Calendrier historique

Des capsules historiques sur l’histoire de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve seront régulièrement mis en ligne. Revenez nous voir souvent, des anecdotes étonnantes vous attendent! Ne vous gênez pas pour nous envoyer des commentaires et nous faire des suggestions!

Chroniqueur: André Cousineau

Éphémérides

Février

9 février 1918: annexion de la ville de Maisonneuve

Avril

1 avril 1924: Affaire Morel ou Affaire du tunnel Ontario

4 avril 1915: Inauguration de l’orgue de Très-Saint-Nom-de-Jésus

7 avril 1914: Décès d’Edith Maud Eaton, journaliste et auteure sino-canadienne

12 avril 1880: Début de la grève à la Filature Hudon à Hochelaga

19 avril 1921: Incendie à l’église de La Nativité d’Hochelaga

23 avril 1919: Incendie du Jubilee Rink, domicile du Canadien de Montréal

Mai

1 mai 1936: décès d’Oscar Dufresne

6 mai 1890: Incendie de l’Asile Saint-Jean-de-Dieu

17 mai 1897: décès de Joseph Barsalou, premier maire de Maisonneuve

17 mai 1915: inauguration du Bain Morgan

22 mai 1941: le premier tank Valentine sort des Ateliers Angus

26 mai 1888: explosion à la Montreal Gas Works

Juillet

1er juillet 1845: création de la municipalité de la paroisse de Longue-Pointe

13 juillet 1905: Inauguration d’une nouvelle ligne de tramway à Tétreaultville

14 juillet 1901 à 1906: la fête nationale française au Parc Riverside

17 juillet 1976: cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Montréal

26 juillet 1945: mort accidentelle de Marius Dufresne à Sainte-Rose

27 juillet 1954: mot d’un pompier dans un incendie sur la rue de Boucherville, Longue-Pointe

Août

8 août 1948: décès de Charles-Aimé Reeves, architecte important de Maisonneuve

16 août 1826: un immigrant français meurt noyé en face de Longue-Pointe

20 août 1888: érection canonique de la paroisse Très-Saint-Nom-de-Jésus

22 août 1900: mise en opération de la Dufresne & Locke, importante manufacture de chaussures de Maisonneuve

26 août 1887: la St. Lawrence Sugar, première grande usine à s’installer à Maisonneuve

Septembre

5 septembre 1905: Naufrage de l’«Hosanna» en face de Longue-Pointe

15 septembre 1838: Bénédiction de la Chapelle de la Nativité au Parc Dézéry

16 septembre 1898: Incendie des remises de tramways d’Hochelaga

23 septembre 1948: Double meurtre de policiers lors d’un vol de banque à Longue Pointe

Octobre

10 octobre 1883: la ville d’Hochelaga décide de construire un marché public

Novembre

6 novembre 1907: inauguration du premier cinéma de Maisonneuve, le Readoscope

7 novembre 1907: incendie de la 2e église de St-François à Longue-Pointe

10 novembre 1909: décès de B.J. Coghlin, manufacturier d’essieux et de ressorts pour trains

15 novembre 1897: Couvent Hochelaga, premier lieu de projection cinématographique dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve

22 novembre 1891: décès de soeur Thérèse de Jésus, fondatrice de l’Asile Saint-Jean-de-Dieu

26 novembre 1831: décès à Longue-Pointe du célèbre graveur anglais, William Satchwell Leney

_______________________________________________

9 février 1918: annexion de la ville de Maisonneuve

En 1911, l’année du recensement, on parle de Maisonneuve comme la «Pittsburgh du Canada», le principal «Faubourg industriel de Montréal». Rien n’est négligé par l’administration municipale dans la publicité des journaux de l’époque pour vanter les mérites de la ville. La politique d’exemptions de taxes aux industries qui désirent s’y installer, amorcée en 1896, porte ses fruits puisque Maisonneuve est avant la Première Guerre le plus grand centre de fabrication de chaussures et se classe au deuxième rang au Québec et au quatrième rang au Canada pour la valeur des produits fabriqués.

À cette époque, la réputation de la ville est très établie. La ville est prospère et le conseil municipal décide de se lancer dans de grandioses projets d’embellissement. Alexandre Michaud est alors maire de Maisonneuve, Oscar Dufresne (de l’entreprise Dufresne & Locke) conseiller municipal et Marius Dufresne ingénieur municipal. Cette équipe ambitieuse voit grand et beau! C’est le début des grands travaux le long de la rue Ontario : d’abord l’Hôtel de ville (1912), puis le Marché (1914), le poste de pompiers et le Bain public et gymnase (1915) et finalement, le vaste projet du Parc Maisonneuve. On avait également conçu le projet d’un bureau de poste qui devait être situé face au Bain mais le projet ne fut jamais réalisé.

En 1912, le conseil demande que l’appellation de la ville soi changé en «Cité de Maisonneuve». On en parle comme le «Jardin de Montréal».

Cette ville offre l’image de la réussite et des municipalités environnantes (Sault-au-Récollet, Côte de la Visitation et Longue Pointe) signent même une pétition pour être annexées à Maisonneuve.

Mais la déclaration de la guerre en 1914 vient freiner l’activité économique de Maisonneuve. La ville est endettée à cause du projet du Parc Maisonneuve et en 1915, l’équipe Michaud, en poste depuis 1909, est renversée aux élections municipales par le Parti de la Réforme municipale dirigée par Levie Tremblay. La situation économique est difficile et le chômage est le principal problème de la nouvelle administration. En 1917, nouveau renversement du conseil municipal. Les rumeurs d’annexion commencent à circuler. Jugeant la dette de Maisonneuve trop élevée (18 millions de $), le maire de Montréal, Médéric Martin, s’oppose fermement à cette annexion. Mais le gouvernement du Québec intervient et Maisonneuve est annexée à Montréal le 9 février 1918 par modification de la charte de la ville de Montréal. Le débat sur l’annexion était fermement politisé car le maire Médéric Martin est un chaud partisan du Parti conservateur provincial, alors dans l’opposition, et que le premier ministre libéral Lomer Gouin règne en maître au Québec depuis 1905. La ville de Montréal devra assumer la dette et trois conseillers représenteront le quartier Maisonneuve au conseil municipal.

1 avril 1924: Affaire Morel ou Affaire du tunnel Ontario

Vers 13h53, mardi le 1er avril 1924, une voiture non blindée de la Banque d’Hochelaga se dirige vers la succursale située à l’angle d’Ontario et Aylwin pour y collecter de l’argent. La voiture compte quatre passagers : le jeune chauffeur Henri Cléroux et trois messagers, Roland Fortier, Lucien Brunet et Maurice Thibodeau. Elle s’engage dans le tunnel Ontario en direction est. La voiture doit ralentir parce qu’une Sedan Ford lui barre la route à la sortie du tunnel. Une autre Ford semble en panne alors qu’un homme s’affaire à réparer un pneu. Les convoyeurs contournent alors l’auto en panne. Très rapidement, plusieurs bandits cagoulés en sortent et se mettent à tirer en direction des convoyeurs. Des témoins parleront de sept malfaiteurs. Ce sont : Louis Morel, Harry Stone, Ciero Nieri, Giuseppe Serafini, Adamo Parillo, Salvatore Adamo et Giuseppe Carrero. Ceux-ci font rapidement éclater toutes les vitres de l’auto. Le chauffeur Cléroux en sort pour affronter les tireurs. Il a à peine fait quelques pas qu’il est atteint mortellement par une balle tirée par Nieri. Les trois messagers vident rapidement leurs armes. Quelque temps plus tard, ils sont mis en joue par deux tireurs qui réussissent à s’emparer d’un sac contenant plus de 140 000$. Pour montrer la violence des échanges de coups de feu, qu’il suffise de mentionner qu’on retrouvera 22 impacts de balle sur la voiture de la banque.

Pendant ce temps, deux agents motocyclistes, Joseph Lévesque et Israël Pelletier, se rendent à leur quart de travail. Ils croisent la scène de la fusillade. En voyant les policiers, les bandits se mettent à tirer sur eux. Les agents ripostent et réussiront à blesser mortellement l’un d’entre eux. La deuxième Ford des malfaiteurs se dirige ensuite vers l’ouest. Les agents la poursuivront mais perdront rapidement leurs traces. On transporta le jeune Cléroux à l’hôpital pour ne constater que son décès. Un des messagers, Roland Fortier, est également blessé au doigt.

TunnelOntario.1924

Photo montrant l’endroit où les bandits firent feu sur les convoyeurs à la sortie est du tunnel. Source: La Patrie, 2 avril 1924, BANQ, Collection numérique

Le coup avait été très soigneusement préparé. Les policiers avaient eu vent qu’un coup de force se préparait. Au début mars, les convoyeurs sont donc escortés par des agents armés. Comme la menace ne se matérialise pas, les convoyeurs voyagent maintenant seuls en ce début avril. Les bandits avaient minutieusement analysé le trajet suivi par l’auto de la Banque. Le départ se faisait du siège social, rue St-Jacques, pour ensuite visiter 27 ou 28 succursales. Le jour de l’attaque, les convoyeurs avaient collecté l’argent d’une vingtaine de succursales et transportaient environ 300 000$.

Le tunnel Ontario était l’endroit idéal pour attaquer un convoi. On venait tout juste de le rénover. Pour s’assurer de ne pas être importunés, les bandits avaient cisaillé les fils électriques permettant aux tramways de circuler. Ils avaient également fixé à la sortie ouest un câble d’acier, semblable à ceux supportant les ascenseurs, aux piliers du tunnel pour empêcher la fuite de l’auto de la banque. Nieri affirma lors du procès que si les convoyeurs avaient voulu traverser ce câble, ils auraient tous été tués. Les assaillants étaient également lourdement armés. D’ailleurs, dans l’auto abandonnée à l’entrée du tunnel, on retrouva des carabines, des balles, des cagoules et des sacs vides ayant sûrement servis à transporter l’argent.

Banque.Patrie20424

Succursale de la Banque d’Hochelaga, rue Ontario, angle Aylwin. De l’autre côté d’Aylwin, on trouvait l’Hospice Bourget, aujourd’hui démoli. L’édifice de la Banque est aujourd’hui occupé par un restaurant. Source: La Patrie, 2 avril 1924, BANQ, Collection numérique.

Plus tard dans la journée, une auto stationnée sur la rue Everett près de Christophe-Colomb attira l’attention des curieux. Un homme semblait dormir à l’arrière. En fait, il s’agissait de la deuxième Ford des malfaiteurs. L’homme s’avéra être Harry Stone, le malfaiteur mortellement atteint par les policiers. Les voleurs quittèrent la scène du crime avec la seconde Ford pour être rapidement rejoint par une Hudson. Des témoins affirmèrent que deux autos s’arrêtèrent sur la rue Everett. La deuxième fut abandonnée avec un passager décédé tandis que la première prit la fuite. Cette auto fut retrouvée près de la prison Bordeaux.

On retrouva dans l’auto de la rue Everett es cisailles ayant servi à sectionner les câbles du tramway de même que le câble d’acier. Plus important, dans les poches de pantalons de Stone, un bout de papier avec un numéro de téléphone. La police peut alors relier ce numéro à une adresse d’une maison située sur la rue Coursol. Des détectives de la police de Montréal s’y rendent et arrêtent Ciero Nieri et sa jeune maîtresse, Marie-Emma Lebeuf, de même que Giuseppe Serafini et son épouse Maria. Les deux hommes ont en leur possession une somme de 20 000$ dont ils ne peuvent expliquer la provenance. C’est la seule partie de la somme volée que la Banque d’Hochelaga récupérera.

Fait intéressant, c’est le célèbre médecin-légiste Wilfrid Derome qui procède à l’autopsie des deux victimes.

Après l’attentat, Parillo s’enfuira aux États-Unis tandis qu’Arena et Carrero rejoignent l’Amérique du Sud.

L’enquête de la police avance lentement puisque Nieri et Serafini refuse de dénoncer leurs confrères. Cependant, la police réussira à tirer des informations de Marie-Emma Lebeuf, suffisantes pour commencer à monter la preuve. Fin avril, Adamo Parillo est arrêté à Bridgeport au Connecticut. Il signera une dénonciation dans laquelle il révèle le nom de tous ses complices. La police de Montréal pourra alors procéder à un certain nombre d’arrestations. On compte celles de Louis Morel, un ancien policier, Tony Frank, le caïd de la mafia, et ses deux lieutenants Mike Valentino et Frank Gambino, Leo Davis, le boxeur Eddy Baker, Kin Rufkin et John Visco, alias Moreno, alias «Johnny the wop». L’enquête préliminaire débute le 7 mai et se poursuit le 14. Kin Rufkin, John Visco et Eddy Baker seront libérés fautes de preuves suffisantes. Tous les autres seront accusés du meurtre du chauffeur Henri Cléroux. Le procès est fixé au 11 juin.

Entretemps, le procès de Nieri et Serafini s’ouvre le 3 juin en Cour d’Assises. À l’ouverture, le procureur de la Couronne, Me R.L. Calder, annonce qu’Emma Lebeuf et Ciero Nieri deviennent témoins à charge. Pour la toute première fois au Canada, en échange de l’immunité, un accusé de meurtre accepte de collaborer avec la justice et de dénoncer ses complices. D’après le témoignage de Lebeuf, la perspective pour Nieri de finir au bout d’une corde en cas d’arrestation l’a incité à se délier la langue. Assez curieusement, même avec ces témoignages accablants, le jury ne s’accorde pas sur un verdict à prononcer. Serafini devra donc subir un nouveau procès. L’affaire ne tarde pas puisque Serafini tout comm Morel, Frank, Gambino, Davis et Valentino sont formellement accusés de meurtre à l’ouverture de leur procès commun le 11 juin. Le juge Charles-Alexandre Wilson préside le procès. L’humanisme et l’impartialité ne font pas partie de ses qualités.

Morel - Frank. 1924.jpg

Louis Morel et Tony Frank. Source: Musée de la civilisation du Québec

Les principaux accusés sont les suivants :

  • Louis Morel est l’instigateur du complot pour l’attentat du tunnel Ontario. L’on apprendra durant le procès que le groupe des sept bandits avaient d’abord prévu leur attaque pour le 25 février mais que leur Hudson s’était embourbée et qu’on dut faire appel à une dépanneuse. Le groupe arrivera en retard après le passage de l’auto de la banque. Louis Morel est une figure intéressante, d’abord parce qu’il était jusqu’à 1920, un célèbre détective de la police de Montréal. Il était également un athlète accompli qui participera à plusieurs compétitions nord-américaines pour défendre les couleurs de son service. Ayant l’estime à la fois de ses confrères et de ses supérieurs, il fut congédié une première fois en 1919 parce qu’il tentait de former un syndicat de policiers. Les protestations de ses confrères firent en sorte qu’il reprit du service pour être définitivement congédié en 1920 pour fréquentations illicites avec le milieu criminalisé de Montréal (1).
  • Tony Frank, de son vrai nom Arcengiolo di Vicenzo, est reconnu comme le parrain de la pègre montréalaise. Il participera à la préparation du complot en fournissant des armes. Cependant, son rôle après le coup est plus important dans ce sens qu’il visita Nieri et Serafini à la prison Bordeaux pour les assurer «qu’on s’occupait d’eux». Nieri déclara durant le procès que Frank et ses deux lieutenants avaient reçu 13 000$ du butin. Frank affirma aux deux détenus que cette somme devait servir à l’achat de la police, aux honoraires des avocats et à la corruption de personnes pouvant intervenir en leur faveur. Il ajouta que le procureur de la Couronne abandonnerait ses fonctions en septembre, qu’il serait remplacé et qu’alors lui, Tony Frank, les ferait libérer.
  • Frank Gambino, un des lieutenants de Tony Frank, ne participa pas lui non plus directement à l’attentat. Il recueille cependant une partie des profits du hold-up tout comme son chef.
  • Leo Davis a participé à la filature des convoyeurs avant l’attentat, mais n’y a pas participé directement. Dans son témoignage, Nieri affirme qu’il était l’un des chauffeurs ce qui s’avéra un mensonge. Nieri l’impliqua injustement dans l’attentat pour une querelle au sujet d’une auto volée. Dans son cas, la condamnation à mort est manifestement un cas d’erreur judiciaire.
  • Le cas de Mike Valentino est un autre cas d’erreur judiciaire puisque sa participation à l’attaque est obscure. Il est condamné à mort même si les preuves contre lui sont insuffisantes. Le témoignage de Nieri est assez vague à son sujet.

Le début du procès est plus technique : établir l’identité de la victime et les causes de son décès, décrire les lieux du crime, présenter les armes et le matériel des auteurs du hold-up. Des témoins de la scène de crime ne parviennent pas à identifier formellement les auteurs puisque tous étaient masqués. Des policiers viennent ensuite entretenir la cour des circonstances des arrestations de Nieri et Serafini.

La Couronne annonce que Nieri témoignera le 16 avril. La salle est bondée et l’atmosphère est à couper au couteau. Ceux qui assistent au procès auront la surprise de voir un grillage devant le box des accusés. On saura plus tard que la police a éventé un complot pour faire évader les six accusés.

Le témoignage de Nieri est accablant. Il sait que la Couronne en a besoin pour s’assurer d’une condamnation à mort. Nieri décrira en détail les préparatifs de l’attaque qui débuteront en novembre 1923. Plusieurs réunions mensuelles auront lieu pour préparer le coup. On apprendra que plusieurs hommes fileront les convoyeurs de la Banque d’Hochelaga pendant plusieurs semaines. Nieri est chargé de surveiller le tunnel Ontario. On apprendra tout sur le vol des trois voitures, l’achat des cisailles et du câble, la fabrication des masques, le rôle de chacun des accusés, le partage prévu du butin. Malgré le regard haineux des accusés, Nieri ne bronche pas, répond rapidement, clairement et sans hésitation aux questions du procureur et des avocats de la défense. Morel lancera des injures au témoin, mais ceci n’ébranle pas sa volonté de tout révéler.

Les avocats de la défense s’entendent pour ne pas présenter de preuve, préférant attaquer la crédibilité du témoin dans leurs plaidoiries. Louis Morel aurait voulu témoigner, mais les avocats lui conseillent gentiment de ne pas le faire, pour ne pas aggraver la situation.

L’attitude des jurés est symptomatique de la décision qu’ils s’apprêtent à prendre. Ils sont tout ouïe devant la plaidoirie du procureur samedi le 21 juin, mais leur attitude non-verbale témoigne de leur désapprobation lorsque les avocats de la défense s’exécutent le lundi 23 et mardi matin 24. Dans ses indications au jury, le juge Wilson ne fait aucune preuve d’impartialité : au sujet du témoignage de Nieri, il déclare «On peut le croire, on doit le croire et pour ma part, je le crois dans tout ce qu’il a dit.»

Le jury ne prendra que 12 minutes pour délibérer et prononcer un verdict de culpabilité dans le cas des six accusés. Le juge les condamnera à la pendaison à la prison de Bordeaux le 24 octobre. Lorsqu’invité à prendre la parole, seul Morel avouera sa culpabilité. Il indique que c’est Nieri qui a tiré sur Cléroux et proclame l’innocence de Davis. Il fera de même pour Valentino dans le fourgon cellulaire de retour à Bordeaux. La cause sera portée en appel jusqu’en Cour suprême, mais sans succès. Le 30 septembre, la Cour du Banc du Roi confirme le jugement du 24 juin. Le 23 octobre, quelques heures avant l’exécution, Davis et Valentino verront leur sentence commuée en prison à perpétuité par le Cabinet fédéral.

Pour l’exécution le 24 tôt le matin, seuls deux journalistes, un francophone et un anglophone, sont admis dans la cour de la prison avec promesse de tout rapporter aux autres. Deux cents cinquante policiers entourent la prison pour éviter tout débordement. Les policiers ne prennent aucune chance d’autant plus que Serafini a presque réussi une tentative d’évasion le 26 août. Le stationnement est interdit sur le boulevard Gouin sur une distance de 1,6 km. Une foule considérable se rassemble autour de la prison, y compris des membres de la famille des condamnés.

Peu avant cinq heures, les quatre détenus sont amenés deux par deux à la potence. Gambino et Morel seront les premiers suivis de Frank et Serafini. Si l’exécution de Gambino et Morel se déroula sans anicroche, il en fut autrement pour celle de Frank et Serafini. Le bourreau Ellis, dans sa hâte de procéder, mit les deux capuchons sur la tête de Frank et fut rappelé à l’ordre par l’aumônier. De plus, il mélangea les cordes ce qui eut pour effet de défigurer le cadavre de Serafini. Après le décès des deux derniers condamnés, il reprend de l’aplomb. En coupant les cordes sur les cadavres de Frank et Serafini, il siffle un air de jazz à la mode. Il accorde même une entrevue à un journaliste.

À 5h, le drapeau noir est hissé au mât de la prison confirmant que la sentence a été exécutée. La foule se disperse.

Ciero Nieri obtint sa libération quelques mois plus tard. Il retourna vivre en Italie croyant que c’était la meilleure solution. Quelques jours plus tard, il était abattu par un inconnu. Adamo Parillo connut le même sort aux États-Unis.

L’affaire du tunnel Ontario et l’implication d’un ex-policier dans l’attaque soulèveront un tollé dans la population. Nombreux sont ceux qui dénoncent la corruption généralisée autant dans la police que dans l’administration municipale. Par conséquent, le 17 septembre 1924, un groupe de 82 personnes, dont le conseiller municipal Ovila Casavant, va signer une requête qui sera présentée à la Cour supérieure pour la tenue d’une enquête. Celle-ci sera présidée par le juge Louis Coderre. L’enquête débute le 6 octobre. Pour démontrer les liens troubles entre la police et les milieux criminels, précisons qu’Alban Germain, avocat du surintendant de la police de Montréal, est le même qui servit d’avocat principal du groupe des 6 accusés dans le procès du tunnel Ontario. Dès le deuxième jour, un témoin affirme que la police avait mise au courant qu’une attaque devait se dérouler le 1er avril. L’information n’a pas été relayée en haut lieu pour éviter la commission du crime.

Plusieurs enquêtes viendront secouer périodiquement le monde municipal de Montréal : mentionnons l’enquête du juge Lawrence John Cannon en décembre 1909, l’enquête du juge François Caron en octobre 1954 et évidemment la Commission Charbonneau en 2015. Des années vingt aux années soixante, Montréal est connue comme une capitale du vice et du crime en Amérique du Nord. Le Red Light, autour des rues St-Laurent et Ste-Catherine, compte de nombreux bars clandestins, des maisons de passe, des maisons de jeu. Les bootleggers, bookmakers et souteneurs y prolifèrent sans que la police n’intervienne. De plus, dans les années vingt, contrairement aux villes américaines, Montréal ne connaît pas la prohibition. La nouvelle loi de 1921 sur la création de la Commission des Liqueurs (ancêtre de la SAQ), seule autorisée à émettre des permis, vient éteindre toutes les velléités de prohibition au Québec. Les restaurants, bars, hôtels peuvent donc obtenir facilement un permis d’alcool.

