Les rues d’Hochelaga

Nous verrons dans cette section la toponymie des rues d’Hochelaga. Nous commencerons par les rues nord-sud qui portent des noms relatifs à des personnages du quartier. Le nom des rues est-ouest n’est souvent que le prolongement des rues de la ville de Montréal avant l’annexion d’Hochelaga en 1883.

Chroniqueur: André Cousineau

Darling (rue)

Date de désignation : 1887

Autre nom : aucun

Tracé : de John-Easton Mills, petite rue au sud de Sainte-Catherine jusqu’à Sherbrooke

Origine : tire son nom de William Darling, marchand et capitaliste d’origine écossaise. William Darling est né en 1819 à Édimbourg. Il immigre à Montréal en 1849 alors qu’il a à peine trente ans. Peu après son arrivée, il ouvre un commerce de gros sous le nom de William Darling & Company. Ce commerce se spécialise en quincaillerie et ferronnerie, en papier à lettres et d’imprimerie ainsi qu’en produits de luxe, tous importés d’Angleterre et d’Allemagne. Il ouvre plus tard une succursale à Toronto où deux de ses quatre fils travaillèrent, les deux autres le secondant à Montréal.

Au lieu d’habiter dans le Vieux-Montréal comme les autres hommes d’affaires montréalais, Darling choisit d’habiter à Hochelaga. Il est propriétaire du lot #31, situé entre les terres de Simon Valois à l’est et celles ayant autrefois appartenu à Jean-Baptiste Dézéry à l’ouest. Il se fait construire une immense villa nommée Bloomfield House.

Il s’intéressa de près au monde de la finance. Il sera président de la Merchants’ Marine Insurance Company en 1876. Il possédait des actions dans plusieurs banques canadiennes. Après la quasi-faillite de la Merchants’ Bank en 1877 durant la crise économique de 1873-78, il  fut nommé au conseil d’administration pour la remettre sur pied.

Il fut associé également de très près au Montreal Board of Trade en tant que membre du conseil, vice-président et membre du comité d’arbitrage. Il en sera même le président pour l’année 1874-75.

Libéral en politique et partisan du premier ministre Alexander Mackenzie, il tenta sa chance comme candidat libéral aux élections de 1878. Il subit une cuisante défaite aux mains du candidat Mathew Hamilton Gault qui appuyait la Politique nationale de Macdonald.

Darling était un presbytérien écossais. Il fréquentait la Presbyterian St. Gabriel Street Church dont il fut membre du conseil d’administration et président pendant quelques années.

Il meurt le 1er novembre 1885 à sa résidence d’Hochelaga d’une inflammation des poumons. William Darling était marié à Mary Davidson de laquelle il eut huit enfants. Quatre de ses fils firent carrière dans les affaires dont trois poursuivirent l’entreprise de leur père après sa mort.

Mary Davidson et ses fils lotirent le lot #31 et y tracèrent les rues Darling et Davidson après la mort de William.

Davidson (rue)

Date de désignation : 1887

Autre nom : aucun

Tracé : de Notre-Dame jusqu’à Rachel; au nord de Rachel, cette rue devient le boulevard Saint-Michel dans l’arrondissement Rosemont-La Petite Patrie

Origine; tire son nom de Mary Davidson. La rue a été tracée sur la terre de son mari, William Darling. Comme Darling, Mary Davidson est originaire d’Écosse et de religion presbytérienne. Elle épouse William Darling à Montréal à l’église presbytérienne Saint-Gabriel. Le couple aura huit enfants, dont deux mourront en bas âge. Des six enfants vivants, quatre fils travailleront dans l’entreprise de leur père.

