint-Vallier publie Le Rituel du diocèse de Québec dans lequel on trouve une première mesure de démocratie pour les femmes. Il recommande aux curés de chaque paroisse de procéder à l’élection des sages-femmes. «Lorsqu’il faudra élire une sage femme, les curés assembleront les plus vertueuses et les plus honnêtes de leur paroisse, pour élire en sa place celle qu’elles croiront en conscience être la plus fidèle, la plus prudente, & la plus propre à cette fonction.»3

Il est donc probable qu’au moins de 1722 à 1730, Anne Courtemanche ait été élue par les paroissiennes de St-François.

Comment procédait-elle lors d’un accouchement? Lorsque les contractions commencent et que bébé va bientôt se présenter, on chasse mari et enfants. L’accouchement ne se fait qu’en présence de femmes : la sage-femme, la releveuse, la grand-mère, des voisines venant aux nouvelles.

Sage-femme.1

Tiré du site du baccalauréat en sage-femme de l’UQTR

D’après les images d’époque en France, il est fort possible que la femme accouche en position assise. Les sages-femmes sont devenues expertes dans l’utilisation de plantes médicinales comme l’ergot, un champignon parasite des céréales. Ce champignon aide à soulager les douleurs de l’accouchement. Elles utilisent également la belladonne pour éviter les spasmes conduisant aux fausses couches. Une autre recette nous est donnée par une animatrice des Fêtes de la Nouvelle-France, personnifiant la sage-femme Marie-Barbe St-Amour. «Versez du poivre et hachez un oignon dans une soucoupe. Renversez cette soucoupe sur le ventre de la mère et maintenez-la bien en place avec une corde. La mère dit rester allongée ainsi pendant 48 heures. Ce remède est d’une remarquable efficacité. Au bout de deux jours, on n’a plus mal au ventre, même si on peut avoir mal ailleurs.» L’article cité mentionne que la nouvelle mère bénéficiait d’un congé de maternité de neuf jours.4

Anne Courtemanche meurt le 4 août 1737 et est inhumée deux jours plus tard dans le cimetière de St-François d’Assise. Son mari lui survécut jusqu’au 29 mars 1749. Une rue dans le Faubourg Contrecoeur porte son nom, tout juste à l’ouest du parc Carlos-d’Alcantara.

  1. PRDH, Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal
  2. Registres disponibles aux Archives nationales du Québec
  3. Rituel du Diocèse de Québec publié par l’ordre de Mgr de St-Vallier, Paris, Simon Langlois, 1703, microfiche de l’édition originale se trouvant à la Bibliothèque nationale du Canada et numérisée par University of Alberta Libraries
  4. Cité dans Le Soleil, 8 août 2009

_________________________________________________

Un colon de Longue Pointe assassiné dans son lit!

Publié le 7 mai 2016

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Jean Aubuchon dit Lespérance a eu une vie mouvementée.1 Il naît à Dieppe entre 1634 et 1636 selon les recensements. La première mention de son nom en Nouvelle-France est tirée d’un acte du notaire Audouart en date du 1er juin 1649 par lequel il reçoit une concession du père Buteux, S.J. au Cap-de-la-Madeleine avec son demi-frère Jacques. Cependant, il préfère s’établir à Montréal. Le 6 juillet 1651, il est dans cette ville puisqu’il est témoin dans un acte du notaire Jean St-Père. Le 24 février 1654, il reçoit un emplacement qui se trouve aujourd’hui à l’angle des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel dans le Vieux-Montréal.

Il songe alors à fonder une famille. Il retourne à Trois-Rivières où il épouse Marguerite Sédillot le 19 septembre 1654. Marguerite est née le 4 avril 1643. La mariée n’a donc que…11 ans. L’âge légal de mariage étant de 12 ans, le mariage est annulé pour être réhabilité à Montréal le 12 avril 1655, la mariée ayant atteint l’âge permis. Le premier enfant du couple, Médéric, est baptisé le 7 août 1660. Marguerite a alors 17 ans.

Jean Aubuchon s’intéresse ensuite aux affaires. Il fait partie des premiers marchands de Ville-Marie avec Jacques Le Ber, Jacques et Charles Le Moyne et Jean Gervaise. Il achète, il vend, il prête de l’argent comme en témoigne de nombreux contrats de Bénigne Basset, Antoine Adhémar et de nombreux autres. Il est d’ailleurs un grand ami du notaire Basset car celui-ci le fait signer comme témoin une trentaine de fois entre 1658 et 1660. Son appât du gain le conduit cependant à une première condamnation de 50 livres puis une deuxième de 100 livres le 30 mai 1657 pour trafic illégal d’eau-de-vie avec les Amérindiens.