L’enquête se déroulera également dans le contexte du quatrième procès de l’abbé Adélard Delorme, accusé du meurtre de son frère en janvier 1922. Les preuves sont accablantes, mais les policiers et les experts, comme Wilfrid Derome, sont vertement critiqués pour oser accuser ainsi un membre du clergé (2).  L’abbé Delorme sera finalement acquitté.

Le rapport du juge Coderre est déposé le 13 mars 1925. Il est reproduit dans son intégralité dans plusieurs journaux (3). Il est dévastateur pour la police de Montréal et le comité exécutif. Les principales conclusions sont :

  • Le comité exécutif est tenu responsable de la situation parce qu’il refuse de nommer un chef de police qualifié et qu’il intervient continuellement dans les affaires de la police;
  • Le surintendant Pierre Bélanger est déclaré incompétent et le juge Coderre recommande sa mise à la retraite;
  • De nombreux officiers sont accusés de faire fortune avec les pots-de-vin, de souffrir d’incompétence, de fermer les yeux sur les maisons de débauche, etc.
  • Les pompiers du service d’incendie ne sont pas nommés selon leurs qualifications, mais par népotisme, favoritisme et pots-de-vin.

Malheureusement, le rapport sera vite oublié par le comité exécutif directement visé et il faudra attendre les années soixante avec le deuxième mandat du maire Jean Drapeau pour que la situation ne commence à changer.

Mentionnons que le Musée de la Civilisation du Québec possède plusieurs objets relatifs à cette cause dont une cagoule, les cisailles et la corde ayant servi à la pendaison de Morel.

Corde.Morel. 1924

Source: Musée de la civilisation du Québec

Notes

Un bon résumé de l’affaire se trouve dans Daniel Proulx, Les grands procès du Québec, Stanké, Montréal, 1996. Nous avons évidemment consulté les journaux d’époque sur cette affaire qui a passionné tout le Québec. Les journaux ont reproduit la transcription de l’enquête du coroner, des procès de Serafini et des six accusés en juin 1924 ainsi que de l’enquête du juge Coderre en octobre 1924. L’exécution des quatre condamnés a aussi fait l’objet de longs reportages.

(1) Gilles Janson, Dictionnaire des grands oubliés du sport, Québec, Septentrion, 2013

(2) Jacques Côté, Wilfrid Derome, expert en homicides, Boréal, Montréal, 2003

(3) Par exemple, Le Canada, édition du 14 mars 1924

_______________________________

4 avril 1915: Il y a cent ans, l’orgue de Très-Saint-Nom-de-Jésus résonnait pour la première fois

C’était le dimanche de Pâques 4 avril 1915, il y a cent ans presque jour pour jour, alors que l’organiste de la paroisse, Orpha Flavien Deveaux, faisait résonner dans l’église les premières notes de l’orgue Casavant, opus 600.

Ce n’est pas le premier orgue de Très-Saint-Nom-de-Jésus (TSJN). En effet, en 1899, le curé Joseph-Avila Bélanger dote l’église d’un orgue Casavant (opus 101) à deux claviers et neuf jeux. Le buffet (meuble qui contient l’instrument) était en imitation de chêne avec les tuyaux de façade décorés.

La traction est l’art d’amener l’air pour faire parler les tuyaux. Dans le premier orgue, la traction est mécanique, c’est-à-dire que l’air est contenu dans un immense soufflet. Lorsque l’organiste actionne une touche, l’air pénètre dans le tuyau correspondant par un système de vergettes et de leviers.

Lorsque la seconde église est terminée en 1906, il devient rapidement évident que le petit orgue ne cadre pas dans le grand vaisseau qu’est le temple de la rue Adam. Le curé Édouard Contant, désireux de doter l’église d’un orgue qui fera époque, signe un contrat de 25 000$ avec la maison Casavant le 3 avril 1914.

Le devis de l’orgue est préparé en collaboration avec les frères Casavant par Orpha Flavien Deveaux (1872-1933), qui sera organiste titulaire à TSJN de 1905 à 1923 et son ancien professeur, Percival J. Illsley, organiste rattaché au McGill Conservatorium of Music. Le devis avait été soumis le 17 janvier 1914 puis amendé le 15 septembre suivant.

Les autorités paroissiales tiennent à ce que l’orgue soit installé pour la Pâques 1915, soit le 4 avril. Pour respecter cette date de livraison, une partie du travail d’installation doit se faire la nuit, en raison des travaux de décoration en cours dans l’église.

Un article du journal Le Devoir en date du 8 avril 1915 nous donne des détails intéressants sur l’orgue. D’emblée, l’article commence en affirmant ceci : «Ces orgues, tant au point de vue du mécanisme, de la sonorité, de la variété des timbres, de la souplesse d’expression que de la beauté extérieure du buffet, sont un honneur et pour l’église qui les possède, et pour ceux qui les ont construites». (1) L’orgue est de dimensions imposantes avec 146 boutons de registre dont 90 jeux parlants (rangées de tuyaux donnant un son caractéristique) et 56 accouplements (mécanismes permettant de faire jouer deux claviers à la fois) et tirasses (accouplements d’un clavier et du pédalier). Les 90 jeux sont distribués en deux orgues : un orgue de chœur avec deux claviers et pédalier comportant 21 jeux placé derrière le maître-autel et l’orgue de tribune de 69 jeux avec quatre claviers et pédalier. La console est située à la tribune et permet de commander l’orgue de chœur à partir du clavier du Grand orgue. La console, en acajou, comprend aussi 54 boutons ajustables sur lesquels sont imprimés un ensemble de jeux prédéterminés que l’organiste peut utiliser selon le temps et le goût du jour. Les recherches menées par les Casavant vont doter l’orgue de nouveaux jeux au goût du jour comme le jeu de harpe présent au Solo expressif de l’orgue de tribune. Ce jeu est actionné lorsque les cordes sont frappées par de petits marteaux. Les registres sont disposés à la française, c’est-à-dire de chaque côté des claviers comme le pratiquait Aristide Cavaillé-Coll, célèbre organier français du XIXe siècle.

L’orgue compte plus de 6 500 tuyaux; les tuyaux de métal à eux seuls pèsent plus de 9 400 kg dont plus du tiers uniquement pour les tuyaux de façade. Une soufflerie de 15 chevaux fournit le vent nécessaire. Pour faire parler l’instrument, il faut un débit de 12,2 mètres cubes(40 pieds cubes) d’air par seconde, soit deux fois plus que la pression nécessaire aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris.

La traction de Très-Saint-Nom-de-Jésus est électro-pneumatique, c’est-à-dire qu’elle combine fils de cuivre et électro-aimants; les fils mis bout à bout ont une longueur totale de plus de 272 kilomètres.

L’orgue de TSJN était en 1915 le plus important de Montréal, plus grand que celui de Notre-Dame, également un orgue Casavant, et le sixième orgue en Amérique du Nord. On raconte qu’à l’époque, il a fallu 5 wagons pour transporter les pièces de l’orgue de Saint-Hyacinthe à Maisonneuve!

OrgueTSJN

Photo Le Devoir, BANQ, collection des microformes

L’harmonisation finale a été faite sous la direction de Joseph-Claver Casavant, un des deux frères qui dirigeait Casavant Frères à l’époque. L’impressionnant buffet de l’orgue a été dessiné par l’architecte Joseph-Henri Caron (1877-1954) et réalisé par la maison Louis Caron & Fils, de Nicolet. Il a été peint sur place sous la direction de Toussaint-Xénophon Renaud, décorateur de l’église.

Sur le plan sonore, l’orgue de Très-Saint-Nom-de-Jésus est tributaire de deux esthétiques: l’esthétique symphonique française du XIXe siècle, comme le démontrent les claviers du Grand orgue et le Récit expressif (des volets verticaux s’ouvrent pour mieux propager le son) mais aussi l’esthétique anglo-américaine en vogue à l’époque, présente dans la composition du Positif expressif et du Solo expressif.

Dès sa création, l’orgue de TSNJ s’attire les éloges de plusieurs grands organistes et facteurs d’orgue. D’abord, peu de temps après l’installation, Deveaux écrit à Samuel Casavant pour exprimer sa satisfaction: «Je prends la liberté de vous donner quelques nouvelles au sujet de votre nouveau-né que nous avons adopté ici à Maisonneuve. Doué d’excellents poumons, il se fait parfois entendre au point où nous pouvons facilement lui présager une longue vie». Lynnwood Farnam (1885-1930), le plus grand organiste canadien de l’époque, touche l’orgue de TSJN le 5 juillet 1915 et le lendemain, il écrit aux frères Casavant: «J’ai joué hier votre orgue opus 600 dans la grande église de Maisonneuve. Je tiens à vous écrire pour vous dire le plaisir que j’y ai pris…J’ajouterai seulement que l’équilibre et la finesse d’exécution sont partout apparents». (2) En 1924, le facteur d’orgue anglais Henry Willis III fait une tournée au Canada et aux États-Unis et rend visite aux frères Casavant qui lui présentent certains de leurs orgues. Il écrit ce qui suit dans un rapport sur sa visite: «L’orgue qui m’a procuré le plus grand plaisir, et que je considère être le chef-d’œuvre de Casavant, est celui de l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus, Maisonneuve, Montréal». (3) La visite de Willis à Maisonneuve lui avait été conseillée par Lynnwood Farnam dans ces termes : «Don’t forget, you must hear Maisonneuve!» (4)

Pour montrer l’importance de l’orgue de TSJN dans le monde de la facture nord-américaine, celui-ci servira de modèle pour un instrument que Lynnwood Farnam fera installer par Casavant Frères à Boston à l’église épiscopalienne Emmanuel en 1917.

Des musiciens célèbres toucheront l’orgue de TSJN. Mentionnons deux exemples: un récital du grand organiste Joseph Bonnet, titulaire de Saint-Eustache à Paris le 27 mai 1917 et un autre de Joseph Courboin, titulaire de St. Patrick’s de New York, le 3 septembre 1936.

Avec Vatican II au début des années 1960, le rôle de l’orgue va considérablement changer et occuper une place moins importante dans la liturgie. Conséquemment à la baisse dramatique du nombre de fidèles, nombre de paroisses n’ont pas les revenus nécessaires pour entretenir l’orgue. Très-Saint-Nom-de-Jésus est du nombre et l’orgue cesse de fonctionner en 1972. La dernière titulaire était Sylvie Poirier, malheureusement décédée en décembre 2013.

C’est Jean-Yves Marsan qui, en 1982, avec l’appui de citoyens du quartier, développa l’idée de former un comité pour la restauration de l’orgue. Le Comité du centenaire de Maisonneuve appuya cette résolution. Un comité provisoire est formé pour mettre sur pied un organisme à but non lucratif «Les orgues de Maisonneuve». L’organisme reçut ses lettres patentes le 25 avril 1984. Le comité d’experts, formé à l’initiative de Christopher Jackson pour présenter un devis, était composé, outre M. Jackson, de Gaston Arel, Jacques Boucher et Pierre Grandmaison. L’organologue Massimo Rossi va effectuer un relevé exhaustif de la tuyauterie. Dans son rapport, le comité, bien que reconnaissant la valeur historique et tonale de l’instrument, souhaite renouer avec l’esthétique symphonique française et l’harmonisation chère au grand facteur français Aristide Cavaillé-Coll. Ce souhait est exprimé par Christopher Jackson dans ces termes: « Après maintes discussions, nous avons convenu qu’l ne fallait pas seulement restaurer l’orgue mais bien l’amener le plus près possible des instruments symphoniques français qui l’avaient inspiré dans sa conception d’origine». (4) La maison Casavant est finalement retenue pour effectuer les travaux. Le contrat pour exécuter la première phase des travaux est signé le 2 mai 1985. Signalons le travail acharné de la députée provinciale d’alors, Mme Louise Harel, pour faire débloquer les fonds nécessaires pour entreprendre la première phase des travaux.

La restauration d’un orgue comme celui de Très-Saint-Nom-de-Jésus implique des coûts importants. Les fonds nécessaires sont réunis grâce à d’importantes subventions provenant de l’Office de la planification et du développement du Québec, du programme fédéral-provincial d’infrastructures, du ministère de la Culture et des Communications du Québec, du ministère du Patrimoine canadien. Les travaux de restauration de l’orgue débutent en 1985. Le projet sera réalisé en deux phases : dans un premier temps, on effectue des travaux à la console et à l’orgue de la tribune. Dix ans plus tard, c’est au tour de l’orgue de chœur. Dans le cadre de cette deuxième phase, on ajoute une deuxième console à la nef, cette console étant sur une plate-forme mobile. Les travaux de restauration sont finalement terminés en 1999. L’instrument est maintenant doté de 91 jeux dont 21 sur l’orgue de chœur (chœur, écho et pédalier) et le reste sur l’orgue de la tribune (Grand orgue, récit, positif, bombarde). Vous pourrez trouver la composition complète de l’orgue restauré et les changements effectués sur le site suivant: sauveznotreeglise.org.  Pour la deuxième phase, une importante campagne de financement populaire sous la présidence d’honneur du regretté Robert Cadotte est mise sur pied en mars 1995. L’objectif initial est d’amasser 20 000$ en vendant des billets individuels de 2$. On dépasse largement l’objectif: en juin suivant, on peut annoncer que la campagne a rapporté 48 500$. Il faut souligner particulièrement le travail d’une bénévole extraordinaire, Mme Aline Côté-Sammut, qui, à elle seule, avait amassé la coquette somme de 8 000$. Mme Côté, qui nous a quittés récemment, était une bénévole connue de l’Atelier d’histoire pour avoir fait don d’une collection de vêtements, d’objets et de photos. Les travaux de la seconde phase seront simplifiés par rapport au devis original mais l’orgue restauré demeure un excellent exemple de l’orgue symphonique français.

Orguetribune1999

Photo: Michel Brunelle

À la fin des travaux, l’organiste titulaire était Régis Rousseau. Grâce à son acharnement et à la présentation du Festival Orgue et couleurs, l’orgue acquiert une nouvelle réputation qui dépasse largement les frontières du quartier. Ce festival attirait un nouveau public de mélomanes avec des événements comme les Matches d’improvisation à l’orgue, le Marathon 24 heures sur le banc et toutes une série d’activités qui s’étendaient sur une période de dix jours.

Cependant, pour comble de malheur, l’archevêché décide de fermer l’église au culte en 2009 et donc l’orgue se tait de nouveau.

L’église de Très-Saint-Nom-de-Jésus a été réouverte au culte le 24 décembre 2014. Espérons que nous pourrons célébrer dignement et avec faste plus tard en cette année 2015 le centenaire de l’opus 600 de Casavant.

Notes

(1) Le Devoir, jeudi le 8 avril 1915

(2) L’orgue Casavant de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, Archives Casavant Frères

(3) Henry Willis, The Organ, Vol. II, no. 17, juillet 1925

(4) idem

(5) L’orgue de l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1999

Bibliographie

(1) Le Devoir, jeudi 8 avril 1915, p.8

(2) Réal Ménard, Cent ans d’histoire, 1888-1988, Paroisse Très-Saint-Nom-de-Jésus, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1988

(3) L’Orgue de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1999

(4) Archives de Casavant Frères, Saint-Hyacinthe; mes remerciements à M. Jacquelin Rochette pour nous avoir fait parvenir des documents provenant des archives Casavant Frères

___________________________________________________

7 avril 1914 : décès d’Edith Maud Eaton, journaliste et auteure sino-canadienne

Une auteure de renom a vécu à Hochelaga

Edith Maud Eaton, de son pseudonyme Sui Sin Far (en pinyin Shui Xian Hua ce qui signifie «narcisse») est né en Angleterre le 15 mars 1865 d’un père anglais et d’une mère chinoise qui s’étaient rencontrés à Shanghai.  Elle est la deuxième d’une famille de quatorze enfants. Famille très à l’aise, les Eaton subissent de graves revers financiers avant de quitter l’Angleterre. On les retrouve brièvement aux États-Unis puis assurément dans le quartier Hochelaga de 1878 à 1882. Selon ce qu’elle affirmera plus tard, sa famille était très pauvre. Ses parents la retirèrent de l’école à l’âge de 10 ans et elle dut vendre de porte à porte les tableaux de son père et ses propres ouvrages de dentelle. Ses parents avaient la bougeotte puisque, durant cette courte période à Hochelaga, ils habitent d’abord sur la rue Marlborough (aujourd’hui Alphonse D. Roy), la rue Seaver (aujourd’hui la rue Omer Ravary) et la rue Moreau. Son père ne pouvant vivre seulement de son art de peintre avant 1889, il est commis ou teneur de livre. Vers 1882 ou 1883, la famille déménage dans le quartier St-Jean-Baptiste. Au moins trois enfants naîtront à Hochelaga durant leur séjour.

Edith_Eaton

Photo: domaine public

La santé d’Edith Maud est fragile : elle souffre d’une dilatation cardiaque suite à une fièvre rhumatismale. Sa vie sera souvent déterminée par les conséquences de son état. Elle travaille comme sténographe et journaliste. Ses premiers articles sont publiés dans des journaux de Montréal comme le Montreal Star et le Daily Witness. En 1898, après un autre épisode de fièvre rhumatismale, son médecin lui recommande de partir pour la côte ouest américaine (Los Angeles, San Francisco, Seattle). Elle fera continuellement des allers-retours entre ces villes et Montréal où résident toujours ses parents. En 1909, elle s’installe à Boston pour ensuite revenir définitivement à Montréal parce que sa santé se détériore. C’est là qu’elle meure le 7 avril 1914. Elle est inhumée au Cimetière Mont-Royal. En reconnaissance de son travail pour la communauté chinoise, celle-ci érige un monument sur sa tombe. Fait intéressant à noter : du printemps à l’automne, sa tombe est continuellement fleurie, signe que les sino-canadiens de Montréal ne l’oublient pas. Une sœur d’Edith, Winnifred, sera aussi écrivaine; elle utilise le pseudonyme Onoto Watanna.

Victime de préjugés dans sa jeunesse, elle se préoccupera toujours du sort de la communauté chinoise nord-américaine dans ses écrits. Elle utilisait le pseudonyme Sui Sin Far (narcisse en cantonais). Avec humour et ironie, elle brossera un portrait réaliste de cette communauté. Elle peut ainsi, de l’intérieur, combattre tous les préjugés qui affligeaient les Chinois d’origine et les Eurasiens. Un recueil de nouvelles paraît en 1912 sous le titre Mrs Spring Fragrance, Leaves from the Mental Portfolio of an Eurasian (Mme Fragrance du printemps, Feuilles du portfolio mental d’une Eurasienne).

Son œuvre commence à être plus connue, non seulement dans la communauté chinoise, mais également dans les milieux intellectuels qui s’intéressent aux différentes communautés ethniques.

Une biographie détaillée a été publiée en 1995 par Annette White-Parks : Sui Sin Far/Edith Maud Eaton : A literary biography. Lors de la rédaction de ce livre, elle rendit visite à l’Atelier d’histoire pour mieux s’imprégner du quartier où Edith Maud vécut une partie de sa jeunesse. Elle remercie d’ailleurs le directeur de l’Atelier, Réjean Charbonneau, dans sa préface pour l’aide apportée.

Comme le dit Lorraine McMullen dans le Dictionnaire biographique du Canada : «On peut considérer Edith Maud Eaton comme le premier auteur nord-américain d’extraction chinoise à avoir écrit de manière réaliste et convaincante sur la culture chinoise et les difficultés et préjugés subis par les Chinois en Amérique du Nord».

 ________________________________________________

12 avril 1880 : première grève d’importance à la Filature Hudon à Hochelaga

Le lundi 12 avril 1880 à 18h15, plusieurs centaines d’ouvriers quittent leurs machines à la filature Hudon sur la rue Notre-Dame, angle Dézéry. Elles (la majorité des employés sont des femmes) en ont assez des difficiles conditions de travail dans cette manufacture. (1) C’est seulement la deuxième grève connue au Québec dans le secteur du textile. Le 1 août 1873, 25 jeunes filles déclenchent une grève à la filature Paton de Sherbrooke. Précisons tout de suite qu’aucune organisation syndicale n’existe à ce moment. C’est donc un mouvement spontané.

Les ouvrières travaillent un total de 64h45 par semaine selon l’horaire suivant : les lundis, mardis et jeudis de 6h30 à 18h15, les mercredis de 6h30 à 21h00 et les vendredis et samedis de 6h30 à 19h15. La pause repas n’est que d’une demi-heure. Comme il n’existe pas de cafétéria, les ouvrières mangent à côté des machines. Les heures en sus de 60 heures ne sont pas payées. Les salaires hebdomadaires sont comme suit : 7$ à 8$ pour les hommes, 4,50$ pour les femmes et 1,20$ pour les enfants. Comme il n’existe à cette époque aucune législation du travail au Québec, les patrons ont le champ libre pour exploiter les ouvriers. Les ouvrières n’ont aucune protection contre les accidents de travail : un employé blessé n’est pas payé ou est renvoyé. L’atmosphère de la filature est viciée : l’air est rempli de fines particules de coton si bien qu’au bout de plusieurs années, les ouvrières développent des maladies pulmonaires. L’air est surchauffé l’été et froid l’hiver. Les patrons ferment le chauffage le samedi soir pour ne l’ouvrir que le lundi matin à 6h30. Imaginez les ouvrières grelottant un lundi matin lorsque les températures sont négatives. Des témoignages nous révèlent que certains lundis matins, le chauffage fait tomber une fine pluie de givre dans la filature.

Les conditions de travail s’aggravent depuis l’embauche de William James Whitehead comme gérant en 1878. Les pièces de tissu sont allongées de 12 pieds (3,6 mètres) sans que le salaire augmente en conséquence. La journée de travail débutait auparavant à 7h. Le gérant fait alors avancer de 5 minutes en 5 minutes l’heure de mise en marche des machines si bien qu’après quelques semaines, tout le monde débute le travail à 6h30. Les portes sont fermées le mercredi soir durant la pause repas pour empêcher les ouvrières de partir. Les patrons justifient le non-paiement des heures en sus de 60 heures à l’effet qu’il y a trop de jours fériés dans l’année. Les heures supplémentaires après 18h15 ne sont pas payées malgré les profits faramineux des cotonnières. Aucune pause repas n’est alors prévue. On a également baissé le salaire des enfants de 0,25$ à 0,20$ par jour.

Lorsque la grève débute le 12 avril, la réaction des patrons est de menacer de fermer la filature pendant une période d’un mois ou deux et de rouvrir avec de nouvelles ouvrières. Les revendications des ouvrières sont simples : une augmentation salariale de 15%, une pause repas de 45 minutes au lieu de 30, la diminution des heures de travail et le paiement des heures supplémentaires.

Le jeudi 15 avril, environ 300 employées se rendent à la filature pour signifier à M. Whitehead qu’elles n’entreront pas au travail avant d’avoir des heures régulières. Le lendemain, environ 400 employées, soit la quasi-totalité de la main d’œuvre, exigent une augmentation de 15%. La compagnie n’offre qu’un ridicule 1% d’augmentation. Toujours le 15, Dominique Masson, un des échevins d’Hochelaga, court chercher le maire de la ville, Raymond Préfontaine. Celui-ci s’adresse aux ouvriers en insistant sur le fait qu’il faut concurrencer les moulins  de l’Ontario et des États-Unis. La grève contribuera à fermer le moulin. Il s’engage à protéger les ouvrières qui veulent travailler : on augmente d’ailleurs le nombre de policiers devant l’usine. On chahute ceux et celles qui franchissent les lignes de piquetage.