Le couple Davidson-Darling demeure à Hochelaga au lieu du Golden Square Mile comme plusieurs familles anglophones. William Darling s’est fait construire une résidence sur leur terre, Bloomfield House. C’est là qu’il meurt le 1 novembre 1885. Mary Davidson lui survivra quelques années. Elle n’habite plus la villa, mais préfère résider sur la rue University. Les fils Darling ont hérité du lot #31 que possédait leur père. Ils le revendent à leur mère pour la somme de 6 500$ en avril 1889. Le terrain est vacant et d’une superficie de 135 000 pi2 (12 542 m2). Sur l’Atlas de 1890, on voit que la maison Bloomfield est maintenant propriété de James Jackson, gérant de la Hudon, située juste en face. Le terrain est loti et les rues Davidson et Darling sont tracées de Notre-Dame à Adam. Signalons qu’elles le sont après la mort de William Darling. Dans les années suivantes, on trouve la trace de plusieurs contrats de vente de parcelles de terrain du lot #31 par Mary Davidson.

De Rouville (rue); Parc

Date de désignation : 28 mars 1887; aucune date pour le parc

Ancien nom : aucun

Tracé : entre Préfontaine et Darling au nord de Sainte-Catherine

Origine : Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville (1789-1859), officier de milice, seigneur, député du Bas-Canada et membre du Conseil législatif.

Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville naît en 1789 dans une famille de militaires. Il est lieutenant dans la milice à 18 ans puis capitaine à 22 ans dans les Voltigeurs canadiens. Il participe à la bataille de Châteauguay en 1813 sous les ordres de son beau-frère, Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry. En 1815, il devient lieutenant-colonel du bataillon de Chambly et en prend le commandement l’année suivante. En 1819, il prend possession de la seigneurie de Rouville. Il est le premier seigneur à l’habiter. Il aménage son manoir, bâtiment qui existe toujours sous le nom de Manoir Rouville-Campbell et qui sert d’hôtellerie. Il veut créer une nouvelle paroisse, mais se heurte à l’opposition de certains censitaires. Il obtient gain de cause en 1827, mais devra attendre plusieurs années avant la construction de l’église.

Hertel de Rouville s’intéresse aussi à la politique. Il sera député de la circonscription de Bedford de 1824 à 1830, puis de celle de Rouville nouvellement créée, de 1830 à 1832. Il est nommé au Conseil législatif, poste qu’il occupera de 1837 à 1838. À la fin de 1838, le curé de Saint-Jean-Baptiste de Rouville l’accuse d’avoir participé aux troubles de 1837-38. Il s’en défend en multipliant les offres de services aux troupes britanniques.

Au début des années 1840, ses affaires vont mal et il doit se résoudre à vendre sa seigneurie de Rouville en 1844, puis celle du Lac-Mitis en 1855. Il serait mort à Boucherville le 3 janvier 1859.

Dézéry (rue); aussi square

Date de désignation : 9 novembre 1903 et 21 mars 2005 pour le square

Autre nom : aucun

Tracé : de la rue John-Easton-Mills jusqu’à la rue Rachel; à l’origine la rue partait de Notre-Dame; une partie de la rue a été effacée par l’aménagement d’un talus sur le côté nord de la rue Notre-Dame.

Origine : tire son nom de Jean-Baptiste Dézéry, propriétaire de la terre où se trouvent la rue et le square. On sait peu de choses sur lui.

Il existe au pied de la rue Dézéry, un courant que les bateaux à voile ne peuvent franchir qu’en étant hélé par une soixantaine de bœufs. Les bateaux à vapeur ne vont le franchir qu’à partir de 1824. Un quai est donc rapidement aménagé à cet endroit. La rue Dézéry sera la première rue tracée dans le village d’Hochelaga.

Jean-Baptiste Dézéry est surtout connu pour le don qu’il fait aux Sulpiciens du terrain où s’élèvera la Chapelle Sainte-Marie et plus tard, la maison municipale d’Hochelaga, le marché public et le bain. Le terrain délimité par la rue Dézéry à l’ouest, la rue Sainte-Catherine au nord, le poste de pompiers à l’est et la rue Hudon (anciennement la rue St-Jean-Baptiste) au sud. Selon toute vraisemblance, il est inhumé dans la crypte de l’église de la Nativité aux côtés de sa femme.