On retiendra son nom dans la petite histoire militaire de la Nouvelle-France parce qu’il prête une somme de 48 livres à nul autre que Dollard des Ormeaux qui prépare son expédition au Long-Sault.

Cependant, Jean Aubuchon continue de s’attirer des problèmes avec la justice. Le 17 juin 1660, il est condamné pour adultère car il a séduit la jeune épouse de 17 ans du chirurgien Étienne Bouchard, Marguerite Boissel. Notons que Margueite Sédillot était enceinte de leur premier enfant Médéric. La sentence est exemplaire dans le sens qu’il doit payer une amende de 600 livres au chirurgien et qu’il est condamné au bannissement perpétuel de la ville. La cour lui laisse trois mois pour régler la situation. Il choisit cependant de payer rapidement l’amende et s’exile à Trois-Rivières où vit son demi-frère. Il reparaît deux ans plus tard à Montréal, le jugement ayant été reporté. Il se tire de ce mauvais pas en donnant une somme de 300 livres à Notre-Dame pour six messes à chanter en l’honneur du Saint Sauveur (contrat du notaire Bénigne Basset, 27 aout 1662). Nouveaux démêlés avec la justice en 1670 et ceci, à cause de sa femme. Celle-ci administrait un cabaret. Elle avait laissé quatre joueurs jouer aux cartes pendant deux jours. Premièrement, les cabarets devaient fermer à 21 heures et deuxièmement, un des quatre joueurs était recherché pour vol de six minots de blé.

Aubuchon réussit à rentrer dans les bonnes grâces des autorités car il est élu marguiller de Notre-Dame en 1672. Il est marguiller en chef en 1674 lorsqu’il s’engage dans une bataille de procédure avec le procureur fiscal Jean-Baptiste Migeon de Branssat pour une histoire de banc à Notre-Dame.

En plus des habitations à Montréal et de son commerce, Aubuchon s’intéresse à l’agriculture. Il possède une terre à St-François portant les numéros 1259 et 1260 au terrier comme on peut le voir sur la carte ci-dessous. Il l’avait acquise des Sulpiciens les 15 avril et 20 décembre 1680. Cette terre est celle sur laquelle sera établie la première église de St-François. Le recensement de 1681 indique les informations suivantes : «Jean Aubuchon, 45 ans, Marguerite Sédillot, sa femme, 30; enfants : Jean 20, Joseph 18, Jacques 15 ans, Marie 11, Marguerite 8, Françoise 5, Gabriel 2, Angélique 1 mois; 2 fusils, 7 bêtes à corne, 25 arpents en valeur».2

Côte1702

Côte de St-François en 1702. Dessin de Bernard Côté, tiré de Une Mémoire retrouvée, Claire Le Roux

Le dénouement tragique de cette affaire arrive en novembre 1685. Le vendredi 30 novembre, Jean Aubuchon quitte son habitation de St-François pour «aller à Montréal entendre la sainte messe et agir à ses autres affaires et il se loge dans sa maison rue Saint-Paul». Comme on ne le voit plus sortir les 2 et 3 décembre, on prévient sa femme Marguerite. Celle-ci envoie son fils ainé Jean. «Il ouvre la porte de la maison, fermée au vérouil par dedans, et trouve son père assassiné dans son lit.»3