Au nom des ouvrières, un certain M. Papineau vient remettre une lettre de l’avocat Charles Thibeault à M. Whitehead; ce dernier refuse catégoriquement de l’accepter. La lettre contenait une proposition de règlement où les heures de travail serait de 10 heures par jour et les salaires augmentés de 15%. À la suite de cette lettre, les patrons ne proposent aucune augmentation salariale et les ouvrières devraient travailler jusqu’à 21h00 selon les besoins de la compagnie. Celle-ci accepte cependant de prolonger la pause repas du midi à 45 minutes.

Dans l’après-midi du 16 avril aura lieu un événement important dans la grève qui montre la détermination des femmes de changer les conditions de travail : elles se réunissent à 15h00 et décident d’imposer une amende de 10$ (l’équivalent de 2 semaines de travail) à toute personne qui franchit les lignes de piquetage avant l’acceptation de toute offre. Pendant ce temps, le gérant Whitehead menace de fermer la filature pendant une période de 6 mois. De plus, il affirme que dans deux jours, les ouvrières en auront marre et décideront de rentrer au travail.

À sa sortie de la filature, le gérant Whitehead est assailli par trois hommes. Ceux-ci seront arrêtés par la police et identifiés comme étant MM. Doyle, Olivier Labonté et Eugène Beaudry. Ils sont passibles de trois mois d’emprisonnement. Les individus en question ne travaillent cependant pas à l’usine.

Le curé de La Nativité, C.S. Huet, présidera une réunion avec les grévistes le samedi 17 avril. Il présente des concessions que la compagnie est prête à faire :

  • début de la journée à 6h45 au lieu de 6h30;
  • quarante-cinq minutes pour dîner au lieu de trente
  • fin de la journée à 18h15 sauf le mercredi où l’on devra travailler de 19h00 à 21h00.

Le curé prend soin cependant de mentionner que les heures supplémentaires ne seront pas payées car elles compensent pour la perte de travail due aux nombreux congés fériés. On indique également qu’on aurait acheté de la nouvelle machinerie qui serait installée dans les deux mois suivants. Celle-ci contribuerait, selon la compagnie, à réduire les heures supplémentaires. Le curé enjoint les grévistes d’accepter les offres car, dit-il, il est facile de remplacer des ouvrières en grève. Il les exhorte à ne pas boire de l’alcool et conclut en disant que la compagnie est prête à déménager aux États-Unis.

Le dimanche après-midi, nouvelle assemblée à la salle municipale, dans ce qui est aujourd’hui le parc Dézéry. Le curé Huet, l’ex-maire Jean-Damien Rolland et M. Bousquet prennent la parole pour signifier que la compagnie fait d’«énormes» concessions en commençant 15 minutes plus tard, en allongeant la pause repas de 15 minutes. Toutefois, les autres conditions demeurent. Lors de cette assemblée, plusieurs grévistes menacent d’aller fomenter un mouvement de grève à la filature de Valleyfield où le vice-président  de Hudon, Andrew Frederick Gault, détient des intérêts.

La police procède à six nouvelles arrestations. Ces individus sont accusés d’avoir troublé la paix. Leur procès doit avoir lieu le 1er juin suivant. Pendant ce temps, Olivier Labonté et Eugène Beaudry sont acquittés et MM. Germain, Doyle et Venneur doivent payer une amende de 10$ ou subir un mois de prison.

En réunion le 19 avril, les ouvrières refusent catégoriquement les «nouvelles» offres de la compagnie. Une soixantaine d’entre elles accepteraient d’accéder aux offres s’il y avait enquête sur leurs conditions de travail. Cette demande est également refusée et la compagnie brandit toujours la menace de fermer ses portes pour six mois. En réaction, environ 200 employés menacent de partir pour North Adams au Massachusetts et Manchester au New Hampshire. Le gérant Whitehead réplique qu’il n’aura aucun mal à trouver de nouvelles employées pour les remplacer.

Puisque la grève s’éternise et que les provisions s’amenuisent, les grévistes décident d‘envoyer une délégation au célèbre Joe Beef dont l’auberge se situe dans le Vieux-Montréal. Philanthrope reconnu, il répond que le lundi suivant, 600 pains seront livrés aux grévistes. La semaine passe et le lundi 26 avril, un musicien fait entendre sa trompette dans les rues d’Hochelaga pour avertir la population concernée de se rendre au poste de police à l’angle des rues Dézéry et Sainte-Catherine. Joe Beef fait son apparition au milieu des grévistes qui l’applaudissent à tout rompre. Il souligne que si les ouvriers n’obtiennent pas satisfaction, ceux-ci devraient partir pour les États-Unis où les conditions sont meilleures. Un comité d’ouvrières se charge de distribuer les pains.

Mardi le 27 avril, nous assistons au départ de plusieurs grévistes pour les États-Unis. Les autres décident de retourner à la filature. Cependant, les leaders des grévistes ne sont pas réembauchés.

À partir du 1er mai, la filature fonctionne à plein rendement. Cependant, on refuse de prolonger le travail après les heures régulières. À 18h15 pile, tous se lèvent en bloc sans attendre le son de la cloche laissant les métiers en mouvement.

Le 2 juin, les six prévenus arrêtés le 18 avril plaident non-coupables à des accusations d’avoir troublé la paix. Ils sont acquittés la semaine suivante.

La filature Hudon a été fondée en 1873 lorsque Victor Hudon met sur pied la Compagnie des moulins à coton V. Hudon avec un capital autorisé de 200 000$. Elle est inaugurée le 14 février 1874 par un grand banquet qui réunit d’importants hommes politiques, dont le ministre influent qu’est Joseph-Adolphe Chapleau, membres du clergé et hommes d’affaires. Parallèlement le capital autorisé passe à 600 000$.

Il faut expliquer le contexte économique de l’époque pour comprendre les enjeux en question. Victor Hudon est le parfait exemple du capitaliste canadien-français qui transforme une partie de son capital commercial en capital industriel. Il est aussi un exemple du bourgeois canadien-français évincé du milieu industriel par plus puissants que lui.

Victor Hudon débute dans les affaires avec son cousin Éphrem Hudon en 1842 en fondant une entreprise de marchandises sèches et d’épicerie. En 1857, il se lance seul dans une affaire d’importation et d’exportation d’un grand nombre de marchandises. Il se spécialise dans le commerce du sucre avec Cuba. Comme les banques anglophones comme la Bank of Montreal refusent de prêter à des francophones, des marchands canadiens-français mettent sur pied des banques comme la Banque Jacques-Cartier dont Victor Hudon fut l’un des fondateurs en 1861. En 1873, il se sent prêt à se lancer dans ce projet d’ouverture d’une filature. Les principaux administrateurs sont Canadiens-français. Au milieu des années 1870, les affaires tournent mal : il est évincé du conseil de la Banque Jacques-Cartier à la suite d’un scandale financier et fait une faillite personnelle en 1875. Les années 1870 se terminent par la prise de contrôle progressive de la filature par Andrew Frederick Gault, d’abord vice-président puis président du conseil, et David Morrice. Ces derniers procèderont à la fusion de la Hudon et de la Ste Anne, également située à Hochelaga et également fondée par Victor Hudon, en 1885, pour former la Hochelaga Cotton Mills. Cette entreprise est à l’origine de la formation de la Dominion Textile en 1905.

(1) Cet article doit beaucoup à la recherche exhaustive faite par l’Atelier d’histoire sur ce mouvement de grève et également sur les conditions de vie et de travail de l’époque et publiée sous le titre De fil en aiguille, chronique ouvrière d’une filature de coton à Hochelaga en 1880, Montréal, 1985

_________________________________________________

19 avril 1921 : l’église de La Nativité est la proie des flammes

Tout semble calme dans le quartier Hochelaga en cette soirée du 19 avril 1921. Soudain, vers 21h30, on aperçoit des flammes s’échapper par toutes les fenêtres de l’église. Comme l’intérieur de l’église est construit tout en bois, les flammes se propagent rapidement. Une première alarme est aussitôt donnée, puis bientôt une seconde et peu après, une alerte générale. À l’intérieur, l’abbé Maréchal, curé de Sainte-Marguerite du Lac Masson, en visite au presbytère, tente désespérément de sauver les saintes Espèces, mais doit rebrousser chemin devant la violence du brasier. Il s’agit ensuite de porter secours au curé H. Langevin, frappé de paralysie, littéralement arraché de son lit. Il est transporté par MM. Henri Patenaude et Joseph Thouin à la résidence de Joseph Patenaude au 254, rue Dézéry.

Au début de l’incendie, on entend deux explosions dues à l’accumulation de gaz ce qui a pour conséquence d’activer les flammes. On croit que l’incendie a débuté près du maître autel. Comme l’église avait été fermée à 19h00, on ignore complètement la cause.

Puis, c’est un bruit sourd : le plancher des autels, les jubés, les orgues et les statues s’effondrent et alimentent encore plus les flammes. Des étincelles sont projetées à de grandes distances. Les pompiers doivent s’installer sur le toit du presbytère au péril de leur vie pour arroser le brasier afin que le presbytère également ne devienne la proie des flammes. Les pompiers réussissent également à épargner 50 logements situés à proximité de l’église. À un moment, on entend trois sons de cloche. Ce ne fut que pour s’apercevoir que c’était des morceaux de la toiture qui frappaient le clocher.

Les lueurs sont tellement intenses qu’on les aperçoit à plus de 16 kilomètres selon les journaux de l’époque. Des centaines de curieux s’attroupent évidemment autour de l’église. Les électriciens de la Montreal, Light Heat & Power doivent couper tous les fils autour de l’église pour permettre aux pompiers de travailler plus adéquatement. Le tramway qui circule sur Ontario doit s’arrêter pendant trois heures entre Frontenac et Davidson.

L’on a pu sauver les saintes Espèces, mais vont disparaître également tous les ornements d’églises, les vases sacrés, les registres des baptêmes, mariages et funérailles. Lorsque l’incendie est finalement éteint vers 1h00 du matin, seuls restent les quatre murs et le clocher, calciné au sommet comme le montre la photo ci-dessous. Le presbytère est endommagé par l’eau et les flammes. On estime que les dommages sont évalués à 800 000$ alors que la paroisse ne possède qu’une valeur de 200 000$ d’assurances. (1)

NativitéPatrie200421

Photo La Patrie, 20 avril 1921, BANQ, collection numérique

La paroisse de La Nativité-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie d’Hochelaga a été créée en 1867, mais érigée uniquement en 1875 à la suite d’un long conflit entre l’évêque de Montréal et les Sulpiciens, desservants de la paroisse-mère de Notre-Dame. Ceux-ci refusaient que Notre-Dame soit subdivisée. Le conflit sera finalement réglé par l’intervention du Vatican. Il existait depuis 1838, la chapelle du Courant Sainte-Marie ou Chapelle de La Nativité dans ce qui est aujourd’hui le parc Dézéry. Elle est également incendiée en décembre 1875. Trois propriétaires terriens, Victor Hudon, Joseph Léveillé et Gilbert Provost, donnent le terrain nécessaire à la construction de la nouvelle église et les travaux débutent en 1876. Comme vous le remarquerez, l’église n’est pas au niveau de la rue Ontario mais à 50 pieds en retrait. L’architecte sera le père Michaud, clerc de Saint-Viateur, qui voudra s’inspirer de la cathédrale de Florence. L’église est bénie le 29 avril 1877.

Après ce malheureux incendie d’avril 1921, on doit donc tout reconstruire à neuf. Le nouveau curé, George-Marie Lepailleur, qui espérait secrètement que l’église serait élevée au rang de cathédrale, lui donnera une allure grandiose. Les architectes Viau et Venne sont chargés du projet. L’architecture est remarquable par les 14 clochetons, un campanile à l’italienne surmonté d’une flèche et de cinq cloches, la façade de style gothique avec ses trois portails rappelant la transfiguration Les travaux seront terminés en 1925. La décoration intérieure, de style romano-byzantin, vaut également le détour. L’élément le plus intéressant est la frise de «L’Apothéose de la Vierge Marie». Cette œuvre, réalisée par les artistes italo-montréalais Alexandre Carli et Nicholas Petrucci et achevée en 1927, comprend 300 personnages relatant des événements entourant la naissance de la Vierge. Quatorze magnifiques verrières, dessinées par Guido Nincheri, seront ajoutées en 1964-65.

Notes

(1) Nous avons consulté principalement La Patrie et Le Canada du 20 avril pour les informations sur cet événement tragique.

____________________________________________________

23 avril 1919 : Incendie de l’aréna Jubilee Rink, domicile du Canadien

Le patinoir (patinoire était masculin et sans «e» à la fin) Jubilee ou Jubilee Rink était le domicile du Canadien lors des saisons 1909-10 et 1918-19. Il était situé sur la rue Sainte-Catherine, un peu à l’ouest de Seaver (maintenant Omer-Ravary), face à une rue, aujourd’hui disparue, appelée Beaufort. Le derrière de l’édifice donnait sur le côté nord de Notre-Dame. Il était doté d’une surface naturelle et pouvait accueillir environ 3 200 personnes. Il était la propriété de Patrick Doran, également propriétaire de l’équipe de hockey les Wanderers de Montréal.

Jubilee.1

Atlas de Goad, 1914, BANQ, collection numérique

Il est inauguré le mardi 15 décembre 1908 en présence de plusieurs centaines de  personnes par une fanfare et une cohorte de patineuses. En plus du patinage libre, on y présente des films comme en témoigne la publicité dans les journaux de l’époque. On organise également des soirées costumées.

Ce que l’histoire retiendra, c’est que c’est dans cet aréna que le Canadien de Montréal jouera son premier match local le 5 janvier 1910 contre une équipe de Cobalt en Ontario.

Le 23 avril 1919, vers 16h00, un incendie se déclare à l’Aréna Jubilee. Lorsque les pompiers arrivent, les flammes sont déjà intenses. Le chef des pompiers lance une première, puis bientôt, une seconde alerte. Rappelons que l’édifice est construit en bois, sauf des poutres de soutènement en acier.

Les pompiers luttèrent pour protéger des maisons avoisinantes, mais ne purent empêcher les flammes de toucher une partie des hangars à foin de la W.L. Hogg, marchand de grain et de foin, située au 1573, rue Notre-Dame Est. On crut d’abord que l’incendie était d’origine criminelle et le chef inspecteur demanda à deux détectives de faire enquête sur la question. Ils eurent tôt fait de découvrir qu’aucune personne n’était responsable de l’incendie. La cause est plutôt un court-circuit électrique. D’ailleurs, la veille, les pompiers durent intervenir pour un début d’incendie dans la toiture, encore causé par des fils électriques défectueux.

Arena_Jubilee

Photo de l’intérieur du Jubilee, site du Canadien

L’édifice est une perte totale et les dégâts sont évalués à 25 000$, partiellement couverts par les assurances. Au moment de l’incendie, la patinoire est la propriété de la veuve de Patrick Doran. Comme la saison de hockey était terminée, l’édifice ne servait plus depuis février. Les pompiers durent briser les portes pour pénétrer à l’intérieur.

Les Canadiens avaient joué leur première saison en 1909-10 au Jubilee, puis, pour des raisons de capacité, déménagèrent au Montreal Arena pour les saisons 1910-11 à 1917-18. Lorsque le Montreal Arena fut victime d’un incendie le 2 janvier 1918, les Canadiens revinrent au Jubilee. Comme le Jubilee fut à son tour incendié, les Canadiens se retrouvèrent sans aréna jusqu’en 1920 avec l’ouverture de l’aréna Mont-Royal.

__________________________________________________

1er mai 1936 : décès d’Oscar Dufresne, industriel, conseiller municipal de Maisonneuve

Oscar Dufresne est né le 17 octobre 1875 dans la paroisse La-Visitation-de-la-Pointe-du-Lac, aujourd’hui partie de Trois-Rivières. Ses parents sont Thomas Dufresne et Victoire Du Sault. Cette dernière a été parmi les premières cordonnières au Québec. Elle a été une entrepreneure accomplie qui a tout mis en œuvre pour assurer un avenir prospère à ses enfants malgré les préjugés dont étaient victimes les femmes d’affaires à l’époque. Elle a été le sujet de la tétralogie de Pauline Gill La Cordonnière.

L’arrière-grand-père paternel d’Oscar, Augustin Rivard-Dufresne, était membre du premier Parlement du Bas-Canada en 1792.

La jeunesse d’Oscar se déroule à Yamachiche où vit sa famille. En 1889, il quitte ce village pour la grande ville de Montréal. Sa famille viendra le rejoindre en juin 1890. Il travaille d’abord comme commis-livreur chez Caverhill, Hughes & Co, épiciers en gros puis en 1891, caissier chez Bourgoin & Duchesneau, importateurs et grossistes en marchandises sèches. (1)

Oscar_Dufresne1915

Photo: Montreal, Old and New, 1915

Avant de déménager, le couple Du Sault – Dufresne avait établi plus tôt dans l’année 1890 deux entreprises : Dufresne & Houle, un commerce de machinerie agricole en février dont  Victoire est la propriétaire et principale actionnaire et la fabrique de chaussures Dufresne & Fils en avril.  Coup sur coup en 1892, les deux entreprises font faillite. (2)

Les années suivantes sont difficiles jusqu’à ce que Pellerin & Dufresne, fabricant de chaussures, soit mise sur pied en 1894 grâce à de l’argent avancé au couple Du Sault – Dufresne par Georges Pellerin.

En juillet 1895, Victoire Du Sault devient seule propriétaire de Pellerin & Dufresne et son mari Thomas est nommé directeur, et Oscar, gérant. La compagnie décide plus tard de s’établir à Maisonneuve à l’angle des rues Ontario et Desjardins. Les autorités de la ville lui accordent un octroi de 10 000$ et leur nouvelle manufacture est mise en exploitation le 22 août 1900. Oscar en est toujours le gérant. Le mois suivant, la compagnie devient la Dufresne & Locke grâce à un nouveau partenariat avec Raphaël Locke, marchand de cuir. La croissance de l’entreprise est rapide. En 1904, la compagnie décide d’exporter ses chaussures en Égypte.  Cette même année, Dufresne & Locke acquiert une entreprise rivale, la Royal Shoe Co., de Maisonneuve. Pour montrer la croissance phénoménale de l’entreprise, précisons que les salaires annuels passent de 11 000$ en 1901-02 à 120 000$ en 1906 puis 300 000$ en 1911. Cette année-là, il y a environ 400 employés et la valeur de la production atteint 800 000$. En 1909, on produisait 12 500 paires de chaussures.

Pour soutenir toute cette croissance, on décide d’ajouter une nouvelle manufacture de trois étages de 100’ x 45’ à l’ancienne. Cette manufacture est destinée à la production d’un nouveau type de chaussures. Les opérations commencèrent au début 1908. Les architectes du bureau Lacroix et Piché, où travaillait Marius, furent chargés des plans.(3) Lors de l’incorporation de la compagnie en 1907 avec un capital de 250 000$, Thomas Dufresne est président, Oscar, directeur, Raphaël Locke, trésorier et Pierre de Grosbois, un ami d’Oscar, agit à titre de secrétaire et agent des ventes.(4) Les actions de la compagnie sont partagées entre Victoire Du Sault et Raphaël Locke. Plus tard, la compagnie érige une tannerie et une manufacture de chaussures pour les fermiers à Acton Vale. Après le décès de Victoire Du Sault le 15 septembre 1908, Thomas Dufresne devient le nouveau co-propriétaire avec Raphaël Locke.

Oscar Dufresne deviendra également plus tard actionnaire majoritaire de la Slater Shoe, une autre manufacture de chaussures de Maisonneuve.

À la fin de 1914, il est envoyé à Londres avec A.R. Angus par les exportateurs canadiens de chaussures pour tenter d’obtenir la commande d’un million de paires de chaussures militaires du gouvernement impérial (5). Il sera membre de la Commission des achats du gouvernement fédéral durant la Première Guerre mondiale. Cette dernière information ne sera dévoilée qu’après sa mort.

En 1919, il retourne en Europe avec Joseph Daoust et Napoléon Tétrault à la recherche de nouveaux débouchés pour le commerce des chaussures.(6) Après la mort de son père en 1923, il devient le président de Dufresne & Locke. Il occupera ce poste jusqu’à sa mort en 1936. Pendant la crise des années 1930, il refusera de licencier ses employés pour ne pas les acculer à la misère et accusera personnellement les pertes. La compagnie ne survit qu’un an à la mort de son président puisqu’elle fait faillite en 1937. L’usine du 4201, rue Ontario Est est alors occupée par J.B. Lefebvre Ltée, un grossiste en chaussures. Le bâtiment de l’usine a été démoli pour faire place au nouveau CSSS Lucille-Teasdale.

En 1907, Oscar Dufresne décide de se lancer en politique municipale et il est élu conseiller pour le quartier Ouest qu’il représentera jusqu’en 1915. En 1909, il fait partie de l’équipe du maire Alexandre Michaud. Durant les trois mandats de Michaud, il sera le président de l’influente commission des finances de la ville. Avec le maire Michaud et son frère Marius qui devient ingénieur municipal en 1910, ils forment le trio qui donnera ses lettres de noblesse à Maisonneuve avec les grands projets de construction d’édifices publics de prestige comme l’Hôtel de ville (1912), le Marché Maisonneuve (1914), le Bain Morgan (1915) et la caserne Létourneux (1915). On prévoyait construire également un magnifique Bureau de poste mais le projet est resté à l’étape des croquis. La ville aménage également les boulevards Pie-IX et Morgan dans l’esprit du mouvement City Beautiful d’origine américaine qui désire améliorer les conditions de vie dans les villes et créer un environnement plus vert. D’ailleurs Oscar Dufresne avait assisté à la Foire internationale de Chicago en 1893 qui avait donné naissance à ce mouvement. Il sera présent à une conférence à Washington les 21 et 22 mai 1909 à laquelle assistent des dirigeants municipaux intéressés aux nouvelles tendances d’embellissement des villes.

En 1910, la ville de Maisonneuve se lance également dans la création de ce qui deviendra le parc de Maisonneuve. Ce parc se voulait de grandes dimensions : il est délimité par le boulevard Pie-IX à l’est, le boulevard Rosemont au nord, la rue Boyce (aujourd’hui Pierre-de-Coubertin) au sud et les limites de Maisonneuve à l’est. Au début de 1911, la ville est déjà propriétaire d’une partie des terrains. Cependant, la compagnie Viauville Land Co., qui en vend une partie à la ville, compte parmi ses actionnaires …Oscar Dufresne et Alexandre Michaud! Les deux se placent donc en conflit d’intérêts quoiqu’il était courant pour des dirigeants municipaux d’agir de la sorte.