La chapelle du Courant Sainte-Marie, construite en bois, est bénie le 15 septembre 1838. Elle était située au milieu de l’actuelle rue Dézéry, juste au sud de Sainte-Catherine, avec façade sur le fleuve. Elle sera déplacée dans l’actuel square lorsque l’on trace la rue Dézéry. Elle est desservie par les Sulpiciens jusqu’en 1860, année où Louis-Étienne-Avila Valois, aumônier du nouveau Couvent d’Hochelaga, commence à y dire la messe. Lors de la création de la paroisse de La Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga en 1867, la chapelle prend le nom de Chapelle de La Nativité. Elle est malheureusement incendiée le 17 décembre 1875. Comme la nouvelle église, rue Ontario, est en construction, les Sulpiciens vendent le terrain à la fabrique qui le revend en 1876 à la municipalité d’Hochelaga. Les autorités font construire la maison municipale, inaugurée en octobre 1877. Tout juste avant l’annexion en 1883, la municipalité fait construire un marché. Après l’annexion, la Maison municipale servira aux Services des Incendies jusqu’à temps qu’on construise un nouveau poste de pompiers au fond du parc. Les autorités font ériger un petit bain public en bois en 1890 sur ce terrain. L’ancienne maison municipale et le marché sont démolis en 1903 et l’on aménage un parc qui portera pendant quelque temps le nom de Parc Bumbray du nom d’un ancien conseiller municipal d’Hochelaga et de Montréal. Le bain sera également démoli en 1906 puisqu’on l’on en construit un nouveau à l’angle de Marlborough (aujourd’hui Alphonse D.-Roy) et Sainte-Catherine.

La rue et le Square Dézéry sont donc véritablement l’âme du Vieux-Hochelaga.

John-Easton-Mills (rue)

Date de désignation: 17 juin 1998

Ancien nom: aucun

Tracé: petit bout de rue au sud de Sainte-Catherine entre Dézéry et Darling créé après l’installation du talus au nord de Notre-Dame

Origine : rappelle la mémoire de John Easton Mills (1796-1847), 5e maire de Montréal.

John Easton Mills naît au Massachusetts le 14 octobre 1796. Il immigre à Montréal dans les années 1820 et fonde avec son frère Cephas une entreprise dans le domaine du commerce des fourrures, la C. & J.E. Mills. Dans les années 1840, le commerce des fourrures devenant moins florissant, il s’intéresse au monde de la finance. En 1844, il est banquier sur la rue Saint-François-Xavier. Quelque temps plus tard, il fonde la Mills Bank. Cette institution financera la construction de l’église St-Patrick de Montréal, érigée entre 1843 et 1847. En 1846, Mills devient le directeur-gérant de la nouvelle Banque d’épargne de la cité et du district de Montréal, banque voulant encourager l’épargne parmi le peuple et fondée à l’initiative de Mgr Bourget, évêque de Montréal, et plusieurs notables de la ville.

En mars 1846, Mills est élu à la mairie de Montréal par un vote serré de 10 contre 9 pour le maire sortant James Ferrier. À l’époque, ce sont les conseillers qui élisent le maire à majorité simple. Plus tard, à Hochelaga, Longue-Pointe et Beaurivage, c’est le même système qui prévaut. James Ferrier refuse catégoriquement d’abandonner son poste. Une nouvelle élection est déclenchée en décembre 1846, suite à un jugement de la Cour supérieure. Mills obtiendra 11 votes contre 5 pour Ferrier.

En 1847, John Easton Mills, en plus d’être maire, est également président de la Commission sur l’immigration de Montréal. Son travail consiste principalement à organiser la lutte contre la foudroyante épidémie de typhus, apportés par les immigrants irlandais ayant navigué dans des conditions sanitaires déplorables à bord de navires britanniques. Ceux-ci fuient la famine de la pomme de terre qui sévissait dans leur pays. Cette épidémie fera plusieurs milliers de victimes. Les passagers malades débarquaient à Grosse-Île ou Île de la Quarantaine tandis que les passagers sains pouvaient continuer jusqu’à Montréal. Cependant, la maladie se déclare chez les nouveaux arrivants. Mills est informé du danger de contagion par un médecin. Il fera construire des baraques à Pointe-St-Charles et organise les soins. Il servira même comme infirmier pour donner l’exemple à ceux qui voudraient les repousser. En novembre, l’épidémie semble résorbée. Cependant, Mills contracte la maladie et en meurt le 12 novembre 1847. Il est inhumé dans le St. Lawrence Burial Grounds, ancien cimetière situé à l’angle de René-Lévesque et Saint-Urbain.