L’acte de sépulture est rédigé dès le 4 décembre, lendemain de la découverte du corps. Jean Aubuchon est inhumé à Notre-Dame. Le bailli Migeon de Branssat signe l’acte en tant que témoin. Dès le 5 décembre, la veuve présente une requête au tribunal pour demander au tribunal qu’on recherche les coupables. Marguerite Sédillot et son fils Jean reviennent à la charge le 5 mars et désignent maintenant un coupable, Jacques Pillereault, avec qui son mari a eu des démêlés peu avant son décès. Pillereault est arrêté et doit subir son procès. Sa demeure est perquisitionnée, mais sans résultat. À son tour, Pillereault accusera la veuve et son fils du meurtre. Le 25 mai 1686, Pillereault est condamné à la question ordinaire et extraordinaire. La question désigne la torture pour faire avouer un crime. L’on ne sait avec certitude si Pillereault a été torturé. Le 30 octobre, Marguerite Sédillot et son fils sont acquittés de toute accusation. Le lendemain, Pillereault est libéré. Il réclamera des frais à la veuve à cause de son séjour en prison, mais sans résultat. Il faut ajouter que l’état civil de Marguerite Sédillot change puisqu’elle épouse en secondes noces Pierre Lussaud, sieur Desruisseaux, sergent des troupes, le 10 février 1687. Le notaire Antoine Adhémar est nommé tuteur des enfants mineurs. Autre conséquence négative de cette situation : le fils ainé de la famille, Jean Aubuchon, meurt de chagrin le 18 septembre 1687.4 L’affaire ne se termine officiellement que le 7 février 1689 où Pillereault est officiellement déchargé de toute accusation de meurtre.5

Qui a tué Jean Aubuchon? L’on ne sera jamais qui est le coupable. Il faut dire que Jean Aubuchon, de par sa volonté inflexible de se faire rembourser ses créances et son caractère bouillant, s’était fait de nombreux ennemis. Le 13 juin 1685, il avait été accusé de voies de fait sur la personne de Jacques Gatteau, pour laquelle il paiera une amende de 73 livres.

(1) On trouve des renseignements intéressants sur la vie de Jean Aubuchon dans les sources suivantes : Le meurtre de Jean Aubuchon, Bulletin des recherches historiques, Vol. 40, 1934; Michel Langlois, Dictionnaire biographique des ancêtres québécois, Vol. 1, La Maison des ancêtres et les Archives nationales du Québec, 1998; Nos ancêtres au XVIIe siècle, Archange Godbout, Rapport de l’archiviste de la Province de Québec, 1951-53

(2) Benjamin Sulte, Histoire des Canadiens-français, Tome 5, Montréal, Wilson & Cie, 1882

(3) Procès de Jacques Paillereault accusé du meurtre de Jean Aubuchon époux de Marguerite Sédillot à Montréal, le 15 mai 1686, Vanier, Éditions Quesnel de Fomblanche, 1976 (disponible à la BANQ, collection nationale)

(4) Jugements et délibérations du Conseil souverain, Volume 3, Québec, A. Côté & Cie, 1887

(5) idem

_______________________________________

Pierre Desautels et Gabriel Aubuchon de St-François, fondateurs de Détroit en 1701

Publié le 7 mai 2016

Le 24 juillet 1701, l’expédition d’Antoine de Lamothe Cadillac arrive finalement à Détroit après un voyage d’un mois et demi. Les engagés Pierre Desautels dit Lapointe et Gabriel Aubuchon de St-François en font partie.

Antoine Laumet nait le 5 mars 1658 aux Laumets dans le sud de la France. De naissance roturière, il s’invente une noblesse et très rapidement se fait maintenant appeler Antoine de Lamothe Cadillac.1

Vers 1683, il émigre en Nouvelle-France et s’installe à Port-Royal en Acadie. Il reçoit une concession de 25 milles carrés sur l’actuelle rivière Union, dans l’état du Maine. Il fait peu d’agriculture, mais du commerce. Il apprend également à connaître parfaitement les côtes américaines ce qui lui servira plus tard. En 1690, l’amiral William Phips, en plus d’attaquer Québec détruira Port-Royal et les alentours, y compris la maison de Cadillac. L’année suivante, Lamothe Cadillac arrive à Québec et reçoit un bon accueil du gouverneur Frontenac.

En 1692, à titre de lieutenant des troupes de la marine, Lamothe Cadillac fait une reconnaissance le long des côtes américaine et remet un rapport à Frontenac. Celui-ci a toujours le projet d’attaquer Boston ou New York. Impressionné par ce rapport, Frontenac le promeut capitaine et le nomme bientôt commandant du Fort Michillimakinac, à la jonction des lacs Huron et Michigan. Ce fort est le poste militaire et commercial le plus important à l’Ouest en Nouvelle-France. Piètre commandant, il fera cependant fortune dans le commerce des fourrures en vendant de l’eau-de-vie aux Amérindiens et en exploitant les coureurs des bois. En 1696, le marché français de la fourrure étant saturé, Louis XIV ordonne entre autres l’abandon des forts de l’Ouest. Lamothe Cadillac doit revenir à Montréal. Il n’est pas intéressé à garder les forts de l’Ouest uniquement pour contrôler les tribus amérindiennes. Son plan est d’établir une colonie à Détroit où pourrait s’installer des colons. Détroit pourrait également servir de frein à l’expansion anglaise. En 1698, Cadillac se rend en France pour présenter son projet au ministre de la Marine, Pontchartrain. En Nouvelle-France, le gouverneur Callière et l’intendant Bochart de Champigny se montrent peu enthousiaste. Cadillac se montre si insistant qu’en 1700, le ministre de la Marine se rend à ses arguments.