Oscar Dufresne pilote un projet d’agrandissement de ce parc en 1912, projet qui comprend des activités lucratives (piste de courses, amusements divers, etc.) dont l’objectif est d’utiliser les revenus pour rembourser les dépenses faites et mieux servir les intérêts des habitants de la ville. À cette fin, on mettra sur pied une commission indépendante de la ville. Cette commission est créée officiellement en 1912. Oscar Dufresne la présidera de 1914 jusqu’en 1918.  Les deux autres commissaires sont James Morgan, grand propriétaire terrien de Maisonneuve, et Louis-Joseph Tarte, un des dirigeants du journal La Patrie. Ce beau projet est contrecarré par la défaite de l’équipe Michaud en janvier 1915 et par le ralentissement économique causé par le début de la Première guerre. La ville de Maisonneuve s’endette considérablement avec l’achat des terrains et la baisse des revenus si bien que la seule solution est l’annexion à Montréal qui devient une réalité le 9 février 1918.

Dans un autre ordre d’idées, Oscar Dufresne encourage les projets de santé et salubrité publiques comme La Goutte de lait et la mise sur pied d’un laboratoire de pasteurisation du lait au sous-sol de l’hôtel de ville. Il encourage également les arts : il fonde l’Harmonie de Maisonneuve en 1908. Cet ensemble donnera des concerts durant tout l’été.

Ami personnel d’Henri Bourassa, il participe à la fondation du journal Le Devoir dont le premier numéro paraît le 11 janvier 1910. Il siégera plus tard au conseil d’administration du journal. Il sauvera le journal de la faillite en 1924.

Au début des années 1920, il fonde avec son frère Marius la Dufresne Construction qui sera impliquée entre autres dans la construction du pont Jacques-Cartier.

Comme la bourgeoisie francophone de l’époque, il habite le boulevard Pie-IX. Il fera construire cette belle maison, aujourd’hui située au 1838, de style Édouardien d’inspiration classique, avec son piano nobile à l’étage.(7) Mais ce qu’on retiendra, c’est la construction par Oscar et Marius Dufresne d’une immense résidence à l’angle de la rue Sherbrooke et du boulevard Pie-IX entre 1915 et 1918 : la Résidence Dufresne, aujourd’hui appelée le «Château Dufresne». La propriété est évaluée au bas mot à 100 000$ à l’époque y compris le terrain. Les frères Dufresne y habiteront à partir de 1920 : Oscar habitera la partie est, et Marius, la partie ouest. La décoration du côté Oscar est confiée à Guido Nincheri, artiste peinte, décorateur et vitraliste dont l’atelier est situé au rez-de-chaussée du 1832, boulevard Pie-IX. Les bureaux de la Dufresne Construction sont à l’étage. C’est également Nincheri qui peindra la coupole du hall d’entrée et fabriquera les verrières.

Oscar avait épousé Alexandrine Pelletier le 16 mai 1899. Le couple n’eut pas d’enfants, mais adopta Laurette, petite-nièce de Victoire Du Sault dont elle avait obtenu la garde. Oscar n’aura pas le bonheur d’assister au mariage de sa fille en 1936 puisqu’il meurt quelques semaines auparavant. Alexandrine précédera Oscar dans la mort : elle décède subitement le 28 février 1935 lors d’un voyage en Floride. Oscar meurt d’un infarctus le 1er mai 1936 à sa résidence, après avoir récité le chapelet avec sa fille adoptive.(8) Les funérailles se tiendront le 5 mai à St-Jean-Baptiste-de-Lasalle. Déjà une heure avant le service funéraire, des centaines de personnes s’étaient massées sur le trottoir du boulevard Pie-IX, entre les rues Sherbrooke et Hochelaga. De nombreux dignitaires assistent aux funérailles célébrées par Jules Dufresne, un neveu d’Oscar. Les journaux d’époque font fort de mentionner que quatorze landaus de fleurs précèdent le corbillard. (8) La photo suivante donne une bonne idée de l’événement.

OscarPatrie060536

Photo: La Patrie, 6 mai 1936

L’homme étant d’un naturel discret, l’on apprendra dans les nombreux articles de journaux du 6 mai toute l’étendue des activités de ce grand industriel, philanthrope, mécène qu’était Oscar Dufresne. En plus de la Dufresne & Locke et de la Dufresne Construction, il assume la direction de la Slater Shoe, de la Dufresne & Galipeau, manufacture de chaussures fondée par son frère Candide et de la Paint Product Company of Canada, de la Sun Trust, de la Banque  Provinciale. Il siégera à la présidence de la Librairie Beauchemin, de l’Imprimerie populaire qui imprime Le Devoir. Il venait tout juste d’être nommé à la présidence du conseil d’administration de l’Hôpital Notre-Dame. Il était membre de la Commission administrative de l’Université de Montréal et ex-président de la Société canadienne d’opérette. Sur le plan paroissial, il était membre honoraire de la Société Saint-Jean-Baptiste et de la Société Saint-Vincent-de-Paul.

On apprendra également qu’il avait donné de son or pour la formation de l’Institut national canadien, organisme voué à l’aide aux aveugles. De plus, une de ses initiatives est à l’origine des Cercles des jeunes naturalistes. En mai 1930, il avait offert au Devoir une somme de 50$ pour un concours de botanique destiné aux écoliers. Le Devoir s’adressa à l’Institut botanique pour l’organisation du concours. Le succès fut tel que l’on décida de faire une exposition des travaux recueillis. Pour prolonger le succès de cet initiative, on forma les Cercles des jeunes naturalistes qui étaient au nombre de 500 en 1936, année de la mort d’Oscar Dufresne.

Il est inhumé au Cimetière Côte-des-Neiges dans le lot familial B-489. La femme d’Oscar, Alexandrine Pelletier, fut la première à être inhumée dans le terrain familial en 1935.
Tout est grandiose dans le cas d’Oscar. Voyez le monument funéraire avec la mention en latin «Mors pax aeterna» (Mort, paix éternelle). Il faut raconter une anecdote au sujet du monument. À l’origine, la sculpture de bronze au centre du monument était beaucoup plus osée. Les autorités du cimetière refusèrent d’autoriser une telle offense à la morale chrétienne. Le sculpteur dût refaire son travail.

OscarCDN.1

Stèle funéraire des Dufresne, Cimetière Côte-des-Neiges, B-489; Photo: André Cousineau

OscarCDN.2

Détail de la sculpture; photo: André Cousineau

Notes

(1) Montreal Old and New, Lorenzo prince et al, International Press Syndicate, Montréal, 1915

(2) Plusieurs des informations de cet article sont tirées des deux derniers tomes de La cordonnière de Pauline Gill : Le testament de la cordonnière et Les fils de la cordonnière, Éditions TYPO, Montréal, 2011; Pauline Gill reproduit le texte de plusieurs documents originaux quoiqu’ils ne soient pas toujours datés. Il existe certaines erreurs factuelles et chronologiques mais l’essentiel de la vie d’Oscar et de la famille Dufresne est relativement bien décrite. Le testament de Victoire Du Sault est reproduit intégralement à la fin du 3e Nous avons consulté évidemment Maisonneuve, comment des promoteurs fabriquent une ville, Boréal Express, Montréal, 1981 de Paul-André Linteau et de nombreux articles des journaux suivants : Le Devoir, La Patrie, Le Canada, La Presse

(3) The Canadian Manufacturer, 20 septembre 1907

(4) The Canadian Manufacturer, 19 juillet 1907

(5) Le Prix Courant, 18 décembre 1914

(6) Le Prix Courant, 24 janvier 1919

(7) Site www.lesmaisonsanciennesdemaisonneuve.org

(8) Plusieurs informations concernant le décès et les funérailles d’Oscar Dufresne proviennent des journaux suivants : Le Devoir, La Patrie, Le Canada, 2 et 6 mai 1936

______________________________________________

6 mai 1890 : Incendie de l’asile St-Jean-de-Dieu

Le 6 mai 1890 à 11h35, un violent incendie se déclare à l’asile St-Jean-de-Dieu de Longue-Pointe, asile dirigé par les Sœurs de la Providence. L’incendie débute au troisième étage de l’édifice, dans un placard de la salle Ste-Cécile. Un premier cri d’alarme est donné par une sœur qui aperçoit une fumée abondante sortir du placard. Tout le personnel est rapidement sur pied pour agir. Les patients avaient terminé le dîner et une partie des sœurs le leur. Même si tous se trouvaient prêts à lutter contre l’incendie, il appert que celui-ci avait fait de rapides progrès. De la salle Ste-Cécile, le feu avait gagné le dôme du pavillon central, alimenté par les ventilateurs destinés à aérer les salles, puis la chapelle située dans le corps principal de l’édifice. Ce matin-là, les vents sont du nord-ouest et soufflent en direction des étages occupés par les femmes. Malgré l’aide des pompiers de Montréal des postes 7 et 8 qui arrivent à la rescousse, il devient rapidement évident que, malgré les pompes et réservoirs intérieurs que possède l’asile, la violence des flammes ne permet que de tenter de sauver les malades. Des employés, des médecins, des sœurs, des tertiaires (1) se mettent à la recherche des survivants qui tentent désespérément de fuir le bâtiment.

À 16h00, il ne reste plus que quelques pans de mur croulant et cinq ou six cheminées. Les journaux locaux parleront d’une centaine de victimes, toutes des femmes, mais le bilan sera ramené à 86 y compris cinq sœurs tertiaires qui y laisseront leur vie en tentant de sauver des malades dont plusieurs, fascinées par les flammes, ne cessent de vouloir y retourner. Ce sont, selon La Patrie, Marie Gravel, Louise Gravel, Demerise Gilbert, Lumina Bouthillier et Victoria McNichols. En plus de ceux des pompiers, des témoins racontent les exploits de plusieurs citoyens de Longue-Pointe ou d’Hochelaga qui tenteront d’arracher des malades aux flammes. Cependant, des grilles installées aux fenêtres embarrasseront les sauveteurs. Il faut mentionner M. F. Laurin, boucher de Longue Pointe. Il eut juste le temps de sortir avant que la toiture de la salle où il se trouvait ne s’effondre, les pompiers devant l’arroser pour le sauver de graves brûlures. Ajoutons les noms de M. Joseph Desève, gardien, M. E.O. Champagne, inspecteur des bouilloires, M. Richard, hôtelier d’Hochelaga, James et Jack O’Rourke, ingénieurs de l’asile et de nombreux autres sans oublier les médecins de l’asile.

Lorsque les pompiers de Montréal arrivèrent, toute la partie occupée par les femmes n’était qu’un immense brasier, l’on espérait donc préserver le côté des hommes. Malheureusement, le vent se mit à changer et bientôt les flammes attaquèrent tout l’édifice. On ne put rien sauver sauf les annexes comme la buanderie et les bâtiments de service.

Le nombre des victimes paraît lourd, mais plusieurs patients seront retrouvés errant dans les environs. On en retracera au centre-ville de Montréal et aussi loin que Terrebonne et Beauharnois. On compte également une centaine de blessés incommodés par la fumée ou brûlés à divers degrés.

Incendie_asile_Saint-Jean-de-Dieu_01

Photo: BANQ, Fonds E.Z. Massicotte

L’on ne sut jamais la cause de l’incendie. Un curieux article du New York Times du 12 mai 1890 mentionne cependant que l’incendie aurait été allumé par une Irlandaise internée à St-Jean-de-Dieu. Le matin de l’incendie, elle aurait déclaré à des amis venus demander son congé: «If you do not like to get the order to-day, you need not get it at all, as there will be no asylum to-morrow.» (2)

Les 1 200 rescapés de l’incendie passeront les prochains jours dans les autres bâtiments de l’asile, heureusement épargnés par les flammes, à l’Asile St-Benoit de Longue-Pointe, dirigés par les Frères de la Charité, à la maison-mère de la Providence et à l’institut des sourdes-muettes, rue St-Denis, à la maison de campagne des Jésuites, rue Notre-Dame à Maisonneuve et également à la résidence de l’honorable Joseph-Rosaire Thibaudeau à Longue Pointe.

Le gouvernement provincial permit que l’on utilise les bâtiments de l’exposition à Montréal pour y accueillir principalement les hommes en attendant la reconstruction.

La genèse de l’asile St-Jean-de-Dieu remonte en 1873. À ce moment, l’asile de Beauport déborde de patients. Le gouvernement du Québec veut donc créer un asile dans la région de Montréal. Or, les Sœurs de la Providence possèdent des installations comme le Couvent St-Isidore à Longue-Pointe mais ne peuvent y accueillir qu’une vingtaine de patients.

Après des pourparlers entre le gouvernement et la congrégation, un acte notarié, passé devant le notaire Jean-Alfred Charlebois de Québec, est signé le 4 octobre 1873 entre Gédéon Ouimet, premier ministre du Québec et sœur Cléophée Têtu, en religion sœur Thérèse-de-Jésus, dépositaire de la Corporation des Sœurs de l’Asile de la Providence de Montréal. On peut donc considérer sœur Thérèse comme la véritable fondatrice de l’asile.

Par cet acte, les sœurs s’engageaient, pour une période de cinq ans, à compter de ce jour, à «loger et recevoir dans leur établissement pour le district de Montréal des personnes idiotes de l’un et l’autre sexe, qui pourraient leur être confiées par le gouvernement, de les nourrir, vêtir, entretenir…». (3)

Déjà à la fin octobre et au début novembre, des patients arrivent de St-Jean de Dorchester et de Beauport. Il faut donc les loger. La communauté décide donc de louer les casernes d’Hochelaga, inoccupées depuis 1870. Elles comprennent l’ancien hôpital militaire, le mess des officiers et la prison militaire. Cette dernière a l’avantage de posséder des cellules dont on peut se servir pour les malades. On prend possession du nouveau local le 7 novembre 1873. On y transféra les patients de sexe masculin soignés au couvent St-Isidore. On y soigna jusqu’à 1 200 patients. Les sœurs de la Providence connaissaient bien ces casernes pour y avoir soigné les Irlandais atteints du choléra durant la grande épidémie de 1847-48.

Les soeurs possédaient un grand terrain à Longue-Pointe, la terre Vinet. En 1868, le curé de Longue-Pointe, Jean-Baptiste Drapeau, leur avait fait don de cette terre de 166 arpents, achetée grâce à un don d’une généreuse bienfaitrice. C’est sur une partie de cette terre que sera construit le nouvel asile.

Sous la direction de sœur Thérèse, la communauté se lança dans la construction d’un nouvel asile sans donations, subventions ou souscriptions. Le problème maintenant était le suivant : quel plan adopter? Sœur Thérèse entreprit un voyage en Ontario et aux États-Unis en compagnie de sœur Godefroy, qui lui succéda à St-Jean-de-Dieu en 1891, et Benjamin Lamontagne, architecte, afin de visiter des établissements destinés à des patients atteints de maladies mentales. À la suite de ce voyage, on adopta un plan semblable, sauf quelques légères modifications, au Mount Hope Retreat à Baltimore, asile terminé en 1870 et dirigé par les sœurs de la Charité. Les travaux commencèrent en avril 1874 et furent terminés en l’espace de seize mois. Le 20 juillet 1875, on pouvait commencer le transfert des premiers patients au nouvel hôpital.

StJeandeDieuOP200874

Source: L’Opinion publique, 20 août 1874, BANQ, Collection numérique

Dans un rapport de 1881 de sœur Thérèse, nous retrouvons une longue description du nouveau bâtiment : le corps principal du bâtiment avait 160’ x 60’ (48,7m x 18,2m); il était uni par deux ailes de chacune 90’ x 40’ (27,4m x 12,1m) à deux autres parties de 120’ x 45’ chacune (36,5m x 13,7m). Les ailes avaient chacune cinq étages, y compris le rez-de-chaussée et les mansardes, tandis que les trois autres corps avaient, avec le rez-de-chaussée et les mansardes, six étages.

Le nombre de pièces est considérable : en plus des parloirs, de la pharmacie, de la chapelle et de la cuisine sur deux étages, des infirmeries, il comprend 79 chambres privées, 27 salles, 23 réfectoires, 51 dortoirs, 150 cellules. Pour le chauffage, il compte huit fournaises. Deux grandes bouilloires fournissent la vapeur nécessaire à la cuisine, à l’eau chaude et à la buanderie. Toutes les pièces contenaient une bouche de ventilation.

Derrière l’asile se trouvaient la buanderie et les autres bâtiments de service, à droite un grand jardin potager; plus loin le cimetière des patients et également, une grande maison servant pour les personnes atteintes de maladies contagieuses.

Alors que les premiers patients arrivent, un nouveau contrat pour une période de vingt ans est signé entre les sœurs et le gouvernement.

Entre 1875 et 1890, on continue d’apporter de nouvelles améliorations comme les bâtiments annexes et ceux de la ferme. Le 23 février 1889, on inaugure même, par une petite fête où la presse montréalaise est invitée, les bâtiments maintenant totalement éclairés à l’électricité. Le dynamo, alimenté par une machine à vapeur, est installé dans la salle de la buanderie. Il faut dire que le nombre de patients augmentait d’année en année : il passe de 408 en décembre 1875 à 1246 en décembre 1889, la dernière année complète avant l’incendie.

Pour continuer d’améliorer la condition des patients et les installations nécessaires, sœur Thérèse effectue en 1889 un voyage épuisant en Europe, aux États-Unis et dans le reste du Canada. Avec les docteurs Bourque et Barolet, attachés à l’asile, sœur Madeleine du Sacré-Cœur et M. Lamothe, avocat de la communauté, elle visitera 40 asiles d’Angleterre, d’Écosse, de Belgique, de France, de l’Italie en plus de certains des États-Unis et du Canada. Les notes et les données recueillies serviront à la reconstruction de l’asile après l’incendie de mai 1890.

Neuf jours après l’incendie, sœur Thérèse prépare déjà les plans de quatorze pavillons temporaires (les «pavillons rouges») selon le modèle de ceux qu’elle a vus en Europe l’année précédente. En trois mois, les pavillons sont terminés. Deux cents ouvriers y travaillèrent d’arrache-pied. Il faut saluer le courage de cette grande femme qui, de retour d’Europe l’année précédente, avait été atteinte d’influenza et qui dut s’aliter de longs mois. D’ailleurs, elle était dans l’infirmerie la journée fatidique du 6 mai 1890.

Le plan des nouveaux pavillons est un plan à l’européenne adapté à la québécoise. On opte pour un système de chauffage plus efficace et une nouvelle forme d’isolation. L’extérieur des murs est entièrement recouvert de feuilles métalliques peintes en rouge d’où l’appellation populaire de «pavillons rouges». La communication entre les pavillons est assurée par de longs corridors avec pour conséquence la nécessité d’installer une seule cuisine et une seule pharmacie.

Ce n’est qu’en 1901 que les nouveaux bâtiments permanents de l’Asile seront finalement terminés.

Bibliographie

Bellay, A., Hospice de St-Jean-de-Dieu : asile de la Longue-Pointe, Montréal, Arbour et Laperle, 1892

Sœurs de la Providence, Un héritage de courage et d’amour : la petite histoire de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Longue Pointe, 1873-1973, Montréal, 1975

La Patrie, 7 et 8 mai 1890, La Minerve, 7 et 8 mai 1890, L’Opinion Publique, 20 août 1874, Le Monde illustré, 17 mai 1890

Notes

(1) Les sœurs tertiaires sont membres du Tiers-Ordre des Servites de Marie; leurs vœux sont temporaires et renouvelés annuellement. Elles servent d’auxiliaires aux religieuses de la Providence.

(2) «Si vous ne voulez pas obtenir le congé aujourd’hui, vous n’aurez pas besoin de le faire parce qu’il n’y aura pas d’asile demain.» New York Times, 12 mai 1890, Archives de l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

(3) A. Bellay, p. 23

_______________________________________________

17 mai 1897 : décès de Joseph Barsalou, premier maire de Maisonneuve

Plusieurs hommes d’affaires sont d’importants propriétaires fonciers qui décident que la meilleure façon de mettre en valeur leurs terrains est de créer des villes et participer à la politique municipale. Joseph Barsalou est un de ceux-là à titre de promoteur de la ville de Maisonneuve et premier maire.

BarsalouMI290597

Le Monde illustré, 29 mai 1897, BANQ, collection numérique

De 1871 à 1881, la population du village d’Hochelaga a presque quadruplé passant de 1 061 habitants à 4 111. Des grandes entreprises comme la Compagnie des Moulins à Coton V. Hudon, la Filature Ste-Anne, la fabrique de tabac W.C. McDonald, la Compagnie des Abattoirs de Montréal, la Montreal Spring Works, la Montreal Gas Works viennent s’installer à Hochelaga. Le terminus de la Montreal City Passenger Railway est également situé à l’extrémité ouest d’Hochelaga. Un fort noyau urbain se constitue autour des rues Iberville et Marlborough (1) tandis que la partie Est est plutôt rurale.

Grâce à cette croissance, le village devient ville par une loi sanctionnée le 30 mars 1883 (2). Il faut donc entreprendre des travaux d’infrastructures comme les égouts, les conduites d’eau, ouvrir des rues, etc. Pour discuter de trois possibilités (hausser les taxes foncières, effectuer un emprunt ou carrément s’annexer à Montréal), le maire Raymond Préfontaine convoque une assemblée des propriétaires le 24 août 1883 (3). Celui-ci et son beau-frère Jean-Damien Rolland avec qui il a échangé la mairie favorisent la troisième option. Un autre groupe se constitue avec Joseph Barsalou à sa tête pour détacher la partie est de la ville pour la constituer en municipalité distincte. Des deux côtés, les objectifs sont différents. Raymond Préfontaine ne veut pas se contenter de rester un maire d’une banlieue de Montréal. Après l’annexion, il deviendra conseiller du quartier Hochelaga, puis maire de Montréal de 1898 à 1902 et finira sa carrière politique comme ministre du cabinet Laurier jusqu’à sa mort en 1905.  Les propriétaires de la partie est comme Joseph Barsalou, Alphonse Desjardins, William Bennett, Charles-Henri Létourneux ne bénéficient pas du développement économique de la partie ouest de la ville. Ils veulent pouvoir devenir des promoteurs fonciers qui pourront bénéficier de la vente de leurs terrains divisés en lots. Alors que le projet d’annexion d’Hochelaga est en marche, Joseph Barsalou discute avec des membres de l’Assemblée législative du projet d’incorporation d’une nouvelle ville (4). Le 22 décembre 1883, Hochelaga devient un quartier de Montréal tandis que le 27 décembre, la ville de Maisonneuve est officiellement créée. Des élections sont prévues le 31 janvier 1884. Les limites de la ville sont les suivantes : à l’est, le village de Longue-Pointe, à l’ouest une ligne passant entre les rues Bourbonnière et Valois, au nord, la Côte de la Visitation et au sud, le fleuve St-Laurent.

Lors de sa création, la ville de Maisonneuve ne compte qu’une cinquantaine de familles avec 287 résidents. Le soir du 31 janvier 1884, Joseph Barsalou est élu maire par acclamation avec l’équipe suivante de conseillers : Pierre Hémond, Auguste Limoges, Joseph Beauchamp, Eugène Bleau, Jean-Marie Beyreis et Honoré St-Pierre (5). Il demeurera maire jusqu’en janvier 1892, sauf pour le mandat de 1889-90.

Joseph Barsalou est propriétaire du lot #5 dont la valeur n’est que de 10 000$ au premier rôle d’évaluation de 1884. Cependant, ce terrain non subdivisé est considéré comme une terre en culture et non comme un ensemble de lots urbains (6). La valeur des terrains lotis sera beaucoup plus considérable.