Pour son rôle lors de l’épidémie, John Easton Mills sera surnommé le «maire-martyr»

Joliette (rue)

Date de désignation : 1892 (existe déjà sur l’Atlas de 1890); 6 juin 1976 pour la station de métro

Autre nom : aucun

Tracé : du sud de Sainte-Catherine jusqu’à la rue Mont-Royal dans l’arrondissement Rosemont-La Petite Patrie

Origine : la ville de Montréal veut rappeler le souvenir de Barthélémy Joliette (1789-1850), notaire, officier de milice, politicien, seigneur et homme d’affaires.

Barthélémy Joliette sera officier de milice durant la guerre anglo-américaine de 1812-14. En 1810, il reçoit sa commission de notaire. Il ne pratiquera pas toute sa vie puisqu’il se livre à de nouvelles occupations. En 1813, son mariage avec Charlotte Lanaudière lui apporte en dot une partie de la seigneurie de Lavaltrie. En 1822, la mort de sa belle-mère, qui détenait le reste de la seigneurie, lui donne l’occasion de se consacrer à plein temps à son rôle de seigneur et d’hommes d’affaires. Une partie de la seigneurie est en bois debout et comporte une belle forêt de pins. Le bois coupé est transporté et vendu à Québec. En 1824, il fait ériger un moulin à scie. Une autre façon de développer son capital sera de fonder un village. Il sera nommé L’Industrie (plus tard Joliette). Pour transporter le bois toute l’année et éviter le Saint-Laurent, il fait construire un chemin de fer.

Pour donner un statut plus important au village, il fait construire à ses frais la nouvelle église de l’Industrie et un collège confié aux Clercs de Saint-Viateur. Il sera également membre du Conseil législatif.

Cette rue est tracée dans les années 1880 sur l’immense domaine de Simon Valois avec les rues Valois et Nicolet. La station de métro est inauguré à temps pour les Olympiques de 1976.

Moreau (rue)

Date de désignation : avant 1877; la rue existe déjà sur la carte d’Hopkins de 1879

Autre nom : aucun

Tracé : du sud de Sainte-Catherine jusqu’à la rue Sherbrooke; à l’origine la rue partait de Notre-Dame; une partie de la rue a été effacée par l’aménagement d’un talus sur le côté nord de la rue Notre-Dame.

Origine : rappelle Henriette Moreau (1813-1874), épouse d’Hardouin Lionais (1809-1892), marchand puis promoteur foncier d’Hochelaga, mais également du village de Lorimier. Henriette Moreau possède plusieurs lots à Hochelaga à son nom dont le lot #80 sur lequel cette rue est tracée. Cette rue est l’une des premières rues d’Hochelaga, avec Marlborough (aujourd’hui Alphonse-D.-Roy) et Dézéry. Une maison patrimoniale, construite quelques années avant sa mort, porte son nom. Elle est située au 4100, avenue De Lorimier dans l’arrondissement Plateau-Mont-Royal.

Nicolet (rue)

Date de désignation : indéterminée; déjà présente sur l’Atlas de 1890

Autre nom : aucun

Tracé : du sud de Sainte-Catherine à la rue Sherbrooke

Origine : cette rue rappelle Jean Nicollet (Nicolet) de Belleborne (v. 1598-1642). Interprète, commis des compagnies de fourrures, explorateur, Jean Nicolet arrive en 1618 en Nouvelle-France et sera commis de la Compagnie des Marchands de Rouen et de St-Malo. Samuel de Champlain lui confie plusieurs missions diplomatiques auprès des tribus amérindiennes (Algonquins, Hurons, Nipissingues). Lors de la prise de Québec par les Anglais en 1629, il se réfugie en Huronie. Après le départ des Anglais, il demande à se joindre à la Compagnie des Cent-Associés. Avant d’entrer en fonction, on lui demande d’entreprendre un voyage d’exploration et de pacification à la Baie des Puants (Green Bay au Wisconsin actuel). De retour à Québec en 1625, il reçoit le fief de Belleborne, probablement situé sur les Plaines d’Abraham. Il meurt prématurément à Sillery en 1642 lorsque son canot chavire alors qu’il se rendait en mission à Trois-Rivières. Ne sachant pas nager, il se noya.