Michilimakinac

Voyage de Cadillac en 1701 (ligne verte) sur le site http://www.museedelhistoire.ca

Le projet est prévu pour l’été 1701. Le 27 mai, plusieurs dizaines d’engagés de l’Ouest (c’est ainsi qu’on appelait ceux qui partaient faire la traite des fourrures) s’engagent auprès de l’intendant pour partir vers Détroit (contrat Antoine Adhémar). Pierre Desautels dit Lapointe et Gabriel Aubuchon (on écrivait Obuchon à l’époque) sont parmi eux. Le départ se fait le 5 mai de Montréal. Le convoi comptait 52 engagés et 50 soldats français. L’expédition est dirigée par Cadillac avec l’assistance d’Alphonse Tonty, baron de Péludy. Elle compte aussi parmi ses membres Chacornac, baron de Joannes, Pierre Dugué, sieur de Boisbriant et deux religieux : le  Récollet Constantin Delhalle et le jésuite François Vaillant de Gueslis. Le fils de Cadillac accompagne le convoi. Soixante-quinze canots arrivent finalement à Détroit le 24 juillet 1701. Cadillac fait ériger immédiatement un fort, baptisé le fort Pontchartrain. Deux jours plus tard, on commence la construction de l’église nommée Sainte-Anne dont la fête est célébrée le 26 juillet. La paroisse Sainte-Anne de Détroit est la seconde plus ancienne paroisse des États-Unis.

Pierre Desautels dit Lapointe est baptisé le 13 septembre 1677 à la côte St-Martin (aujourd’hui Maisonneuve) du second mariage de son père Pierre avec Catherine Lorion. Il épouse Angélique Thuillier, fille de Jacques Thuillier dit Desvignets et de Jeanne Bernard le 12 janvier 1699 à Notre-Dame de Montréal. Le père d’Angélique est propriétaire de la concession #1000 au livre terrier des Sulpiciens à la côte St-François. Par l’héritage de sa femme, Pierre Desautels en deviendra propriétaire. En 1731, la superficie est de trois arpents de front sur soixante-dix-sept arpents de profondeur. Sur une superficie de 231 arpents, soixante sont en terre labourable et douze sont en prairie. En outre, Desaultels possède un moulin à scie. La terre se situe probablement du côté est de ce qui s’appelait le ruisseau Truteau, plus tard connu comme le ruisseau Molson. Pierre Desautels meurt à un âge très avancé le 10 août 1753.2

Alors que la très grande majorité des hommes s’engagent vers l’Ouest afin de ramasser l’argent nécessaire pour s’acheter une terre ou se bâtir une maison, Pierre Desautels s’engage après son mariage. Lorsqu’il part en mai 1701, son fils ainé Pierre n’a que quelques mois. Il s’engage de nouveau le 10 juillet 1703 et le 28 juillet 1704 pour retourner au fort Pontchartrain. Au moment de son troisième départ, il laisse une femme et trois enfants en bas âge. Ses deux fils aînés, Pierre et Louis, seront également des engagés de l’Ouest, le premier le 9 juillet 1729 et le second le 1er juillet de la même année.3

Quand à Gabriel Aubuchon, il est baptisé à Québec le 25 décembre 1679. Il est fils de Jean Aubuchon et de Marguerite Sédillot dont nous avons parlé plus haut. Le voyage à Détroit est le seul engagement de Gabriel. Il habite sûrement avec ses frères ainés sur la terre paternelle dont nous avons parlé dans un précédent article. Il meurt célibataire et est inhumé à Pointe-aux-Trembles le 14 juillet 1703.