L’administration de Joseph Barsalou verra à adopter les premiers règlements municipaux comme ceux portant sur l’hygiène publique, la construction des bâtiments, l’entretien des trottoirs et sur d’autres sujets d’intérêt général. Il faut également nommer le personnel chargé de l’administration municipale, du service de police (7).

Au début de l’histoire de Maisonneuve, l’approvisionnement en eau provient de Montréal. Cependant des problèmes surviennent. Pour régler le problème, Maisonneuve décide de confier la distribution d’eau à une entreprise privée. C’est sous la gouverne de Joseph Barsalou qu’une première entente est signée avec la Montreal Island Water and Electric Co. en novembre 1890 qui cède rapidement son contrat à la Montreal Water & Power Co. avec qui la ville aura de nombreux démêlés (8).

Les dirigeants de Maisonneuve s’intéressent à l’électricité comme source d’énergie. Le 21 septembre 1891, lors du dernier mandat de Joseph Barsalou, le conseil adopte un plan d’installation électrique soumis par l’ingénieur de la ville, Émile Vanier. Ce plan prévoit que la ville produira son électricité par une station thermique et assurera la distribution de l’énergie (9). Cependant, la station devra être construite par l’entreprise privée. Deux entreprises s’affrontent : la Edison General Electric Co. et la Royal Electric Co. Le contrat est d’abord accordé à la première puis, par suite d’une égalité des voix et du vote de Barsalou, à la seconde. La nouvelle administration élue en 1892 reviendra finalement à la première (10).

Les villes de l’île de Montréal luttent férocement entre elles pour attirer des industries. Le moyen privilégié est l’exemption de taxes pour vingt ans. C’est sous l’administration Barsalou qu’une première importante usine s’implante à Maisonneuve : c’est la St. Lawrence Sugar qui s’installe en 1887 sur le bord du St-Laurent et qui construira son usine à l’angle des rues Notre-Dame et du boulevard Pie-IX. Elle bénéficie de l’exemption de taxes en plus d’un droit de passage pour une ligne de chemin de fer. L’année suivante, c’est au tour de la Montreal Terra Cotta Lumber, propriété d’Alphonse Desjardins (11), important propriétaire foncier de Maisonneuve (12).

Joseph Barsalou disparaît de la vie politique municipale de Maisonneuve en 1892 et meurt le 17 mai 1897 (13). Il est inhumé le 20 du même mois au Cimetière Côte-des-Neiges dans le lot C-00083 (14).

(1)Aujourd’hui Alphonse D.-Roy

(2) «Acte pour incorporer la ville d’Hochelaga», Statuts du Québec, 46 Victoria, chapitre 82, 1883

(3) Procès-verbaux du Conseil municipal du village d’Hochelaga, Archives de la ville de Montréal

(4) La Patrie, 26 juin 1909, BANQ, collection numérique

(5) Idem; également La Minerve, 1 février 1884

(6) Linteau, Paul-André, Maisonneuve, Comment des promoteurs fabriquent une ville, Montréal, Boréal Express, 1991, p.42

(7) Idem, p.68

(8)Idem, p.73

(9) Procès-verbaux du Conseil municipal de Maisonneuve, Archives de la ville de Montréal

(10) Linteau, pp.79-80

(11) Non pas le fondateur des Caisses populaires, mais l’avocat, journaliste, financier, industriel (1841-1912)

(12) Linteau, p.83

(13) Le Monde illustré, 29 mai 1897, BANQ, collection numérique

(14) Site internet du Cimetière Côte-des-Neiges

_______________________________________________________

Le 17 mai 1916, l’équipe de Lévie Tremblay procède à l’inauguration du Bain Maisonneuve (1) Le Bain était un projet de l’équipe Michaud-Dufresne, défaite aux élections de février 1915. À cette époque, plusieurs logements ouvriers ne possèdent d’installations sanitaires. De nombreux bains publics sont construits pour servir de lieux d’hygiène corporelle pour les classes ouvrières. Il existe également Les Gouttes de lait pour aider les jeunes mères à mieux nourrir leurs enfants.

L’idée de construire un bain et un gymnase est mise de l’avant dès 1911 comme en témoigne le procès-verbal du 13 septembre 1911 qui autorise un emprunt de 30 000$. Nous verrons que le coût va presque décupler. Le procès-verbal du 3 juillet 1912 précise que le conseil accepte les plans et devis préparés par Marius Dufresne, ingénieur municipal. Ce bâtiment deviendra un édifice de prestige pour Maisonneuve rivalisant avec de nombreux bains américains construits à la même époque. Certains, comme Guy Pinard, ex-journaliste de La Presse, doutent de la paternité de Marius Dufresne et attribue plutôt la conception de l’édifice à Wilfrid Vandal, architecte à l’emploi de Marius Dufresne (2). L’édifice n’est mis en chantier qu’à l’été 1914 comme le confirme le procès-verbal du 19 août 1914. Les travaux sont effectués par l’entrepreneur Théodule Lessard et seront finalement terminés en décembre 1915. On estime les coûts à plus de 200 000$ soit sept fois plus que l,emprunt initial. Le Bain Maisonneuve, tout comme le Marché, l’Hôtel de ville, le poste Létourneux, forment un ensemble de bâtiments publics de prestige inspiré du mouvement américain du City Beautiful qui vise à redonner aux villes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle un environnement plus sain, des espaces verts, de grands boulevards avec terre-pleins centraux et bordés de grands édifices, bref une vision urbanistique que manquaient les villes ouvrières du début XIXe. Le Bain Maisonneuve adopte les lignes de la Grand Central Station de New York, mais possède une parenté beaucoup plus évidente avec un autre bain public, également de New York, le Asser Levy Public Baths, à l’angle de 23e avenue et de la Place Asser Levy (double colonnade, balustrade, sculptures, etc.).

AsserLevyPublicBaths

Photo: Wikipédia

Le Bain Maisonneuve est un bel exemple de style Beaux-Arts dont on trouve de nombreux exemples dans Maisonneuve. Ce style architectural a fleuri en France entre les années 1860 jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il a connu une grande popularité aux États-Unis et au Québec jusque tard au XXe siècle. Il fait référence à un ensemble de styles dont le plus important à Maisonneuve est le néoclassicisme. Il s’inspire souvent des formes ornementales de l’Antiquité sans respecter scrupuleusement les règles. Les bâtiments de style Beaux-Arts respectent une belle symétrie. Le style Beaux-Arts se prête bien également à l’architecture monumentale des grands bâtiments publics. Toutes ces caractéristiques s’appliquent au Bain Maisonneuve.

Bain Morgan

Photo: Robert Cadotte, Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Le Bain Maisonneuve comprend deux parties : une première avec la piscine elle-même, un sous-sol et un étage. Le deuxième corps est d’un seul étage qui contient la salle des chaudières. La charpente de l’édifice est en béton armé. Les architectes ont opté pour trois matériaux pour le revêtement: le granit de Stanstead pour les marches et la base, le calcaire de l’Indiana pour la façade et l’ornementation des trois autres murs. La brique de couleur chamois est utilisée pour les trois autres murs. Pour des raisons évidentes de coûts, seule la façade est décorée.

La façade est parfaitement symétrique et comprend cinq travées dont les trois premières sont en avant-corps s’éloignant à 2,2 mètres du corps du bâtiment principal en ajoutant 1,40 pour la travée centrale. Les marches en granit occupent la même largeur que l’avant-corps.

Devant la travée centrale, on trouve une fontaine avec un bronze d’Alfred Laliberté intitulé Les petits baigneurs. De chaque côté de la sculpture, on trouve une paire de colonnes avec chapiteau ionique. Derrière le bronze, on peut admirer des ouvertures à arc protégées par un grillage métallique.

Les colonnes supportent un entablement sur lequel est inscrit «MAISONNEUVE» et un fronton triangulaire. Derrière le fronton et au-dessus de la balustrade, se trouve un magnifique acotère (ornement sculpté au-dessus d’un fronton) représentant un homme encadré de deux chevaux. Cette sculpture est l’œuvre d’Arthur Dubord.

Dans les travées de chaque côté de la travée centrale, la même disposition existe, sauf que la sculpture est remplacée par des portes à deux battants en bois. Dans l’entablement, on peut apercevoir à gauche l’inscription «BAIN» et à droite, «GYMNASE». Des pilastres encadrent ces deux travées vers l’extérieur. Dans l’axe des pilastres, on trouve deux autres sculptures d’Arthur Dubord : une naïade à gauche et un gymnaste à droite. Entre les deux sculptures, on a disposé une balustrade. Ces sculptures n’étaient pas prévues dans le plan original puisque le contrat n’est accordé que le 3 novembre 1915. On aperçoit un socle aux extrémités de l’escalier. Ces socles supportaient autrefois un candélabre en bronze. Les candélabres ont été enlevés à une date inconnue.

Les deux travées aux extrémités se terminent par un pilastre. Deux corniches surmontent l’entablement. On trouve une plaque de bronze sur la travée de gauche. Celle-ci souligne la fin des travaux.

Le bassin est rectangulaire de 77’ par 27’ (23,5 m x 8,2). Il a une profondeur allant de 3 1/2’ (1 m) à 9’ (2,7 m). Le plancher du bain est fait de tuiles émaillées blanches. Les cabines de douche sont de marbre blanc.

Il fallut attendre cinq mois avant l’inauguration du bâtiment. Le soir du 17 mai, le maire Lévie Tremblay et tous les conseillers municipaux sont présents. L’invité d’honneur est le secrétaire provincial, Jérôme Décarie. Fait intéressant, des élections provinciales auront lieu cinq jours plus tard. Le candidat libéral est Jérôme Décarie et son adversaire conservateur est G.N. Pichet, conseiller municipal et propriétaire d’une biscuiterie sur la rue Ontario. Pour la petite histoire, Jérôme Décarie remportera les élections haut la main.

L’Association de sauvetage du Bain Lévesque, dont le directeur est Arthur Papineau, donnera des démonstrations des différentes techniques de sauvetage ainsi que des divers styles de nage. Un orchestre accompagnait les démonstrations. On assistera ensuite à des matches de water-polo opposant d’abord deux équipes masculines et ensuite deux équipes féminines

Lors de l’inauguration, le maire proclama que quatre jours sur six seront gratuits pour la population. Seul un jour par semaine est consacré aux dames.

L’administration Tremblay causera toute une commotion en fermant le bain pour la période hivernale en octobre 1917. Il faut comprendre que la dette de la ville est importante et que tous les moyens sont bons pour épargner de l’argent. Le bain ne réouvrira qu’après l’annexion de Maisonneuve en février 1918.

L’administration municipale de Montréal décide d’installer l’école de police à l’étage de 1920 à 1960. L’intérieur du bain subira d’importantes rénovations en 1962, en 1984 puis de nouveau en 2015.

Le Bain Maisonneuve devient le Bain Morgan le 10 octobre 1961. Signalons que l’Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve a présenté l’histoire des bains publics à Montréal (1860-1960) en 1996 dans une exposition intitulée Prendre son bain aux bains justement au Bain Morgan (3).

(1) La Patrie et Le Canada, 18 mai 1916

(2) La Presse, dimanche 28 janvier 1990

(3) Voir un compte-rendu de l’exposition dans l’édition du 3 août 1996 du journal Le Devoir.

_________________________________________________

22 mai 1941 : le premier tank Valentine sort des Ateliers Angus

Dimanche le 22 mai 1941, le premier tank de marque Valentine sort des usines Angus. Il est destiné aux alliés européens. C’est le premier des 1 400 tanks qui seront livrés durant la Seconde Guerre mondiale. Ils seront principalement destinés aux Russes qui combattront les Allemands à partir du 22 juin 1941, début de l’opération «Barberousse», nom donné à l’invasion de l’URSS par les nazis. Les ministres C.D. Howe des Munitions et Approvisionnements et le colonel J.L. Ralston de la Défense assistent à cette cérémonie.

Rappelons que le Canada déclare la guerre à l’Allemagne le 9 septembre 1939. Quatre jours plus tard, le gouvernement Mackenzie King vote la loi créant le ministère des Munitions et des Approvisionnements. Cependant, ce n’est qu’après l’élection fédérale du 26 mars 1940, remportée haut la main par les libéraux, que C.D. (Clarence Decatur) Howe est nommé à ce nouveau ministère. C.D. Howe a l’entière responsabilité d’organiser le programme national de production de guerre. Il est connu pour avoir recruté des «hommes à 1$ par année», des dirigeants d’entreprises payés par leurs compagnies, pour l’aider à gérer ce programme. Des usines seront transformées et devront réorienter leur production. C’est ainsi que les Ateliers Angus fabriqueront des tanks, des moteurs pour corvettes et frégates et des appareils de détection pour sous-marins.

Les Ateliers Angus, mieux connus sous leur patronyme anglais «Angus Shops», et propriété du Canadien Pacifique, sont érigés entre 1902 et 1904 dans ce qui alors le quartier Hochelaga. L’emplacement des usines fait aujourd’hui partie du quartier Rosemont. Le CP songeait depuis quelques années à construire d’immenses ateliers dans l’est de Montréal pour fabriquer et réparer du matériel roulant. Le CP charge donc un syndicat immobilier formé par Ucal-Henri Dandurand et sir Herbert Holt (1) d’acheter les terrains nécessaires dont celui de Hoogan & Beaufort, immense terrain non loti situé au nord de Nolan (aujourd’hui Rachel). Il est très intéressant de suivre l’évolution de la construction dans le magazine des ingénieurs civils The Railway and Shipping World disponible sur le site de Canadiana. Dans le numéro de février 1904, on annonce que les ateliers porteront le nom d’Angus en l’honneur de Richard Bladworth Angus, un des membres fondateurs du Canadian Pacifique en 1881. En mars, on mentionne que la production quotidienne visée est de 25 à 30 wagons. La page couverture du numéro d’avril porte sur une description détaillée des ateliers. La production des Ateliers Angus semble commencer en avril 1904 puisque le CP commande 1000 wagons couverts («box cars») entre le 11 avril et le 14 mai 1904. On indique en août qu’on s’attend à fonctionner à pleine capacité avant la fin de 1904.

Les Ateliers Angus s’étendent sur une superficie de 200 acres ou 48 hectares soit l’équivalent de 48 terrains de soccer. L’immense quadrilatère va de la rue Rachel au sud au boulevard St-Joseph au

Angus.1907

Atlas de Pinsonneault, 1907, BANQ, collection numérique

nord, et de la voie ferrée du CP à l’ouest jusqu’à la rue Bourbonnière à l’est. Ils comptent 68 bâtiments industriels principaux et auxiliaires, 15,3 hectares de planchers d’usine et 80,4 kilomètres de voies ferrées. L’atelier de réparation des locomotives  porte le nom de «locoshop». En plus des bâtiments industriels, on compte un hôpital et un service d’ambulance, un grand magasin général, un poste de pompiers, un poste de police, plusieurs cafétérias, un service de cantine, un centre récréatif de 14 800m2, une bibliothèque, un immense bâtiment administratif et même une succursale de la Banque de Montréal. Les Ateliers Angus sont tous construits de brique rouge et constituent un bel exemple d’architecture industrielle de l’époque. En 1912, on compte 6 000 employés et ce nombre grimpera à 12 000 durant la Seconde Guerre mondiale pour satisfaire la production de guerre. En 1951, les Ateliers Angus comptaient encore 7 500 employés.

Les ateliers possèdent leur propre centrale thermique. La vapeur de la chaufferie était acheminée dans des tuyaux souterrains de 2 m de haut et de 1,5 m de large. Plus tard, une partie de l’énergie proviendra de la Montreal, Light, Heat & Power dont Holt (voir plus haut) est le président.

Dans les années d’après-guerre, à l’apogée de la production des Ateliers Angus, on transformait annuellement 40 000 tonnes d’acier et 51 206 pieds linéaires de bois. On consommait 18 millions de kWh d’électricité, 373 782 m3 de gaz et 951 446 m3 d’eau. Avec ces matières premières, les usines produisaient 80 000 roues de wagons en fer, 4,43 millions de tonnes de pièces moulées de toutes sortes, 5 475 tonnes de pièces forgées et 985 000 boulons et rivets usinés de toutes sortes et de toutes grosseurs. Sa capacité annuelle de construction était de 60 locomotives et de 180 wagons. On pouvait en outre réparer 360 locomotives par année, et 88 wagons de tous types par jour.

Angus.1951

Photo: The Canadian Pacific Spanner, septembre 1951

L’après-guerre verra également l’arrivée des locomotives diesel et la concurrence du transport par camion si bien que la production ralentit. Une partie des ateliers est démantelée à partir du milieu des années 1960. La production cesse complètement le 31 janvier 1992. En 1995, un intéressant projet de recyclage des ateliers voit le jour. Une partie du site devient le Technopôle Angus. L’ancienne «locoshop» héberge maintenant plusieurs entreprises et un supermarché. L’ancien bâtiment administratif a été transformé en édifice à bureaux tandis que l’on trouve une succursale de la SAQ dans l’ancienne caserne de pompiers. Environ 1 000 personnes travaillent maintenant sur l’ancien site des ateliers. L’autre partie du site compte 1 300 unités de logements sociaux et plusieurs milliers de logements privés.

En terminant, un mot sur les relations industrielles du CP. Elles n’ont pas toujours été harmonieuses. En témoigne la grève de 1908 qui touche tous les Ateliers du CP à travers le pays. La grève débute le 5 août. La réaction immédiate de la compagnie est de congédier des employés et de les remplacer par des briseurs de grève. L’attitude intransigeante de la compagnie aura raison des ouvriers. À bout de souffle, ils abandonnent la partie et la grève se termine le 6 octobre. La compagnie profite du retour au travail pour se débarrasser des meneurs de la grève. Parmi les ouvriers restants, les hommes mariés auront la priorité. On décide également de garder les ouvriers compétents parmi les briseurs de grève.

(1) Ucal-Henri Dandurand est un important promoteur immobilier, à l’origine de la fondation du village de Rosemont en 1905, rapidement annexé en 1910 à Montréal tandis que Herbert Holt est un financier, président de la Banque Royale de 1908 à 1934 et associé à Dandurand dans le développement de Rosemont.

Bibliographie

The Canadian Pacific Spanner, septembre 1951

The Canadian Pacific Railway’s Legendary Angus Shops au members.kos.net/sdgagnon/ang.html

Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal au patrimoine.ville.montreal.qc.ca

The Railway and Shipping World, numéros de 1904 (site de canadiana)

La Patrie et Le Canada, 6 août et 7 octobre 1908, 23 mai 1941

________________________________________________

Au milieu du XIXe siècle, l’éclairage public est au gaz. Ceci donna naissance à un métier aujourd’hui disparu, l’allumeur de réverbères. «La cinquième planète était très curieuse. C’était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères. Le petit prince ne parvenait pas à s’expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères.» (1)

À ce moment, la principale compagnie de gaz à Montréal est la New City Gas Co., formée en 1849. La première usine de gaz est construite à l’angle des rues Ottawa et Ann dans le Griffintown. Cet édifice sert maintenant de salle de spectacle. Vers 1874, la compagnie s’installe également à Hochelaga, sur la rue du Havre, juste au nord du terminal de la Montreal City and Passenger Railway. À partir de 1877, New City Gas est la propriété de Jesse Joseph, entrepreneur qui fut également président de la Montreal Street Railway de 1884 à 1892. La compagnie devient la Montreal Gas Co. en 1879. Vers 1893, la compagnie devient propriété d’Herbert S. Holt. Celui-ci réussit un coup d’éclat en avril 1901 lorsque la fusion de la Montreal Gas et de la Royal Electric de Louis-Joseph Forget mène à la création du tout puissant monopole des services publics, la Montreal Light, Heat & Power.

Il faut mentionner également qu’à partir de 1886, l’électricité remplace le gaz dans l’éclairage. La Royal Electric Co. détient d’ailleurs un monopole sur l’éclairage à l’électricité.

Le gaz utilisé à l’époque n’est pas du gaz naturel mais un gaz manufacturé à partir de la houille. On le nomme souvent gaz de ville parce qu’il sert principalement à l’éclairage des villes. Ce n’est qu’en 1957 que la Corporation de gaz naturel, aujourd’hui Gaz Métro, acquiert le réseau de gaz manufacturé pour le convertir au gaz naturel (2).

Nous sommes vers 8h15, le samedi matin 28 mai à la Montreal Gas Co. alors que des ouvriers de la Dominion Bridge Co. sont engagés pour peindre l’intérieur d’un nouveau réservoir. (3) Un ouvrier de la Montreal Gas descend une échelle et amène une lampe. Une terrible explosion se produit alors et fait sauter la couverture de tôle causant la mort de cinq ouvriers. Le réservoir n’est plus maintenant qu’un amoncellement de briques, de poutres en fer tordues sur lesquelles la couverture s’était aplatie.

Montreal Gas Works

Le Monde illustré, 2 juin 1888, p.1, BANQ, collection numérique

On appela les pompiers dès l’explosion. Pour comble de malheur, le chef Patton, voulant précéder ses hommes, renversa un passant et lui fractura la jambe. La première tâche fut de se mettre à la recherche des morts et des blessés. Le premier cadavre retrouvé est celui d’un jeune homme de 26 ans, Samuel McCafee, du 15, rue Champlain, dont le corps repose dans l’eau gazeuse et la vase, une poutre en fer lui broyant les reins. L’autopsie révèlera que la mort avait été causée par l’inhalation de gaz inflammable. La gorge et les bronches avaient été brûlées. La seconde personne retrouvée est Samuel Bell qui surveillait le réservoir. Il est marié et père de 5 enfants. Il était sans connaissance sous un amas de briques. On le transporta chez lui rue Logan mais il rendit l’âme avant d’y arriver. Le Daily Witness rapporte que les derniers mots qu’il prononça furent «O Lord, Jesus!». La troisième personne est John Angell, du 24, rue Lafontaine, trouvé sous les briques et tué instantanément. Le frère de John Angell, Joseph, manque à l’appel. Son cadavre ne sera retrouvé que le mardi 28 mai. La cinquième victime est Thomas Stacey, un des deux Amérindiens travaillant sur le toit du gazomètre. Il est dégagé des décombres puis transporté à l’hôpital Notre-Dame. Il ne survivra pas à ses graves brûlures. Son décès est constaté vers 14h00.

Deux blessés seront transportés à l’Hôpital Notre-Dame et deux autres au Montreal General.

Dès l’annonce de l’explosion, les actions de la compagnie chutent de 4%.

Le gazomètre avait les dimensions suivantes : 60’ de hauteur et une circonférence de 400’. Il était tout construit en briques et en fer. Il avait coûté, dit-on, 280 000$ à la compagnie.