En plus de la rue Nicolet, on trouve le village de Nicolet au Québec et au Wisconsin. On a donné son nom à des écolesD’ailleurs Nicolet est considéré comme le père du Wisconsin et du Michigan occidental aux États-Unis. Une plaque rappelle son souvenir à Trois-Rivières et une statue à Green Bay.

La rue Nicolet est tracée dans les années 1880 sur l’immense domaine de Simon Valois avec les rues Valois et Joliette.

Préfontaine (rue); Parc Raymond-Préfontaine; station de métro

Date de désignation : date inconnue; sûrement années 1880; présente dans l’Atlas de 1890; 15 décembre 1953 pour le parc; juin 1976 pour la station de métro

Ancien nom : aucun

Tracé : du tourne-bride jusqu’à de Rouen et d’Hochelaga jusqu’à Rachel

Origine : tire son origine de Raymond Préfontaine (1850-1905), avocat, ancien maire d’Hochelaga et de Montréal, député provincial et fédéral et ministre de la Marine et des Pêcheries.

Raymond Préfontaine naît à Longueuil le 16 septembre 1850, fils de Toussaint Fournier dit Préfontaine et d’Ursule Lamarre. Il fait ses études de droit au McGill College et son stage de clerc dans le bureau de deux «rouges» : Antoine-Aimé Dorion, chef du Parti rouge qui combattit le projet de Confédération avant 1867, et Christophe-Alphonse Geoffrion. Précisons qu’après la Confédération, certains anciens membres du Parti rouge donneront naissance au Parti libéral.

Préfontaine devient membre du Barreau en 1873.

Raymond Préfontaine fait partie de cette nouvelle génération de politiciens n’ayant pas connu le Canada-Uni et trop jeunes pour avoir lutté contre la Confédération. Jeune libéral, il choisit d’abord la politique provinciale. Il se présente quatre fois aux élections entre 1875 et 1881 dans la circonscription de Chambly, toujours contre le même adversaire conservateur, Michel-Stanislas Martel. Il est élu en 1875, défait en 1878, réélu en 1879 à la suite de l’annulation du scrutin de 1878, et à nouveau défait en 1881. Rappelons que les conservateurs dominent la politique provinciale de 1867 à 1897 sauf l’intermède d’Honoré Mercier (1887-1891) et la politique fédérale de 1867 à 1896 sauf la période 1873-1878 pendant le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie.

Une nouvelle étape dans sa carrière survient en 1876 lorsqu’il épouse Hermantine Rolland, fille de Jean-Baptiste Rolland, libraire et futur propriétaire de la Compagnie de papier Rolland de Saint-Jérôme à partir de 1881. Jean-Baptiste Rolland est aussi propriétaire foncier d’Hochelaga : il possède le lot #33, situé tout juste à côté de la Filature Hudon. Il y fera construire de magnifiques villas, les villas Rolland. Préfontaine aménagera dans l’une d’elles avec sa nouvelle épouse. Son beau-frère Jean-Damien est conseiller d’Hochelaga depuis 1872 et sera maire de 1876 à 1879. Celui-ci est également président de la Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental lorsqu’est inauguré la liaison ferroviaire Hochelaga-Saint-Jérôme en octobre 1876.