Signalons que le 24 juillet 2001, pour célébrer le 300e anniversaire de la fondation de Détroit, la French Canadian Historical Society of Michigan a fait ériger une plaque bilingue dans un parc à Détroit. La plaque s’intitule «Le convoi de Cadillac». On y trouve le nom des 52 engagés et des dirigeants. Le nom de Pierre Desaultels et de Gabriel Aubuchon y figurent fièrement comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.

Convoi Cadillac1701

Tiré du site de la French Canadian Historical Society of Michigan. Les noms de Pierre Desautels dit Lapointe et Gabriel Aubuchon sont dans la colonne de gauche.

Quant à Cadillac, un rapport dévastateur sur son administration à Détroit le fait rappeler en France. En 1710, Il est nommé gouverneur de Louisiane, le poste le plus pauvre de la Nouvelle France. Il finira sa vie en France comme gouverneur de Castelsarrasin, une petite ville à 19 kilomètres de Montauban.

En juillet 1902, une compagnie automobile de Détroit, et quelque mois plus tard, une marque de voiture prirent le nom de Cadillac pour honorer la mémoire du fondateur de Détroi.t

(1) Vous trouverez un plus d’informations dans l’article sur Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac, Yves F. Zoltvany, Dictionnaire biographique du Canada en ligne

(2)Renseignements généalogiques tirés de René Jetté, Dictionnaire généalogique des familles du Québec, des origines à 1930, Presses de l’Université de Montréal, 1983

(3) On trouve les premiers engagements vers l’Ouest dans E.Z. Massicotte, Répertoire des engagements conservés dans les archives judicaires de Montréal 1670-1778, Première partie, Rapport de l’archiviste de la province de Québec, 1929-1930

______________________________________

Les quatre frères Aubuchon, parmi les premiers colons de Kaskakia en Illinois

Publié le 7 mai 2016

Joseph Aubuchon dit Lespérance est un habitant très important dans la paroisse de Saint-François. Fils de Jean Aubuchon dit Lespérance et de Marguerite Sédillot, il devient le fils ainé à la mort avant 1666 de son premier frère Médéric et de la mort en 1687 de son frère Jean, mort chagriné à la suite de l’assassinat de son père en 1685. Il hérite donc de la terre paternelle, #1258-59 au livre terrier des Sulpiciens. Il est capitaine de milice de la paroisse de 1721 à 1730.1 Le capitaine de milice veillait à l’entraînement annuel des colons et se chargeait de transmettre les édits et ordonnances de l’intendant aux paroissiens.

Vers 1720, le Roi de France désire connaître l’état des paroisses et la possibilité d’en créer d’autres. Au début 1721, le gouverneur Vaudreuil mandate donc Benoit Mathieu Collet, procureur général du Conseil supérieur et le greffier Nicolas Gaspard Boucault pour parcourir les deux rives du Saint-Laurent. Le voyage débute le 4 février pour se terminer le 3 juin. Le 18 février 1721 à 11h, le procureur et le greffier reçoivent les habitants qui fréquentent Saint-Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Trembles dont Joseph Aubuchon, son frère Jacques, Laurent Archambault, époux d’Anne Courtemanche, son frère Jacques, Prudent Vinet (voir plus bas) et plusieurs autres. D’autres comme Jean Lamarre, Paul Texier (Tessier), Paul et Jean Baudreau fréquentent Notre-Dame de Montréal.2 À la suite de ce rapport, St-François d’Assise est érigée canoniquement en 1722 tandis que les registres s’ouvrent en 1724.

L’on apprend par l’aveu et dénombrement de 17313 que Joseph Aubuchon et Prudent Vinet ont donné un arpent carré pour la construction de l’église en 1724. Dans une note du curé Drapeau en date de septembre 1724, le legs le plus important provient de Joseph Aubuchon sauf une petite portion au nord-est, don des frères Prudent et François Vinet.

Ce pourquoi Joseph Aubuchon est moins connu, c’est que quatre de ses fils ont participé au développement de Kaskakia en Illinois, fondée en 1703 sur les bords du Mississippi par des missionnaires afin de convertir les Illinois au catholicisme. La première église est bâtie en 1714. Un poste de traite des fourrures est rapidement établi. En 1718, Kaskakia devient la capitale de la Haute Louisiane. Les Français y construisent le fort de Chartres à proximité la même année. Les activités principales sont l’agriculture et l’exploitation des mines de plomb à proximité de la rivière Missouri. La population de Kaskakia prend rapidement de l’importance : elle composée de colons français, d’Illinois et des membres d’autres tribus amérindiennes.