Lundi le 28 mai à 10h00 un jury de 15 personnes, sous la direction du coroner Jones, est nommé pour enquêter sur les causes de l’accident. Le jury et le coroner se rendent à la morgue de l’Hôpital Notre-Dame. Le premier cadavre examiné est celui de Thomas Stacey dont le corps était brûlé à plusieurs endroits. Il avait également la jambe fracturée. On se rend ensuite au 15, rue Champlain. Le corps de Samuel McAfee est déjà exposé dans un cercueil. Il avait les mains brûlées et une grave blessure derrière la tête. C’était un Irlandais de naissance, au Québec depuis seulement octobre 1887.  Le jury se rend ensuite au 24, rue Lafontaine pour s’apercevoir que le corps de John Angell était gravement brûlé. C’est un triste spectacle qui s’offre quelques rues plus loin, au 18, rue Logan, lieu de résidence de Samuel Bell. Il laisse dans le deuil une femme et cinq enfants à charge. Samuel Bell est mort par l’écroulement d’un mur près de la pompe. Il habitait au Québec depuis onze ans.

Il faut mentionner que jamais la compagnie n’a offert aucune espèce d’indemnité pour les morts et blessés.

Les blessés interrogés sont tous unanimes à affirmer que l’on sentait le gaz depuis plusieurs jours. Ces gaz provenaient de la valve. Un des blessés affirme qu’il en avait parlé à plusieurs personnes. Il soutient que s’il en avait parlé au contremaître, on lui aurait dit de se mêler de ses affaires. Il ajoute qu’au meilleur de ses connaissances, les officiers de la compagnie ignoraient la présence de gaz. Il explique avoir vu Joseph Angell descendre une échelle et une lampe au bout d’une corde. Ce serait au moment où il abaissait la lampe pour mieux voir l’intérieur que l’explosion se serait produite.

Le 7 juin, le jury rend finalement son verdict. Vous constaterez que, comme lors d’accidents dans les filatures de coton de l’époque, les ouvriers sont toujours tenus responsables, soit par négligence ou par imprudence. Nous reproduisons le verdict intégralement : «Nous, soussignés, jurés à l’enquête pour constater la cause de la mort de Samuel Bell, Thomas Stacey, John Angell, Joseph Angell et Samuel McAfee, déclarons que ces personnes sont mortes des blessures qu’elles ont reçues à la suite d’une explosion d’un mélange d’air et de gaz carbonique, contenu dans un gazomètre construit sur du terrain et dans un bâtiment appartenant à la nouvelle compagnie de gaz, rue du Havre, quartier Hochelaga, en la cité de Montréal et faisant partie des usines de la dite compagnie; que cette explosion a été causée par l’introduction d’une lampe allumée dans le dit gazomètre par Joseph Angell, un des employés de la compagnie et l’une des victimes de l’explosion, Nous déclarons, (deux mots illisibles), que le dit Joseph Angell, en s’introduisant ainsi, avec une lampe allumée, dans le gazomètre, a agi par ignorance et imprudence, et non pas par malice ou avec l’intention de blesser ou de causer du tort à qui que ce soit.» (3) Vous pouvez constater que la compagnie est complétement exonérée de toute responsabilité dans l’explosion et surtout, que la cause présumée de l’accident, l’imprudence d’un employé selon le coroner, dégage la compagnie de toute obligation d’indemniser les victimes de cette tragédie.

(1) Le Petit Prince, Antoine de St-Exupéry, Harbrace Paperbound Library, p.57-58

(2) Site internet de Gaz Métro

(3) Pour les détails de la tragédie, nous avons consulté les journaux de l’époque comme La Minerve, 28 au 30 mai et 7 juin, Le Canadien, 28 mai, le Daily Witness, 28 au 30 mai et le Monde illustré, 2 juin 1888

(4) La Minerve, 7 juin 1888

__________________________________________________

1 juillet 1845 : Création du village de Longue-Pointe

Le 8 juin 1845, le gouvernement unioniste de Baldwin-Lafontaine autorise la création de municipalités qui s’ajouteront à celles de Montréal et à Québec. Quelques semaines plus tard, soit le 1 juillet, nous assistons à la création de la municipalité de la paroisse de Saint-François d’Assise de la Longue-Pointe, en vertu des Statuts provinciaux du Canada (8 Victoria, chap. 40). Cette municipalité épouse les frontières de la paroisse Saint-François d’Assise créée en 1722. Les frontières sont les suivantes : la paroisse de Pointe-aux-Trembles à l’est (l’actuelle rue Georges-V), la paroisse Rivière-des-Prairies au nord, une ligne discontinue passant par la paroisse de Sault-au-Récollet, la Côte-de-la-Visitation et Maisonneuve (rue Viau) à l’est, et le fleuve Saint-Laurent au sud. À l’époque, le village de Longue-Pointe comprenait ce qui est aujourd’hui Saint-Léonard comme on le voir sur une carte de 1879. Ce territoire (la Côte Saint-Léonard nord et sud) se détache de la municipalité pour former Saint-Léonard de Port Maurice en avril 1886.

Longue-Pointe.1879

Atlas de Hopkins, 1879, BANQ, collection numérique

Un noyau villageois se développe autour de l’église de la paroisse. Comme à Hochelaga, de riches bourgeois font construire de magnifiques villas le long du fleuve Saint-Laurent. Longue-Pointe se créera également une vocation institutionnelle : les sœurs de la Providence possèdent la ferme St-Isidore et l’Asile-Saint-Jean-de-Dieu. Les frères de la Charité font construire l’asile Saint-Benoit-Joseph-Labre en 1883. C’est dans cet asile que séjournera le poète Émile Nelligan au début des années 1900.

Plusieurs changements auront lieu au territoire de Longue-Pointe. D’abord St-Léonard en 1886, puis en 1898, deux parties se détachent: création du village de Beaurivage-de-la-Longue-Pointe le 30 mars 1898 qui forme un L inversé et qui comprend le territoire entre la rue Saint-Just et la 25, de la rue Souligny au fleuve, la pointe du L étant une partie de la rue Notre-Dame vers l’ouest, et création de la municipalité de la paroisse de Saint-Jean-de-Dieu avec le territoire appartenant aux Sœurs de la Providence (1). Une autre partie de Longue-Pointe se détache le 14 mars 1907 pour former le village de Tétraultville (les lots 399 et 400 du cadastre de 1876 qui comprend les rues actuelles de Mousseau, Des Ormeaux, Pierre-Tétreault et Baldwin, du fleuve jusqu’à une partie de l’Avenue Éric à Anjou). Cette même journée, Longue-Pointe devient ville. Le premier conseil de la nouvelle ville est dirigé par le maire Pierre Bernard et 7 conseillers.

La nouvelle ville n’aura qu’une courte existence puisque les trois municipalités de Longue-Pointe, Tétraultville et Beaurivage seront annexés à Montréal le 4 juin 1910. Ce territoire devient le quartier Mercier en 1915. Le territoire de Saint-Jean-de-Dieu ne sera annexé à Montréal qu’en 1981.

Longue-Pointe verra son territoire radicalement transformé par la construction du Pont-tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine dans les années 1960. Longue-Pointe fait maintenant partie de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

(1) Plusieurs renseignements intéressants se trouvent dans le rapport de recherche de Philippe Dugas, Patrimoine toponymique de Mercier, 2010

______________________________________________________

13 juillet 1905 : Inauguration du tramway à Tétreaultville

Le 13 juillet 1905, Pierre Tétreault et John P. Mullarkey invitent les journalistes pour une ballade sur une nouvelle ligne de tramway du Montreal Terminal Railway. Pierre Tétreault est un important propriétaire foncier de Longue Pointe : il possède les lots 399 et 400 qu’il lotisse pour attirer une population avide d’habiter une banlieue proche de Montréal. Environ 75 familles habitent ses terres. Même si la municipalité du village de Tétreaultville ne deviendra réalité que le 14 mars 1907, cette partie de Longue-Pointe est déjà à cette époque connue sous cette appellation. John P. Mullarkey est le gérant de deux compagnies dont les installations traversent Longue Pointe d’ouest en est : le Canadian & Northern Railway (plus tard intégré au C.N.) et le Montreal Terminal Railway. La voie du Terminal longe la rue Dubuisson, et celle de la Northern, la rue Souligny. La Montreal Terminal Railway et la Montreal Street Railway, les deux plus importantes compagnies de tramways de Montréal, sont engagées dans une bataille à finir pour le contrôle exclusif du transport urbain à Montréal et dans ses banlieues. La Terminal perdra la bataille en 1907 et sera intégrée dans le trust du tramway de la Montreal Tramway Company, constitué en mars 1911.

La première ligne de tramway à traverser Longue Pointe est celle de la Montreal Island Beltline Raiway Company (devenue la Montreal Terminal Railway en 1899) terminée le 6 novembre 1896. Le tramway part de l’avenue Lasalle à Maisonneuve pour se rendre jusqu’à l’Hôtel Bureau à Pointe-aux-Trembles. (1) C’est de cette ligne que part le nouveau service de la Terminal. Le tramway quitte la ligne est-ouest et emprunte la rue St-Antoine (aujourd’hui la rue Desormeaux) à la hauteur de la rue Dubuisson vers le nord jusqu’au futur parc de M. Tétreault (aujourd’hui le parc Thomas-Chapais). L’entente signée entre MM. Mullarkey et Tétreault veut que les tramways circulent à 15 milles/heure (24 km/h) au lieu de 8 (12,8 km/h) et que le prix de 10 billets soit de 25 sous sauf aux heures de pointe (8 pour 25 sous). M. Mullarkey affirme que le service sera aux 10 minutes. Le service devait commencer le 21 juillet 1905.

Lignestramway.1923

Carte du Montreal Tramways Co., 1923, Quebec Railway Map Project

Une des raisons de ce projet de tramway de Pierre Tétreault est qu’il projette la création d’un parc au nord de ses terres. La boucle Grosbois, au nord de la ligne, donne accès directement au parc. Ce parc, inauguré le dimanche 27 août 1905, sera gratuit d’accès et visera les amusements pour toute la famille car «on veut que l’ordre le plus parfait y règne et que la meilleure société puisse le (parc) fréquenter sans craindre les promiscuités désagréables.» (2). On y construit une salle de danse qui sert de refuge en cas de pluie. Le jour de l’inauguration, l’orchestre Massino jouait des valses de Strauss. Il y a également un buffet où l’on ne vend aucun alcool, mais seulement des boissons rafraîchissantes. Au nord du parc, on peut pique-niquer dans un sous-bois. (3)

À la fin de la visite du 13 juillet, Pierre Tétreault recevra les journalistes dans son «château» qui donne sur la rue Notre-Dame, aidé en cela par sa femme, son fils et sa fille.

(1) Pharand, Jacques, À la belle époque des tramways, Montréal, Éditions de l’Homme, 1997

(2) La Patrie, 14 juillet 1905

(3) La Patrie, 28 août 1905

____________________________________________________

14 juillet 1901-1906 : Fête nationale française au Parc Riverside

Au début du XXe siècle, trois grandes fêtes étaient célébrées à Montréal et à Maisonneuve durant l’été : la Saint-Jean-Baptiste le 24 juin, la Fête nationale des Français le 14 juillet et la Fête du Travail le premier lundi de septembre. Nulle mention de la fête du Canada le 1er juillet. On organisait défilés, processions, feux d’artifices et fêtes dans les grands parcs d’amusement. Le Parc Riverside, 1900-1906, sur la rue Notre-Dame, juste à l’est de Pie-IX a été le témoin de grandes fêtes du 14 juillet durant sa courte existence (1).

Le Parc Riverside ouvre le 24 juin 1900; il est donc difficile d’organiser les fêtes du 14 juillet. Cette année-là, elles se tiendront au Parc Sohmer qui se trouvait à l’angle de la rue Panet et Notre-Dame. De 1901 à 1906, elles se tiendront au Parc Riverside. L’entrée principale du Parc était sur Notre-Dame; il y avait une scène et l’ancienne résidence des Cuvillier qui  servait d’hôtel et de restaurant. On pouvait aménager quantité de kiosques et de tentes pour différents événements. Une allée d’érables longeait le fleuve. Il faut mentionner que la population avait accès au fleuve à cette époque. Le parc pouvait accueillir plusieurs milliers de personnes à la fois. En 1905, le propriétaire de l’époque, Lévie Tremblay, avait fait aménager des montagnes russes. C’est à cet endroit également que l’on présentera les premiers films à Maisonneuve en juillet 1902.

Le 14 juillet, la journée débute par une messe solennelle à la chapelle du Sacré-Cœur de l’église Notre-Dame où le chœur interprète la Messe de Ste-Cécile de Charles Gounod. Puis les fêtes, organisées par l’Union française de Montréal, se transportent au parc Riverside. Cette Union est alors dirigée par Jules Helbronner, chroniqueur ouvrier de La Presse sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Gagnepetit. Le parc Riverside est décoré de drapeaux tricolores, de banderoles, de fleurs. Le parc ouvre ses portes à 13h puis le consul général de France lance les célébrations à 15h. On interprète La Marseillaise et d’autres chants patriotiques français. La troupe du Parc et d’autres artistes présentent des numéros de vaudeville et de chansons françaises. On a installé un kiosque de fleurs et l’on vend des billets pour la tombola dont les profits iront aux oeuvres de l’Union. À 19h30, l’Union française organise un banquet pour des invités sélectionnés. Le soir, le parc est illuminé de lanternes chinoises ou décoré à la vénitienne. Puis à 22h30, c’est le feu d’artifices lancé à partir du fleuve avec apothéose «Vive la France». Ces feux sont préparés par la maison Stanislas Robitaille & Cie de Montréal. Parfois, des barques illuminées s’invitaient au spectacle. Voici comment le journaliste de La Patrie décrivait cette partie des fêtes : «Tout un chapelet d’embarcations illuminées ‘a giorno’ se promenaient sur le fleuve, piquant la surface unie et calme des eaux de reflets étincelants. Ces embarcations décrivaient de gracieux détours et les musiciens qu’elles portaient confiaient aux échos de la nuit des airs patriotiques et populaires, pendant qu’une multitude de fusées lançaient en zigzaguant, aux nues, leurs gerbes de feu.» (2)

Feu_d'artifice.Patrie150703

La Patrie, 15 juillet 1903, BANQ, Collection numérique

Les fêtes s’étendent sur plusieurs jours. Lorsque le 14 juillet tombe un jour de semaine, les fêtes se prolongent jusqu’au dimanche. Les après-midi de fin de semaine, on organise des courses et jeux pour enfants et adultes. On présente également des ascensions du ballon «La France» et même des sauts en parachute. À deux reprises, des gardes indépendantes participent à un festival militaire. En 1903, une des activités principales est un concours d’harmonies. Les fêtes du 14 juillet sont très populaires puisque le parc enregistre 6 000 entrées le 14 juillet 1906 et 15 000 dimanche le 15, seule journée de la semaine où l’on ne travaille pas.

Mais l’événement le plus spectaculaire de toutes les fêtes de 1901 à 1906 est sans doute la fête nautique qui recrée un épisode de bataille navale entre le bateau français «Le Vengeur du Peuple» et une flottille anglaise durant la Première république française en 1794. Nous n’avons pas le compte-rendu des journalistes mais une description de l’événement à venir le 17 juillet 1906 dans une publicité du Parc Riverside parue dans La Patrie : «Le ‘Vengeur’ sera représenté par un bateau d’environ 60 pieds, dont les contours seront et demeureront illuminés pendant toute la soirée. Sur un signal donné par une puissante bombe détonante, la flotte anglaise, simulée par une douzaine d’embarcations illuminées, viendra se mettre en rangée de bataille; alors de points différents commencera un bombardement de pièces détonantes et de fusées monstres, suivi et complété d’un embrasement général. Le ‘Vengeur’ répondra par un enchevêtrement de fusées-canons et une mitraille de fusées volantes; la flotte ennemie se portera alors en avant avec un grand déploiement de feux de toutes les couleurs. Attaqué et bombardé de toutes parts, le ‘Vengeur’ sombrera, les mâts s’écrouleront l’un après l’autre au milieu d’une série d’explosions de mines. Le bateau sera incendiée, sautera et disparaîtra complètement dans les flots.» (3)

L’année 1906 sera la dernière année d’exploitation du Parc Riverside. Il subit la dure concurrence du parc Dominion, beaucoup plus moderne. Il fait faillite en octobre 1906. Les fêtes nationales françaises se tiendront au Parc du Bout de l’Ile en 1907, mais avec beaucoup moins de faste.

(1) Nous avons consulté plusieurs numéros des éditions de juillet de La Patrie et du Canada entre 1900 et 1906 comme source de renseignements.

(2) La Patrie, 15 juillet 1902, BANQ, Collection numérique

(3) La Patrie, 16 juillet 1906, BANQ, Collection numérique

____________________________________________________

17 juillet 1976 : Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal

Vers 17h, le 17 juillet 1976, deux jeunes athlètes canadiens, Sandra Henderson, 15 ans, de Toronto, et Stéphane Préfontaine, 16 ans, de Montréal, entrent dans le Stade olympique avec la flamme, sous les applaudissements nourris des 76 433 spectateurs et de 8 200 athlètes et officiels. C’est une des nombreuses premières pour les Jeux de Montréal puisqu’habituellement, le dernier porteur de la flamme est un champion olympique. Les deux jeunes représentent les deux peuples fondateurs du Canada. Les deux porteurs gravissent l’escalier qui mène à la vasque, saluent les quatre points cardinaux et allument la vasque olympique.

Flamme olympiqueRC

Archives de Radio-Canada

Une autre innovation des jeux de Montréal est celle du parcours de la flamme. Pour le parcours du relais entre Athènes et Ottawa, la flamme olympique voyagea par voie aérienne, mais pas par avion. Un capteur utilisé pour détecter les particules ionisées de la flamme transforma celles-ci en impulsions codées. Ces impulsions furent transmises par satellite à Ottawa où elles déclenchèrent un rayon laser qui redonna à la flamme olympique son aspect original.

Plus tôt, la cérémonie avait commencé à 15h par une sonnerie de trompettes qui annonce l’entrée de sa majesté la reine Élizabeth II. Lord Kilanin, président du Comité international olympique (CIO), et Roger Rousseau, président du Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal (COJO) et commissaire général des Jeux de la XXIe Olympiade, l’accueillent et la conduisent à la loge royale.

Les délégations des 94 pays participants vont faire leur entrée dans le stade. Signalons qu’un certain nombre de pays africains avaient décidé de boycotter les Jeux olympiques de Montréal pour protester contre les relations d’une équipe néo-zélandaise avec le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Comme le veut la tradition, la délégation de la Grèce ouvre le défilé. La délégation canadienne clôt celui-ci avec la spécialiste du 800 mètres Abby Hoffmann comme porte-drapeau. Tout au long de l’entrée des délégations, la musique accompagne les athlètes. Elle est tirée de l’œuvre d’André Mathieu avec des arrangements de Vic Vogel et d’Art Philipps.

Le président du COJO prend ensuite la parole suivi de Lord Killanin. Après les discours des officiels, la reine proclame l’ouverture des Jeux. Puis, au son de la Marche olympique du compositeur grec Spirou Samara, huit athlètes entrent dans le stade avec le drapeau olympique. Le maire de Munich, hôte des Jeux de 1972, remet le drapeau à Lord Killanin qui le transmet au maire de Montréal, Jean Drapeau. Celui-ci brandit très haut le drapeau et la foule en profite pour l’ovationner durant de longues minutes.

Après l’entrée de la flamme, c’est au tour des serments olympiques. L’haltérophile Pierre St-Jean prononce le serment des athlètes suivi du juge Maurice Forget avec le serment des officiels.

Le chœur et l’orchestre olympique interprète l’hymne national canadien pour clôturer la cérémonie.

Plus de 500 millions de téléspectateurs auront suivi la cérémonie sur leur petit écran.

Nous nous étendrons plus longuement l’an prochain sur le sujet puisque nous fêterons le 40e anniversaire des Jeux de Montréal.

Sources :

– Parc olympique de Montréal: http://parcolympique.qc.ca/le-parc-olympique/montreal-ville-olympique/jeux-olympiques-de-1976/ 

– Archives de Radio-Canada: http://archives.radio-canada.ca/sports/olympisme/clips/7628/

– Site du CIO: http://www.olympic.org/fr/montreal-1976-olympiques-ete

– Portail de la ville de Montréal: http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=2497,3090364&_dad=portal&_schema=PORTAL

_____________________________________________

26 juillet 1945 : Mort accidentelle de Marius Dufresne à Sainte-Rose

Le 26 juillet 1945, Marius Dufresne, président de la Dufresne Engineering, se trouve dans une embarcation sous le pont de Ste-Rose, qui s’élève au-dessus de la rivière des Mille-Îles, en compagnie de S.A. Beaulne, ingénieur du ministère des Travaux publics, de H.E. Clifford, ingénieur en chef de la Dufresne, et de J.B. Daeth, gérant de la compagnie. La Dufresne Engineering a obtenu le contrat pour la construction du pont de Ste-Rose pour remplacer le pont existant. Le groupe inspecte alors l’ouvrage. Marius Dufresne est alors victime d’un accident mortel. Voici comment S.A. Beaulne raconte les événements : «On était en train de défaire une passerelle et d’enlever le tablier. On enlevait au moyen d’une grue mécanique les pieux qui soutenaient le tablier. Un de ces pieux se brisa soudainement et le bout supérieur vint soudainement frapper la victime à la tempe. La mort fut presque instantanée.» (1)

Marius Dufresne, fils de Thomas Dufresne et de Victoire Du Sault, naît le 8 septembre 1883 à la Pointe du Lac, maintenant partie de Trois-Rivières. Comme nous l’avons mentionné dans l’article sur Oscar Dufresne (voir plus haut au 1er mai) la famille Dufresne déménage à Montréal en 1890. Marius Dufresne complète ses études primaires à l’École Montcalm de la Commission des Écoles catholiques de Montréal, alors située sur l’ancienne rue de Montigny, entre St-Hubert et St-Christophe (2). Il y obtient la médaille du lieutenant-gouverneur lorsqu’il termine sa sixième année en juin 1897 (3). Il poursuit ses études à l’École commerciale catholique de Montréal (également nommé l’école Le Plateau) avec un diplôme de capacité puis à l’École polytechnique de Montréal  de 1901 à 1905 où il obtient un baccalauréat en sciences et un diplôme d’ingénieur civil (4).Tous ces établissements étaient situés dans ce que l’on appelle aujourd’hui le quartier latin. Il est admis à la Corporation des arpenteurs-géomètres de la province de Québec en 1909. Il devient membre de l’Association des architectes de la province de Québec et de l’Institut royal d’architecture du Canada en 1917, puis de la Corporation des ingénieurs professionnels de Québec (5).

Marius_Dufresne.1915

Loronzo Prince et al, Montreal Old and New, International Press Syndicate, Montreal, 1915, p.393

Il travaille d’abord à la Montreal Locomotive Works, rue Dickson à Longue-Pointe, puis devient associé dans le bureau d’ingénieurs de Lacroix & Piché, dont les bureaux étaient sur la Côte du Beaver Hall (6). Travaillant maintenant à son compte, son bureau d’ingénieur est situé dans le même édifice que ceux de ses anciens associés. Plus tard, il installera ses bureaux au-dessus de la Banque de Toronto, sur la rue Ontario à Maisonneuve (7).