L’arrivée de Préfontaine dans la famille Roland lui fait comprendre l’importance de la politique municipale comme tremplin d’une plus importante carrière sur le plan politique et des affaires. En janvier 1876, il remplace son beau-frère Jean-Damien Rolland à la mairie d’Hochelaga et à la présidence du comité des Finances. Il fait ouvrir des rues, continue la politique d’exemption de taxes accordée aux entreprises manufacturières qui choisissent de s’installer à Hochelaga (ex. la Filature Ste-Anne en 1882). Peu avant l’annexion, la municipalité fait construire un marché sur un des côtés de la Maison municipale au Square-Dézéry. Préfontaine ne veut pas se contenter uniquement d’être le maire d’une petite municipalité de banlieue de Montréal. Peu après qu’Hochelaga ait obtenu le statut de ville en mars 1883, il milite ardemment pour l’annexion d’Hochelaga à Montréal. Ceci deviendra réalité en décembre 1883. Hochelaga devient désormais le quartier Hochelaga sauf la partie est qui prendra le nom de ville de Maisonneuve. Raymond Préfontaine est assermenté comme l’un des trois conseillers du nouveau quartier le 21 décembre 1883, les deux autres étant Jean-Damien Rolland et Joseph Gauthier. Préfontaine fait d’abord ses classes puis, en 1889, est nommé président du puissant comité des chemins. Dans les années 1890, c’est une troïka libérale qui domine la politique municipale de Montréal : Préfontaine à la voirie, Cléophas Beausoleil, député de Berthier au fédéral, à la commission de la santé et Henri-Benjamin Rainville, député de Montréal, à la présidence du comité de l’éclairage, puis de celui des finances. En tant que président du comité disposant du plus important budget, Préfontaine va s’employer à mettre sur pied une machine politique pour, un jour, l’amener au poste de maire.

Ses années à la tête du comité des chemins sont celles de l’empierrement au granit ou à l’asphaltage de certaines rues, de l’installation du tramway électrique et de l’éclairage à arc électrique et à lumière incandescente. Il pratique une politique populiste : il favorise le maintien de l’emploi par les travaux d’hiver, le développement de l’Est de Montréal et l’embauche de francophones comme fonctionnaires, travailleurs et entrepreneurs. Tout ceci dans le but d’augmenter le poids politique des francophones dans l’administration de Montréal.

Profitant de l’affaire Riel en 1885, il sollicite un mandat des électeurs de la circonscription fédérale de Chambly aux élections partielles de 1886. Il remporte la victoire et demeurera député fédéral jusqu’à sa nomination comme ministre en 1902.

Ces temps-ci, on parle beaucoup d’éthique et de possibilité de conflits d’intérêts en politique. Cette distinction n’existe pas à cette époque. On trouve donc Préfontaine comme député et ensuite ministre, président du comité des chemins et ensuite maire de Montréal tout en étant à la direction de nombreuses entreprises comme la Montreal Bridge Company (1890) la Montreal Water Power Company (1891), la Lake Champlain and St. Lawrence Ship Canal Company (1898), la Brithish America Pulp and Paper Company (1899) et de nombreuses autres qu’il serait trop long d’énumérer ici.

En 1896, il délaisse le comté de Chambly pour le nouveau comté de Maisonneuve, né de la subdivision du comté d’Hochelaga. Il fait partie de la vague libérale qui emporte les conservateurs pour installer Wilfrid Laurier au pouvoir jusqu’en 1911.

Son heure de gloire à Montréal arrive enfin lorsqu’il est élu sans opposition comme maire le 1er février 1898. La mairie lui donne le droit de siéger à la Commission du havre de Montréal, à l’époque où le port de Montréal s’étire vers l’Est. Ce rôle lui sera très utile dans sa future carrière de ministre. À l’époque, un certain nombre de personnes voulaient «réformer» les institutions municipales et vont faire éclater toutes sortes de scandales pour forcer Préfontaine à accepter des enquêtes publiques. Ces enquêtes vont mener à des amendements à la Charte de Montréal : division en 17 quartiers au lieu de 12, représentés chacun par deux échevins. Le maire détient plus de pouvoirs et n’est plus à la merci des présidents des différents comités. Préfontaine obtient ces nouveaux pouvoirs grâce au nouveau premier ministre libéral provincial, Félix-Gabriel Marchand.