Kaskakia

Tiré du site World Site Atlas

Les quatre frères Aubuchon sont à l’origine de la branche américaine des Aubuchon. Le premier à s’installer est Joseph, le fils ainé de la famille. Il est baptisé à Montréal le 24 décembre 1688. Il s’engage vers l’ouest une première fois le 10 septembre 1712 pour les Illinois et une seconde fois le 23 août 1718 pour la Baie. C’est sans doute à la suite de ce voyage qu’il décide de s’installer à Kaskakia. Sa présence y est confirmée en 1726 lorsqu’il sert de parrain à Joseph, né du mariage de Nicolas Devignet et de Dorothée Mercier. Il épouse une amérindienne, Marie Paniouensa (l’orthographe varie selon les sources), le 29 mars 1729 toujours à Kaskakia. Trois enfants naîtront de ce mariage, dont un fils prénommé Gabriel qui migra au Missouri comme plusieurs des habitants de Kaskakia après la fin du Régime français. Joseph Aubuchon demeura à Kaskakia jusqu’à la fin de sa vie en 1772.

Le second frère à quitter Longue Pointe est Pierre, baptisé le 26 avril 1694 à Montréal. Il s’engage pour Michillimakinac le 9 mai 1716. Il est difficile de dire s’il revient à Longue Pointe ou s’il reste dans les Pays d’en haut. Il épouse Marie-Louise Brunet dit Bourbonnais le 10 mai 1728 à la Nouvelle-Orléans puis s’installe à Kaskakia à coup sûr à partir de 1733. C’est là que naîtront ses 8 enfants. Il est aussi le père d’une fille naturelle, prénommée Marie, née dans les années 1720 d’une union avec une Amérindienne. Pierre meurt le 21 avril 1771. Ses descendants s’installeront à Sainte-Geneviève au Missouri, juste de l’autre côté du fleuve Mississippi.

Le troisième frère est Jean-Baptiste, né le 8 septembre 1698. Il s’engage une première fois, sous le nom de Jean Lespérance, le 7 mai 1725 pour aller dans les Pays d’en haut. Avec son frère Antoine, il engage Louis Désautels, fils de Pierre dont nous avons parlé plus haut, le 1 juillet 1729 afin d’aller aux Illinois. On ne connaît ni sa date de mariage, ni sa date de sépulture. Il est maître-charpentier. Sa présence à Kaskakia est confirmée par un contrat de construction d’une maison pour Étienne Gaudreau le 10 mars 1739 pour lequel il reçoit 300 livres plus la nourriture pour lui et ses aides.

Le quatrième frère est Antoine. Beaucoup de confusion existe sur sa date de naissance. Deux Antoine naîtront du mariage de Joseph Aubuchon et d’Élisabeth Cusson. Le premier le 19 septembre 1703 et le second le 13 novembre 1705. Habituellement, lorsque deux enfants portent le même prénom coup sur coup, c’est que le premier est décédé avant la naissance du second et qu’on redonne le même prénom. Le second Antoine épouse Agatha Gervaise à Québec le 29 septembre 1726. Deux enfants naîtront de ce mariage : Joseph et Marie Catherine. En un an, entre 4 octobre 1727 et le 11 octobre 1728, Antoine perdra sa femme et ses deux enfants. Comme nous l’avons vu plus haut, avec son frère, il recrute Louis Désautels le 1er juillet 1729 pour aller aux Illinois. Il s’établit à Kasaskia puisque c’est à cet endroit qu’il épouse Élisabeth Delauney le 1er février 1738 ou 39. Le couple aura deux enfants. Plus tard, Antoine déménage à Sainte-Genevieve au Missouri. C’est là qu’il meurt le 25 janvier 1798.4

(1) Rapport de l’archiviste de la Province de Québec, 1949-50/1951-52

(2) Procès-verbaux sur la commodité et incommodité dressés dans chacune des paroisses de la Nouvelle-France par Mathieu-Benoit Collet, procureur général du roi au Conseil Supérieur de Québec, RAPQ, 1922

(2) Rapport de l’archiviste de la Province de Québec, 1941-42

(4) Les renseignements sur les Aubuchon américains sont tirés de The Aubuchon Family, 400 Years of History.

Source : http://www.mesancetres.ca/pages.php?section=3&lang=fr&texte=52