Curieux de nature, il s’intéresse au développement de l’électricité. Il fait partie des directeurs de la Dominion Light, Heat & Power qui reçoit sa charte provinciale en 1909. Il siège au conseil en compagnie de Ralph Locke, associé de son frère Oscar dans la Dufresne & Locke, Raoul Lanthier, également manufacturier de chaussures installé à Maisonneuve. Cette compagnie tente de s’attaquer au monopole que détient à Montreal et à Maisonneuve la toute puissante Montreal Light, Heat & Power. La situation est d’autant plus délicate que son frère Oscar est conseiller municipal de Maisonneuve et président du Comité des finances de la ville. Le 28 novembre 1910, alors qu’il est déjà ingénieur municipal, la Dominion obtient un contrat exclusif de 10 ans à compter du 1er janvier 1911 pour l’éclairage des rues et des édifices municipaux de Maisonneuve. La Montreal Light, Heat & Power intente des poursuites judiciaires et le 6 février 1912, le contrat de la Dominion est rescindé. La compagnie reçoit une compensation et peut offrir ses services pour l’éclairage domestique seulement (8).

On connaît surtout Marius Dufresne pour son association à la ville de Maisonneuve dont il devient l’ingénieur municipal, de juin 1910 à l’annexion en 1918. En tant qu’ingénieur municipal, il avait à superviser tous les grands travaux d’aménagement et la construction de grands bâtiments publics comme l’Hôtel de ville (1912) le Marché Maisonneuve (1914), le poste de pompiers et le Bain Maisonneuve (1915). Il ne faut pas oublier évidemment le Château Dufresne que les frères Oscar et Marius font construire de 1915 à 1918. Cette résidence est conçue par Marius Dufresne avec l’aide de l’architecte français Jules Renard, très probablement avec l’aide de Wilfrid Vandal, un employé de Marius Dufresne. Marius y déménage en 1919 avec son épouse. Auparavant, il avait habité avec son frère au 1838, boulevard Pie-IX, maison voisine du Studio Nincheri et des bureaux de la Dufresne Construction.

Il travaille au privé pendant son mandat d’ingénieur municipal. Il sert d’arpenteur-géomètre dans un contrat d’expropriation de certains terrains de la rue Sherbrooke, entre Aylwin et la ville de Maisonneuve (9).

Après l’annexion de Maisonneuve en 1918, il est entrepreneur comme le démontre un contrat obtenu pour macadamiser certaines rues de Beauharnois en 1919 (10). Il fonde la Dufresne Construction en 1921 avec son frère Oscar. Les bureaux de la compagnie sont situés en haut du Studio Nincheri au 1832, boulevard Pie-IX. Après la mort de son frère Oscar, la compagnie devient la Dufresne Engineering en 1938. Ces compagnies obtiendront de nombreux contrats de ponts, barrages et centrales électriques : les ponts de Sainte-Anne, Vaudreuil, Viau, Le Gardeur, Gaspé, la sous-structure du pont Jacques-Cartier et celle du pont du boulevard Pie-IX, les tunnels des rues Ontario, Wellington et du boulevard Pie-IX, la centrale électrique de Cadillac, le passage des Passes dangereuses, les barrages du lac Morin et de la rivière Métis (11).

Les funérailles de Marius Dufresne ont lieu le lundi 30 juillet à 10h00 à l’église St-Jean-Baptiste de La Salle devant une foule nombreuse. Cet événement est important à cause de la présence du premier ministre Maurice Duplessis et du ministre des Travaux publics Roméo Lorrain (12).

Duplessis.Dufresne.1945

À gauche, Roméo Lorrain, à droite, Maurice Duplessis, La Patrie, 30 juillet 1945

Le corps de Marius Dufresne repose au cimetière Côte-des- Neiges, section D, lot 00489 tout comme ceux de ses frères et de sa sœur (13).

Comme son frère Oscar, Marius Dufresne était membre de plusieurs conseils d’administration dont la Sun Trust, la Librairie Beauchemin, l’Imprimerie populaire (éditrice du journal le Devoir), l’Hôpital Notre-Dame, etc.

Le pont de Sainte-Rose sera finalement inauguré dimanche le 18 août 1946 en présence de Maurice Duplessis, de Roméo Lorrain en plus de Mgr Charbonneau, archevêque de Montréal, qui procédera à la bénédiction du pont qui sera baptisé Louis-Hyppolite Lafontaine. Le premier ministre Duplessis en profite pour faire une profession de foi nationaliste et s’érige en défenseur de l’autonomie provinciale devant les tendances centralisatrices du gouvernement Mackenzie King (14). Le pont Hyppolite-Lafontaine vient remplacer le vieux pont Plessis-Bélair, inapte à la croissance de la circulation automobile (15).

À cause de l’existence du pont tunnel Louis-Hyppolite-Lafontaine, la Commission de toponymie du Québec décide de renommer le pont de Sainte-Rose «Pont Marius-Dufresne» le 25 février 1985. Il existe également une rue Marius-Dufresne où se trouvaient les usines Angus. Elle donne sur la rue de Chambly au nord de Rachel. Elle reçoit son nom le 19 février 1986 (16).

Marius Dufresne avait épousé Edna Sauriol  à Cornwall le 2 juin 1914. Le couple est demeuré sans enfant. Après la mort de son mari, Edna Sauriol reçoit une allocation hebdomadaire de 1 000$ selon le testament de Marius en date du 2 décembre 1939. En 1956, tous les frères et la soeur de Marius étant décédés, trois de ses neveux (André Dufresne, Jean Dufresne et Marcel Renaud) font voter un bill privé pour prélever chacun une somme de 20 000$ sur les revenus de la succession sans affecter les intérêts servant à payer l’allocation hebdomadaire de la veuve de Marius Dufresne (17).

(1) La Patrie, 27 juillet 1945, p.13, BANQ, Collection numérique

(2) Le diocèse de Montréal à la fin du XIXe siècle, Eusèbe Sénécal, Montréal, 1900, p.171

(3) Journal de l’instruction publique, août 1897 ; consulté sur le site Notre mémoire en ligne

(4) Lorenzo Prince et al., Montreal Old and New, International Press Syndicate, Montréal, 1915, p.393

(5) Répertoire du patrimoine culturel du Québec, ministère de la Culture et des Communications

(6) Lorenzo Prince, idem

(7) Annuaires Lovell’s, années diverses, BANQ, Collection numérique

(8) Paul-André Linteau, Maisonneuve, Comment des promoteurs fabriquent une ville, Boréal Express, Montréal, 1981, p.139-14

(9) Gazette municipale de Montréal, décembre 1912 ; consulté sur le site Notre mémoire en ligne

(10) Beauharnois, Cie d’Imprimerie d’Ottawa, 1920 ; consulté sur le site Notre mémoire en ligne

(11) La Patrie, 27 juillet 1945

(12) La Patrie, 30 juillet 1945

(13) Site du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges

(14) La Patrie, 19 août 1946

(15) Histoire de se raconter, le Vieux-Sainte-Rose, Ville de Laval

(16) Site internet de la Commission de toponymie du Québec

(17) Statuts du Québec, Loi concernant le testament de Marius Dufresne, sanctionnée le 19 décembre 1956

_______________________________________________________

27 juillet 1954 : Mort d’un pompier dans l’incendie d’un entrepôt frigorifique, rue de Boucherville à Longue-Pointe

Peu après minuit le 27 juillet, un incendie se déclare dans un entrepôt frigorifique appartenant à M. Albert St-Marseille et situé au 1885, rue de Boucherville, angle Lafontaine. Deux alertes sont déclenchées. Comme les flammes sont intenses, le chef de pompiers interdit à ses hommes de pénétrer à l’intérieur. Deux pompiers, Jean-Marie Boivin et Gilles Monette, tenant le même boyau, s’approchent d’un mur. C’est alors que celui-ci s’écroule pour ensevelir Jean-Marie Boivin et blesser Gilles Monette. Les tentatives pour secourir Boivin sont vaines et l’on ne pourra que constater le décès quelque temps plus tard. Gilles Monette aura la jambe fracturée et sera transporté à l’hôpital.

L’édifice mesurait 300 pieds de long et était tout de bois. Les sapeurs ont indiqué également que du bran de scie à l’intérieur avait alimenté l’incendie. Comme l’édifice en face de l’Asile St-Jean-de-Dieu, l’on a craint un moment que les flammes se propagent à l’hôpital. Heureusement, les pompiers purent circonscrire l’incendie après deux heures et empêcher l’incendie d’atteindre d’autres bâtiments. La photo ci-dessous montre la violence de l’incendie.

Glacière.1954

Photo: La Patrie, 27 juillet 1954, BANQ, Collection numérique

Sources: La Patrie et le Canada, 27 juillet 1954

________________________________________________

8 août 1948 : décès de Charles-Aimé Reeves, architecte important à Maisonneuve

Charles-Aimé Reeves est né à Pointe-aux-Trembles le 5 mars 1872 de Charles et d’Emma Laporte (1). Il étudie d’abord à l’Académie St-Joseph sur la rue Notre-Dame à Pointe-aux-Trembles, là où se trouve actuellement le Centre Roussin. De 1890 à 1893, il étudie à l’Académie commerciale de Montréal. Il désire devenir architecte, mais il n’existe pas d’école d’architecture à Montréal. L’Association des architectes de la Province de Québec est fondée en décembre 1890. C’est cette association qui va chapeauter la profession d’architecte. Elle impose deux séries d’examens : un premier pour être admis à titre de stagiaire et un second pour devenir membre de l’Association. Nous ne savons pas dans quel bureau Reeves fera son stage, mais il est fort possible que ce soit dans le bureau Perrault & Mesnard, puis Perrault, Mesnard & Venne (à partir de 1892), le plus prestigieux bureau d’architectes francophones de l’époque. Il devient officiellement membre de l’Association des Architectes en janvier 1898 et ouvre son bureau dans Maisonneuve. Les premières années, son travail consiste surtout en la construction de maisons et de logements dans Maisonneuve et le quartier Hochelaga. Il construira pas moins de 50 résidences uniquement dans le secteur Viauville (2). Cependant, il est l’architecte du poste de pompiers Hochelaga, au 3254, rue Sainte-Catherine, tout juste à côté du parc Dézéry.

Reeves

Charles-Aimé Reeves, Montreal Old and New

Au début de sa carrière, son œuvre maîtresse est l’église Très-Saint-Nom-de-Jésus qu’il conçoit avec Albert Mesnard, son ancien patron. La construction s’espace entre 1903 et 1906. La superficie est de 4 879 mètres carrés. La façade est de style Beaux-Arts en pierre grise. Elle comporte deux tours symétriques surmontées de clochers bulbeux remplacés en 1929 par des clochers à flèches dessinés par Joseph Sawyer, un associé de Charles-Aimé Reeves. On raconte qu’à l’époque, l’idée était de dépasser en hauteur les clochers de Très-Saint-Rédempteur. La façade comporte également plusieurs portes, fenêtres, une magnifique rosace, des fenêtres aveugles avec arcs en plein cintre, des arcatures (succession de petites arcades).

ÉgliseTSNJ1906

Église Très-Saint-Nom-de-Jésus, Collection Notman, Musée McCord; on peut voir sur cette photo d’avant 1929 les clochers bulbeux dessinés par Reeves

Étroitement lié au développement de Maisonneuve, il devient en 1902, inspecteur des bâtiments, puis plus tard architecte attitré de la Commission scolaire de Maisonneuve. Il sera donc l’architecte, entre 1906 et 1919 des écoles suivantes : École du Très-Saint-Nom-de-Jésus, École Saint-Paul de Viauville. Académie du Saint-Nom-de-Marie, d’abord sur la rue Létourneux et ensuite sur la rue Hochelaga, Académie St-Clément, École Sainte-Jeanne-d’Arc, École Saint-Jean-Baptiste-de-LaSalle. Elles présentent plus ou moins les mêmes caractéristiques : influence du style Beaux-Arts, avant-corps, escalier monumental.

Il a peu œuvré dans les édifices publics. On lui doit cependant en 1909 la construction du poste de pompiers #2, angle Ontario et Desjardins, aujourd’hui Maison de la culture Maisonneuve. Après cette date, le nouvel ingénieur municipal, Marius Dufresne, aura la main haute sur toute construction de la ville.

Son action dans Maisonneuve ne se limite pas aux constructions résidentielles, scolaires ou religieuses. Il dessinera de nombreuses usines à Maisonneuve. Déjà en 1901, on lui attribuait les plans de trois manufactures de chaussures : la Royal Shoe Co., la George Slater et la Kingsbury Footwear (3). En 1903, c’est la Laniel & Co. et en 1908, il conçoit les plans de la National Licorice of Brooklyn, rue Rouen.

Il laisse sa marque également dans le domaine culturel puisqu’il est également l’auteur du premier cinéma de Maisonneuve, le Readoscope, édifié en 1907 sur la rue Notre-Dame.

Reeves avait des ambitions politiques. Il tenta sans succès de se faire élire à titre de conseiller à Maisonneuve en 1901.

Après l’annexion de Maisonneuve en 1918, la source de contrats se tarit dans cette ville. Il pratiquera principalement dans Pointe-aux-Trembles. Il cesse pratiquement toute activité à partir de 1930. Il faut dire qu’il est affligé les dernières années de sa vie par un diabète grave.

Il habite d’abord sur la rue Létourneux, puis de 1906 jusqu’à sa mort en 1948, au 1891, boulevard Pie-IX dans un bâtiment qui existe toujours. Tôt dans sa vie, Charles-Aimé Reeves fera l’acquisition d’une maison d’été dans la ville de Léry, alors appelée Bellevue. C’est dans ce chalet qu’il meurt le 8 août 1948 à l’âge de 76 ans. Il est inhumé dans le terrain familial de la famille Reeves au cimetière de Pointe-aux-Trembles.

Charles-Aimé Reeves avait épousé Alida Laporte le 6 juin 1893. Le couple aura de nombreux enfants dont seulement sept atteindront l’âge adulte. Son biographe mentionne qu’il fêtera ses noces d’argent dans la grande salle du Château Dufresne en 1918. Quelques années avant sa mort, il épousera en secondes noces celle qui lui sert d’infirmière, Marie-Anne Aubut.

Le célèbre astrophysicien Hubert Reeves est le petit-fils de Charles-Aimé.

Notes

(1) Pour une étude exhaustive de la carrière et de l’œuvre de Charles-Aimé Reeves, voir Pierre Desjardins, Charles-Aimé Reeves, architecte, 1872-1948, Atelier d’histoire de la Pointe-aux-Trembles, avril 2012

(2) Site Les maisons anciennes de Maisonneuve

(3) La Presse, 3 janvier 1901

________________________________________

18 août 1826 : noyade d’un immigrant français à Longue-Pointe

Nous avons trouvé mention de cette histoire dans l’œuvre de Marcel Fournier, Les Français au Québec, 1765-1865, Un mouvement migratoire méconnu (1).

Pierre Fournier est un immigrant français arrivé après la Conquête. Il nait en 1768 dans la ville de Rouen (Seine-Maritime). Il arrive au Bas-Canada vers 1818 et s’établit comme cuisinier. Le recensement de 1825 indique qu’il habite le faubourg Ste-Marie, situé à l’ouest de l’actuelle rue Iberville, ancienne limite de la ville d’Hochelaga.

Pierre Fournier se noie malheureusement dans le fleuve St-Laurent à la hauteur de Longue-Pointe le 18 août 1826. Dans un journal de l’époque, on affirme qu’il montrait de légers signes d’aliénation mentale. Il doit avoir un testament puisque que, toujours selon le même journal, on affirme qu’il laisse de l’argent et des propriétés foncières, mais pas d’héritier dans le pays. On l’enterre d’abord comme inconnu sur le bord du chemin à Longue-Pointe (2). Il meurt à l’âge de 58 ans. Finalement ses funérailles ont lieu le 28 août 1826 à St-François d’Assise de Longue-Pointe.

Notes

(1) Éditions du Septentrion, Sillery, 1995

(2) Le Spectateur canadien, 28 août 1826, BANQ, Collection numérique

__________________________________________________

20 août 1888 : érection canonique de la paroisse Très-Saint-Nom-de-Jésus

Lorsque Maisonneuve est créée le 27 décembre 1883, la nouvelle ville est desservie par La Nativité-de-la-Sainte-Vierge. Très rapidement, les promoteurs vont exercer des pressions auprès de l’évêque de Montréal, Mgr Fabre, pour détacher un territoire de La Nativité et créer une nouvelle paroisse. Ce projet devient réalité le 20 août 1888 et la nouvelle paroisse reçoit le vocable de Très-Saint-Nom-de-Jésus. Maisonneuve est d‘abord érigée en desserte de La Nativité et ne devient officiellement paroisse qu’en 1892. Les limites de la paroisse correspondent aux limites de la ville : la rue Viau à l’est, une ligne passant entre les rues Bourbonnière et Valois à l’ouest, la Côte de la Visitation au nord et le fleuve au sud. Une chapelle temporaire, ayant façade sur la rue De La Salle, est construite en 1888 et son sous-sol servira d’école. Le premier curé est Georges-Marie Lepailleur. Celui-ci est bien connu dans le quartier puisqu’il sera curé de La Nativité lorsque celle-ci est reconstruite après l’incendie de 1921. Vers 1902, la chapelle est devenue manifestement trop petite pour la population croissante de la ville. Une nouvelle église sera construite de 1903 à 1906 selon les plans des architectes Charles-Aimé Reeves et Albert Mesnard. Le terrain nécessaire est généreusement donné par l’Honorable Alphonse Desjardins, important promoteur foncier de la ville. La nouvelle église est bénie le 16 décembre 1906.

TSJN_Chapelle

Chapelle de Très-Saint-Nom-de-Jésus, Le diocèse de Montréal à la fin du dix-neuvième siècle, 1899

Très rapidement, les limites de la paroisse vont changer avec l’érection de la paroisse St-Clément de Viauville en 1898 pour la partie est de Maisonneuve et de nouveau en 1913 avec la création de la paroisse St-Jean-Baptiste-de-Lasalle pour les paroissiens de la partie nord. Beaucoup plus tard, en 1948, les paroisses de St-Mathias-Apôtre et St-Barnabé-Apôtre se détacheront également de Très-Saint-Nom-de-Jésus.

Comme la pratique religieuse chute dramatiquement à partir des années 1960, certaines églises deviennent trop grandes et le diocèse de Montréal décide de fermer les paroisses de Saint-Clément-de-Viauville, Saint-Barnabé-Apôtre et Saint-Mathias-Apôtre en 2000. Les registres de ces paroisses sont déposés à Très-Saint-Nom-de-Jésus.

Parce que la fabrique a longtemps négligé l’entretien du bâtiment et des orgues et également faute de moyens financiers, l’église présente de sérieux problèmes de structure. Le diocèse se voit obligé de fermer l’église au culte en juin 2009. Le 9 septembre 2010, le Service des incendies de la ville de Montréal déclare le bâtiment dangereux. Des rumeurs vont ensuite courir que l’orgue de TSJN serait vendu à Toronto, situation qui suscite un tollé dans la population et chez ceux qui veulent protéger le patrimoine.

Le nouvel évêque de Montréal, Mgr Lépine, impose ensuite en 2012 un moratoire sur la vente et la démolition d’églises patrimoniales. D’importants travaux de restauration débutent en 2013 à Très-Saint-Nom-de-Jésus et l’église est réouverte au culte avec la messe de minuit célébrée le 24 décembre 2014.

_____________________________________________

22 août 1900 : mise en opération de la Dufresne & Locke à Maisonneuve

Si vous vous arrêtez devant le 4201, rue Ontario Est, angle Desjardins, vous pouvez admirer le nouveau CLCS Hochelaga-Maisonneuve, inauguré en 2002. Si vous n’êtes pas du quartier, vous ignorez peut-être qu’à cet endroit s’élevait la Dufresne & Locke, une des plus importantes manufacture de chaussures de la ville de Maisonneuve.

Dufresne&Locke, 1910

Photo: Harry Richards, La ville de Maisonneuve, P.Q Canada, 1911. Le principal faubourg industriel de Montréal. Montréal, The Commercial Magazine Co., 1911, Collection Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

En ce 22 août 1900, il fait un temps magnifique à Maisonneuve et la météo annonce un maximum  de 74°F (23°C) (1). Vers 11h00, plusieurs personnes sont rassemblées devant la nouvelle manufacture de chaussures de la Pellerin & Dufresne. Le maire de Maisonneuve, Hubert Desjardins, le maire de Montréal, Raymond Préfontaine, plusieurs membres du conseil et la cinquantaine d’ouvriers de l’usine assistent à l’inauguration officielle de l’usine.

La Pellerin & Dufresne est une manufacture de chaussures de Montréal mise sur pied en 1894 par Victoire Du Sault, mère des célèbres Oscar et Marius Dufresne, et Georges Pellerin qui avance le capital. En 1895, Victoire Du Sault devient la seule propriétaire de l’entreprise. Devant la croissance des activités, Victoire Du Sault songe à s’établir dans la ville de Maisonneuve qui applique une politique de subventions et d’exemptions de taxes pour attirer les manufactures.

Le 18 avril 1900, elle fait l’acquisition des lots #14-424 à #14-428 de l’Honorable Alphonse Desjardins (père du maire de Maisonneuve et important propriétaire foncier de la ville) pour la somme de 3 583$. La Banque Jacques-Cartier, qui deviendra bientôt la Banque Provinciale, finance une partie du prêt pour l’achat des terrains.

Auparavant, à la séance du 24 janvier 1900, le conseil de Maisonneuve avait accepté d’accordé un boni de 10 000$ à la compagnie pourvu que 75% des salaires soient versés à des habitants de Maisonneuve (2).

Oscar Dufresne est le gérant de la manufacture. En septembre 1900, la compagnie devient la Dufresne & Locke grâce à un nouveau partenariat avec Raphaël Locke, marchand de cuir. À la fin de la première année d’exercice, la compagnie a déjà versé 20 000$ en salaires dont 80% à des personnes résidant dans Maisonneuve. La croissance de l’entreprise est rapide. En 1903, elle reçoit les premières d’Égypte puis l’exportation se fait sur une large échelle l’année suivante. Toujours en 1904, Dufresne & Locke acquiert une entreprise rivale, la Royal Shoe Co., de Maisonneuve, propriété de MM. Michaud et Lambert. La Patrie affirme qu’en 1903, de 170 à 175 ouvriers travaillent à l’usine et reçoivent des salaires entre 50 000$ et 55 000$ (3). En 1911, il y a environ 400 employés qui reçoivent 300 000$ de salaires et la valeur de la production atteint 800 000$. En 1909, on produisait 12 500 paires de chaussures (4).

Pour soutenir toute cette croissance, on décide d’ajouter une nouvelle manufacture de trois étages de 100’ x 45’ à l’ancienne. Cette manufacture est destinée à la production d’un nouveau type de chaussures. Les opérations commencèrent au début 1908. Les architectes du bureau Lacroix & Piché, où travaillait Marius, furent chargés des plans (5). Lors de l’incorporation de la compagnie en 1907 avec un capital de 250 000$, Thomas Dufresne est président, Oscar, directeur, Raphaël Locke, trésorier et Pierre de Grosbois, un ami d’Oscar, agit à titre de secrétaire et agent des ventes (6). Les actions de la compagnie sont partagées entre Victoire Du Sault et Raphaël Locke. Plus tard, la compagnie érige une tannerie et une manufacture de chaussures pour les fermiers à Acton Vale. Après le décès de Victoire Du Sault le 15 septembre 1908, Thomas Dufresne devient le nouveau co-propriétaire avec Raphaël Locke. Il occupera ce poste jusqu’à sa mort en 1936.