Préfontaine va continuer à Montréal le travail qu’il faisait comme maire à Hochelaga. Il sera réélu en 1900, mais avec cependant une plus grande opposition. Grâce à ses contacts dans le milieu des affaires, il réussit à faire accepter la constitution d’un trust du gaz et de l’électricité par la fusion de la Montreal Gas Co. et la Royal Light Co. pour former la Montreal, Light, Heat & Power sous l’égide de Louis-Joseph Forget. Cette compagnie possède un contrat avec Montréal pour la fourniture de l’électricité et du gaz. Durant son deuxième mandat, le nombre de ses adversaires prolifère (les journaux comme La Patrie et La Presse, le ministre Israël Tarte, la communauté anglophone, les réformateurs, etc.). Il préfère ne pas se présenter à l’élection du 1er février 1902.

Durant les deux mandats de Préfontaine, deux affaires vont dominer les machettes: d’abord, vers la fin de 1898, Préfontaine annonce qu’il veut supprimer graduellement les exemptions de taxe dont profitent les institutions religieuses. L’évêque de Montréal, Mgr Bruchési proteste en affirmant que cette mesure conduirait à la ruine de plusieurs établissements. Le premier ministre Laurier et le ministre des Travaux publics, Israel Tarte, interviennent auprès du conseil et les exemptions demeurent.

L’autre événement important survient durant la guerre des Boers (1898-1900). L’on sait que les colons boers, d’origine hollandaise, veulent séparer l’Orange et le Transvaal du reste de l’Afrique du Sud. En mars 1900, de violentes bagarres opposent les étudiants de McGill aux étudiants de l’Université Laval à Montréal. La situation est si tendue que Mgr Bruchési interviendra auprès des dirigeants de la St-Jean-Baptiste pour annuler le défilé du 24 juin. Préfontaine se range dans le camp de l’impérialisme anglais avec Mgr Bruchési et Wilfrid Laurier avec, évidemment, tous les journaux anglophones de Montréal. Dans le camp adverse, on retrouve le journal La Presse.

Préfontaine préfère ne pas se représenterr aux élections du 1er février 1902. Il ne restera pas longtemps inoccupé puisqu’en octobre 1902, à la suite de la démission d’Israël Tarte, il devient ministre de la Marine et des Pêcheries en plus la composante des grands services de la navigation du ministère des Travaux publics. Il encourage les expériences de navigation d’hiver et le programme d’installation des bouées lumineuses sur le fleuve St-Laurent. En 1905, il visite la Grande-Bretagne et la France, entre autres pour promouvoir une liaison maritime Montréal-Marseille. C’est à la suite d’une forte attaque d’angine de poitrine qu’il meurt à Paris le 25 décembre 1905. Ses funérailles ont lieu à La Madeleine à Paris. Un navire britannique transporte sa dépouille à Montréal où la ville lui fait de nouvelles grandioses funérailles. Il est inhumé à Côte-des-Neiges dans le caveau de la famille Rolland le 25 janvier 1906.

Provost (rue)

Date de désignation: date inconnue

Ancien nom: aucun

Tracé: petite rue au nord de la rue de Rouville entre Dézéry et St-Germain

Origine: rappelle probablement la mémoire de Gilbert Provost, qui avec Victor Hudon et Joseph Léveillé, possédait ds terres dans cette partie d’Hochelaga. En 1875, ce sont les trois donateurs du terrain sur lequel furent érigés l’église et le presbytère de La Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga.

St-Germain (rue)

Date de désignation : 1884 car elle apparaît dans le Lovell’s de 1884-85; rue tracée, mais non nommée sur l’Atlas d’Hopkins de 1879

Ancien nom : aucun

Tracé : de la rue de Rouville jusqu’à la rue Rachel

Origine : inconnue : elle pourrait rappeler des membres de cette famille qui habitaient le quartier ou le nom de plusieurs saints portant le nom de Germain dont le plus célèbre est Saint-Germain d’Auxerre, fêté le 31 juillet

Valois (avenue); Place-Simon-Valois

Désignation : 29 janvier 1952; existe déjà sur l’Atlas de 1890; 27 février 2006 pour la Place

Autre nom : aucun

Tracé: du sud de Sainte-Catherine jusqu’à de Rouen et de l’autre côté du parc Lalancette jusque derrière le Collège de Maisonneuve; puis reprend de Sherbrooke jusqu’à Rachel

Origine : rappelle la mémoire de Simon Valois (1791-1866). Simon Dominique Valois est né à Pointe-Claire le 14 mai 1791. À l’âge de 12 ans, il entre comme commis chez un commerçant de Montréal. Ayant acquis de l’expérience dans le monde des affaires, il fonde une tannerie dans le quartier Saint-Antoine. En 1837, ayant fait fortune, il lègue son entreprise à son neveu Narcisse Valois. Il s’établit alors dans ce qui connu à l’époque comme le Courant Sainte-Marie qui deviendra la municipalité d’Hochelaga en 1845. Il fait l’acquisition des lots #21 à 29 du village d’Hochelaga. Il se fait construire une immense maison donnant sur le côté sud de Notre-Dame. Sur la carte de 1890, on voit bien que la maison est située tout juste à l’ouest du ruisseau Migeon, à la hauteur de l’actuelle rue Nicolet.

Il est surtout connu pour le don d’un terrain en 1857 aux Sœurs des Saints Noms de Jésus pour la construction de la nouvelle maison-mère, d’un couvent et de la chapelle du couvent. Les installations sont inaugurées en 1860. Une condition était sûrement que le fils de Simon Valois, Louis-Étienne-Avila, séminariste, devienne, une fois admis à la prêtrise, le premier chapelain du Couvent. Celui-ci le sera de 1860 à 1867. Il entre ensuite en conflit avec l’évêque de Montréal qui veut l’envoyer ailleurs pour une raison bien précise : il a mis enceinte deux jeunes couventines. Le couvent a choisi d’étouffer l’affaire en envoyant les deux jeunes filles dans les Territoires du Nord-Ouest.

Simon Valois n’a pas eu une carrière commerciale aussi importante que Victor Hudon, William Darling et Thomas C. Aylwin, autres propriétaires fonciers d’Hochelaga. Il est cependant directeur provisoire de la nouvelle Banque Jacques-Cartier, fondée en 1861.

Simon Valois meurt le 10 décembre 1866 et est inhumé dans la crypte de la chapelle du Couvent. Il avait épousé Émilie Latrémouille 7 septembre 1829 de laquelle il aura deux enfants : Louis-Étienne-Avila, prêtre, et Marguerite, qui épouse Paul Lussier. Sa veuve lui survivra de nombreuses années et demeurera une bienfaitrice du Convent d’Hochelaga ainsi que du Monastère des Carmélites, installé en face du couvent. Sauf le lot #28 qui échoit à son neveu Narcisse, tous les autres lots seront distribués entre Avila et Marguerite à la mort de Simon Valois.

En plus du Couvent d’Hochelaga et du Monastère des Carmélites, on trouvera plus tard le Collège Sainte-Croix, aujourd’hui le Collège de Maisonneuve, sur les anciennes terres de Simon Valois. On voit très bien les rues Valois, Nicolet, Joliette tracées sur la carte de 1890. Elles sont cependant peu lotissées et donc peu habitées.

Le chemin de fer du Canadian Northern traversera plus tard les terres de Simon Valois. À la jonction des rues Ontario et Valois, sur l’emprise ferroviaire, la ville de Montréal aménagera la Place Simon-Valois, nouveau lieu de commerce et de rassemblement, idéal pour organiser de grands événements.

Winnipeg (rue)

Date de désignation : 29 mai 1911

Ancien nom : ruelle Winnipeg; une partie au sud de la rue Hudon portait le nom de ruelle St-Michel en 1890

Tracé : de John Easton Mills jusqu’à Hudon et de la rue de Rouville jusqu’à Ontario.

Origine : en ce 29 mai 1991, la Commission spéciale des noms de rues changea 155 noms de rues pour éviter le double emploi à la suite de nombreuses annexions en 1910. Elle utilisa de nombreux noms de comtés, lacs, villages et provinces du Canada. La rue Winnipeg fit partie.

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