À la mort de son père Thomas le 27 juillet 1923, Oscar devient le président de la compagnie.

La Dufresne & Locke ne survit qu’un an à la mort d’Oscar, son frère Candide n’ayant pas les talents d’administrateur de son frère. Les locaux du 4201, rue Ontario sont occupés par J.B. Lefebvre Ltée, un grossiste en chaussures dont le président est Candide Dufresne et Ideal Paper Box, un manufacturier de cartons (7) Après la mort de Candide en 1947, les locaux sont occupés par Montreal Shoe Stores, une chaîne de magasins de chaussures.

En 1993, le CLSC Hochelaga-Maisonneuve est à la recherche d’un nouvel édifice pour concentrer tous ses services. Le choix s’arrête sur la Dufresne & Locke, alors désaffectée. Après plusieurs années de négociations, le CLSC obtient que le bâtiment soit démoli et remplacé par un nouvel édifice. Le nouveau CLSC est inauguré en 2002 (8).

(1) La Patrie, 22 août 1900, BANQ, Collection numérique

(2) Pauline Gill : Le testament de la cordonnière, Éditions TYPO, Montréal, 2011; Pauline Gill cite le texte de plusieurs documents originaux dans ce tome de la série de La Cordonnière

(3) La Patrie, 20 février 1904, BANQ, Collection numérique

(4) Paul-André Lineau, Maisonneuve, comment des promoteurs fabriquent une ville, Boréal Express, Montréal, 1981

(5) The Canadian Manufacturer, 20 septembre 1907

(6) The Canadian Manufacturer, 19 juillet 1907

(7) Annuaires Lovell, 1938, BANQ, Collection numérique

(8) http://www.atelier-d-histoire-hochelaga-maisonneuve.org/hm/serie_A/6.html

__________________________________________

26 août 1887 : la St. Lawrence Sugar devient la première grande industrie à s’installer à Maisonneuve

En 1873, le chimiste et baron allemand Alfred Baumgarten vient s’installer à Montréal à titre de gérant de la Castro Syrup Company, une extension de la Decastro & Donner Sugar Refinery de New York (1). En 1879, il fonde la St. Lawrence Sugar Refining Company avec Walter Richard Elmenhorst. Celui-ci en est le président et Baumgarten le vice-président et gérant (2). L’usine s’installe le long du canal Lachine. Le 15 juillet 1887, l’usine est incendiée (3). Baumgarten décide alors de profiter des avantages fiscaux que lui offre la ville de Maisonneuve (exemption de taxes de vingt ans). L’exemption est votée par simple résolution du conseil le 26 août 1887 (4). L’entreprise opte pour un emplacement de choix : le long du fleuve Saint-Laurent, où accostent les bateaux chargés de canne à sucre. Pour ses besoins, la commission du Havre avait même construit en 1889 le quai Sutherland, prolongement de la rue Jeanne d’Arc. En 1892, on ajoute une voie ferrée de service (5). La compagnie importe du sucre des Antilles britanniques et de l’Europe qu’elle raffine à Maisonneuve.

St.LawrenceSugar.2

BANQ, albums Massicotte, 4-145-b

À la mort d’Elmenhorst en 1894, Baumgarten devient le président et Theo Labatt, vice-président.

St. Lawrence Sugar connaît une expansion rapide. Avec l’aménagement de l’usine de Maisonneuve, le capital passe de 400 000$ à 750 000$ (6). En 1912, le capital autorisé atteint la somme faramineuse de 10 000 000$ (7). Au début du XXe siècle, St. Lawrence est le plus important employeur de Maisonneuve avec ses presque 500 ouvriers. Vers 1908, la production annuelle de l’usine s’élève à 300 000 barils pour une valeur de 5 000 000$. Trois compagnies, la St. Lawrence Sugar, Canada Sugar, compagnie fondée par John Redpath, et Acadia Sugar, contrôlent le marché canadien du sucre. En 1897, elles avaient même conclu une entente secrète pour se partager le marché durant une période de cinq ans (8)

En 1911, l’industrie du sucre connaît une certaine frayeur parce que le gouvernement Laurier veut négocier un traité de réciprocité avec les États-Unis. Le traité n’aurait pas abolit les tarifs protectionnistes, mais une clause aurait permis l’invasion du marché canadien par le sucre raffiné américain. Heureusement pour l’industrie sucrière, le gouvernement Laurier est défait aux élections du 21 septembre 1911 (9).

En mai 1912, un consortium britannique avec John Wilson McConnell, important financier canadien, comme représentant, prend le contrôle de la St. Lawrence. Alfred Baumgarten demeure président et McConnell devient le vice-président.

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale aura des conséquences sur l’avenir de la St. Lawrence Sugar. D’abord en août 1914, peu après le déclenchement de la guerre, McConnell devient le président et Baumgarten occupera désormais le poste de président honoraire. Le paquebot britannique Lusitania est torpillé le 7 mai 1915 par un U-Boat allemand. Plusieurs victimes sont des Américains et des citoyens britanniques. Ceci déclenche une hystérie anti-allemande sans précédent et plusieurs en viennent à questionner la loyauté de plusieurs des actionnaires canadiens d’origine allemande depuis longtemps installés au Canada. Alfred Baumgarten, Otto W. Donner et plusieurs autres vont être forcés de vendre leurs actions à des intérêts canadiens. La St. Lawrence publie même un communiqué pour affirmer qu’aucun intérêt allemand ne contrôle maintenant la compagnie (10). À cause d’un embargo partiel sur le transport de sucre brut vers le Canada, l’usine ferma 29 jours entre le 1er décembre 1917 et le 26 février 1918. Une situation semblable se produisit durant la Seconde Guerre mondiale à cause du rationnement de plusieurs produits dont le sucre.

En 1984, la succession de John Wilson McConnell vend la raffinerie de Maisonneuve à Sucre Lantic. En 2000, Sucre Lantic, qui possède également une usine à St. John, décide de fermer celle-ci et de concentrer ses opérations à Montréal. Elle décide d’investir 120 millions et effectue des travaux qui lui permettent de doubler sa capacité de production (11).

Sur le plan architectural, le complexe original de la St. Lawrence comprenait la raffinerie, une tour de filtrage, un entrepôt de sucre et la tonnellerie, située sur le côté nord de Notre-Dame. Cette tonnellerie, le bâtiment le plus ancien, compte plusieurs éléments typiques de l’architecture industrielle de la fin du 19e siècle : chaufferie à vapeur avec sa longue cheminée, toits plats, motifs de brique sur le couronnement du bâtiment, lettrage de la compagnie sur les murs (12). Elle a été partiellement démolie en juin 2012.

Sur le plan des conditions de travail des ouvriers, nous trouvons un intéressant témoignage d’Alfred Baumgarten à la Commission royale d’enquête sur les relations entre le travail et le capital de 1888-89. L’on apprend que la nouvelle raffinerie emploie presque 400 hommes (pas de femmes et non plus pas d’enfants) dont les salaires varient entre 1,20$ et 3,50$ par jour. L’entreprise fonctionne douze mois par année et six jours par semaine avec deux équipes qui travaillent selon l’horaire suivant : une première équipe travaille de 6h00 à 18h00 puis, une seconde prend le quart de nuit après une pause d’une heure. La semaine suivante, les deux équipes inversent les rôles. Il n’y a pas de prime pour le travail de nuit. Entre 60 et 80 ouvriers travaillent toute la journée du dimanche pour ne pas que les bouilloires s’éteignent. Ces ouvriers ont ensuite le lundi de congé et travailleront de nuit les jours suivants.

Notes

(1) Benjamin Sulte, A history of Quebec: Its resources and people, Montreal, Canada History Co.,1908

(2) Annuaires Lovell, 1880, BANQ, Collection numériqu

(3) The Monetary times, trade review and insurance chronicle, 22 juillet 1887

(4) Paul-André Linteau, Maisonneuve ou comment des promoteurs fabriquent une ville, Montréal, Boréal Express, 1981

(5) Histoire des travaux de la Commission du Havre dans le port de Montréal : ouvrage présenté à la Chambre de Commerce, L.E. Morin, Montréal, Moniteur du Commerce, 1894

(6) The Canadian Manufacturer and Industrial World, 15 juin 1888

(7) The Monetary times, trade review and insurance chronicle, 11 mai 1912

(8) William Fong, W. McConnell: Financier, Philanthropist, Patriot, Montreal McGill/Queen’s University Press, 2008

(9) idem

(10) Le Prix courant, 15 juin 1915

(11) Site de l’industrie sucrière canadienne http://www.sugar.ca/Canadian-Sugar-Industry/History-of-the-industry.aspx?lang=fr-CA

(12) Enquête sur les rapports qui existent entre le capital et le travail, vol. III, Ottawa, Eusèbe Sénécal, 1889

(13) Héritage Montréal: http://www.memorablemontreal.com/swf/?lang=fr

________________________________

5 septembre 1905 : Naufrage de l’Hosanna au large de Longue Pointe

Vers 19h30, le  5 septembre 1905, il fait sombre et l’«Hosanna» navigue au large de Longue Pointe, dans le chenal, large d’environ 600 pieds (183 m) à cet endroit. Il est alors frappé par l’«Empire», un navire inaugurant son service entre Québec et Montréal. Le capitaine Roy de l’«Hosanna» fit tout en son pouvoir pour éviter l’«Empire» et sortir du chenal; sans succès. Le bateau est frappé perpendiculairement à l’arrière et la coque est brisée en deux. Le bateau coule en moins de cinq minutes et repose bientôt à 22’ d’eau (6,7 m).  Les membres de l’équipage réagissent rapidement et lancent deux canots à l’eau. Heureusement, le capitaine, sa femme, la cuisinière et neuf membres d’équipage sont rapidement secourus par le «Shamrock». Curieusement après l’accident, l’«Empire» fit un tour sur lui-même, contourna l’«Hosanna» et reprit son chemin vers Montréal voyant que le «Shamrock» s’approchait du naufrage pour secourir les passagers et les membres d’équipage. Le lendemain 6 septembre, on pouvait voir une partie de la structure de l’«Hosanna» flottant à la surface.

Hosanna2.060902

La Patrie, 6 septembre 1905, BANQ, Collection numérique

L’«Hosanna» appartenait à la Richelieu and Ontario Navigation Company, dont le président est Rodolphe Forget, et avait servi à la traversée de Longueuil à Montréal. Depuis quelque temps, le gouvernement fédéral l’avait loué pour procéder à la construction de phares. Il avait été construit à Sorel aux chantiers de la Richelieu and Ontario en 1893. Il mesurait 58,5’ de long (17,8 m) et 23’ de large (7 m). Sa capacité était de 80 tonneaux (226 m3).

Hosanna1.060905

La Patrie, 6 septembre 1905, BANQ, Collection numérique

Quant à l’«Empire», c’est un navire de plus grandes dimensions : 170’ de longueur (51,8 m) et 26’ de largeur (7,9 m) avec une capacité sept fois supérieure à celle de l’«Hosanna», soit 600 tonneaux (1698 m3). Il appartenait à une société formée du célèbre capitaine Bernier et d’un groupe d’investisseurs de Québec. Il prévoyait faire la navette entre Montréal et Québec en partance de Québec les lundis et mercredis et de Montréal les mardis et vendredis. Il visait à concurrencer le «Montréal» et le «Québec» de la Richelieu and Ontario. Il était commandé par le capitaine Oliver Gillespie. Heureusement, il ne transportait pas de passagers pour cette première traversée.

Un commissaire enquêteur, le capitaine Spain, est nommé pour faire la lumière sur cet accident. Son rapport est rendu le 11 octobre au matin. Il tient pour seul responsable le capitaine Gillespie et révoque sa licence de pilote de bateaux passagers dans les eaux canadiennes. Le rapport en donne plusieurs raisons. Premièrement, le capitaine Gillespie naviguait seul et ne pouvait donc communiquer avec un mécanicien. Deuxièmement le navire était enregistré sous son ancien nom, le «White Star», et ne possédait donc pas de permis pour transporter des passagers. Troisièmement, l’«Empire» naviguait du mauvais côté du chenal ce qui eut pour conséquence que l’«Hosanna» ne put l’éviter. De plus, il semble qu’après l’accident, il continuait de transporter des excursionnistes entre Montréal et Québec.

Sources:

La Patrie, 6 septembre et 11 octobre 1905, BANQ, Collection numérique

____________________________________________

15 septembre 1838 : Bénédiction de la Chapelle de La Nativité à Hochelaga

Dans le supplément de l’édition de 1864 de l’Annuaire de Ville-Marie, nous trouvons le texte suivant : «1838 – 15 septembre – Le quinze septembre mil-huit-cent-trente-huit, je, prêtre soussigné, dûment autorisé, ai béni, sous l’invocation de la Nativité de la Très-Sainte-Vierge, la chapelle du Courant Ste-Marie, bâtie sur le terrain donné à Messire Joseph Vincent Quiblier, supérieur du Séminaire de Montréal et curé de la dite paroisse, par Messire Nicolas Dufresne, prêtre du Séminaire, qui l’avait reçu lui-même en pur don de M. Jean-Baptiste Dézéry, en présence de Messire Jacques Arnaud, prêtre du Séminaire soussigné.» (1)

Cette chapelle en bois, construite comme d’autres pour desservir une population trop éloignée de l’église Notre-Dame, était probablement située sur l’actuelle rue Dézéry. Lorsque cette rue est aménagée, la chapelle est transportée sur le bord du parc actuel. La chapelle est desservie par des prêtres de St-Sulpice au début. Cependant, dans les années 1860, elle est desservie par l’abbé Louis-Étienne-Avila, fils de Simon Valois, généreux donateur du terrain ayant servi à la construction du Couvent Hochelaga, et chapelain de la Maison- mère des Sœurs des Très-Saints-Noms-de-Jésus de 1860 à 1866. On en trouve la mention dans les Annuaires Lovell de 1863 à 1868. Durant l’été, la messe est célébrée quotidiennement à 9h00 et les Vêpres à 15h00. L’hiver, les fidèles n’ont droit qu’à la bénédiction et au sermon à 7h00 et les Vêpres à 13h30 (2). En 1869, c’est le révérend M. Picard, missionnaire qui dessert la chapelle (3).

La paroisse La Nativité d’Hochelaga fait partie des premières paroisses détachées de Notre-Dame en 1867. Cependant, l’érection civile n’eut lieu que le 23 février 1875 en vertu du 48 Victoria, Chapitre 29.

Le 19 mars 1875, les Sulpiciens vont céder le terrain de la chapelle à l’évêché de Montréal qui, à son tour, le cédera à la fabrique de la nouvelle paroisse de La Nativité le 16 juin 1875. Malheureusement, un incendie se déclare vers 11h00 le 17 décembre 1875 et la chapelle n’est bientôt plus que ruines. Puisque la nouvelle église est en construction, la fabrique vendra le dit terrain à la municipalité le 23 septembre 1876 pour la somme de 12 000$ (4). C’est sur ce terrain que sera construite plus tard la Maison municipale d’Hochelaga, puis ensuite le Marché public et le bain d’Hochelaga. Nous verrons dans une prochaine chronique ce qu’il adviendra de ce terrain où s’élevait un jour la Chapelle du Courant Ste-Marie.

(1) Cité dans La Revue moderne, juillet 1936

(2) Annuaires Lovell, 1863-64 à 1868-69, BANQ, Collection numérique

(3) Annuaire Lovell, 1869-70, BANQ, Collection numérique

(4) Paul Gauthier, Le Parc Dézéry, sommaire historique, La Revue Moderne, juillet 1936

____________________________________________

16 septembre 1898 : Incendie des remises d’Hochelaga de la Montreal Street Railway

Dans la nuit du 15 au 16 septembre 1898, vers 2h30, un incendie se déclare dans l’édifice #20 du complexe Hochelaga de la Montreal Street Railway (MSR). Il s’agit d’un hangar servant à la remise de nuit des tramways. Le complexe Hochelaga se situe à l’angle des rues Ste-Catherine et du Havre, où se trouve encore aujourd’hui un des garages de la STM.

AteliersHochelaga

Dessin paru dans La Patrie, 16 septembre 1898, BANQ, Collection numérique

En 1861, la Montreal City Passenger Railway est la première compagnie de tramway à s’installer à Montréal. Les tramways sont alors tirés par des chevaux. Son terminus est situé aux limites d’Hochelaga et de Montréal. Cette compagnie devient en 1886 la Montreal Street Railway. Le complexe Hochelaga est un ensemble de bâtiments où l’on entrepose, répare et construit des tramways. Depuis 1894, tout le réseau de la MSR est électrifié.

Lorsque l’incendie éclate, ce sont les employés qui donnent une première alerte bientôt suivie de deux autres. Les efforts des pompiers furent vains à circonscrire rapidement l’incendie et en moins d’une heure, l’édifice est réduit en cendres (1). La structure de bois et la présence de créosote servant d’accélérant rendirent difficile l’intervention des pompiers. Juste au nord des Ateliers Hochelaga se trouvait la Montreal Gas; certains curieux eurent un moment de panique craignant que le complexe gazier n’explose. Les pompiers réussirent cependant à empêcher l’incendie de se propager à la Montreal Gas et aux bâtiments environnants.

Au moment de l’incendie, 62 véhicules se trouvaient dans le hangar. Détail curieux : six des véhicules incendiés avait été construits dans ces mêmes ateliers l’année précédente. Les journaux estimaient les pertes à plus de 100 000$.

Cette tragédie aura une fin heureuse: les ouvriers des ateliers font preuve d’un remarquable esprit d’entraide et décident eux-mêmes de faire une corvée de reconstruction; le hangar est rebâti dès janvier 1899. Ceux des ateliers de construction vont remuer ciel et terre et 142 tramways seront mis en service cette même année (2).

(1) La Patrie, 16 septembre 1898, BANQ, Collection numérique

(2) Jacques Pharand, À la belle époque des tramways, Éditions de l’Homme, Montréal, 1997

_________________________________

23 septembre 1948 : Double meurtre de policiers lors d’un vol de banque à Longue Pointe

En ce jeudi 23 septembre 1948, un jeune homme de 17 ans, Pierre Lefebvre, est attablé au restaurant Ritchot au 7778, rue Notre-Dame Est. En face de l’établissement au 7785, angle de St-Just, se trouve une succursale de la Banque Canadienne Nationale. Il est environ 14h10 lorsque le jeune homme aperçoit une Cadillac noire, avec trois hommes à son bord, se stationner devant la banque. Deux hommes en sortent et se placent des mouchoirs sur le visage. L’un deux portent en plus des verres fumés. Le chauffeur laisse rouler le moteur pour être prêt à démarrer le plus rapidement possible.

BCNStJust

Banque Canadienne Nationale, angle Notre-Dame et de Saint-Just, La Patrie, 24 septembre 1948, BANQ, Collection numérique

Pierre Lefebvre traverse la rue et, au péril de sa vie, prend en note la plaque d’immatriculation du véhicule : 75-373. Il aperçoit ensuite un véhicule de police circulant sur la rue Notre-Dame en direction ouest. Deux policiers sont à bord : le constable Nelson Paquin et l’agent Paul-Émile Duranleau. Il leur raconte rapidement ce qu’il vient d’apercevoir. En même temps, le propriétaire du restaurant, M. Albert Ritchot, téléphone à la police.

Pendant que le jeune homme arrête les deux policiers, les deux malfaiteurs entrent dans la banque et surprennent le gérant, M. Isidore Cadieux, trois caissières et un client. L’un des malfaiteurs arrachent le sac de dépôt du client contenant plus de 2 000$.

Lorsque les policiers dégainent leur revolver en s’approchant de la banque, les deux malfaiteurs, Noël Cloutier et Douglas Perreault, s’apprêtent à en sortir. C’est alors que Cloutier aperçoit le policier Paquin et tire en sa direction; celui-ci est atteint mortellement. Cloutier saute par-dessus le comptoir et se dirige vers la porte arrière pour s’échapper. Pendant ce temps, Douglas Perreault, portant deux pistolets, choisit plus tôt d’utiliser l’entrée principale. Il arrive alors face à face avec l’agent Duranleau et fait feu immédiatement. Plusieurs dizaines de coups de feu seront échangés entre les policiers et les malfaiteurs.

Cloutier et Douglas Perreault se retrouve sur la rue Notre-Dame à la recherche de la Cadillac noire. Le chauffeur, Donald Perreault (aucun lien de parenté avec l’autre), a vite quitté la scène en entendant les coups de feu. Les deux braqueurs reviennent sur leurs pas et repassent devant la porte de la banque. Selon des témoins entendus lors du procès, Perreault achèvera les deux policiers.

Le temps presse pour les deux malfaiteurs car l’on entend les sirènes de plusieurs autos de police. À ce moment, le docteur Wilfrid Perreault roule sur la rue Notre-Dame avec sa femme et son jeune fils. Il fait son arrêt règlementaire à l’angle des rue de Boucherville et Notre-Dame. Les deux malfaiteurs en profitent pour arraisonner la voiture et obligent les occupants à sortir. Ils filent à 80 m/h (128 km/h) sur la rue Notre-Dame en direction ouest. La chasse à l’homme est commencée. Les policiers réussissent rapidement à localiser la voiture dans Viauville. Les malfaiteurs abandonnent la voiture et se trouvent maintenant dans une ruelle entre les rues Aird et Sicard. Cloutier veut faire feu sur les policiers mais son revolver est vide. Il se rend alors aux policiers qui le conduisent immédiatement au poste pour interrogatoire. On retrouve sur lui 1190$ des 2 142$ volés plus tôt. Douglas Perreault entre alors dans la maison de l’ancien député de Maisonneuve, Georges Caron, ressort par le devant et réussit à prendre la fuite.

Lorsque les secours ambulanciers arrivent sur les lieux du crime, l’agent Duranleau est déclaré mort. L’on transporte le constable Paquin à l’hôpital mais il mourra en route. L’autopsie révèlera que le constable Paquin a été atteint de 5 balles tandis que 4 balles ont touché l’agent Duranleau.

Les deux policiers sont exposés en chapelle ardente pendant trois jours à partir du vendredi 24 septembre dans le hall de l’annexe de l’Hôtel de ville, rue Gosford. Selon les journaux de l’époque, près de 30 000 personnes défileront devant les policiers sauvagement abattus. Les funérailles civiles ont lieu à l’église Notre-Dame de Montréal, lundi le 27 septembre à 10h00 devant une foule nombreuse. Plusieurs centaines de personnes devront rester à l’extérieur. Des représentants de plusieurs corps policiers du Québec assistent aux funérailles. Le cortège funèbre est précédé de onze landaus de fleurs. Deux véhicules de pompiers servent de corbillards.

funeraillespolicierspaquinetduranleau_1948

Auteur inconnu; référence: Canada Wide

On apprend également lundi le 27 septembre que le dénommé Louis Desrosiers est activement recherché par la police. Il aurait été vu en compagnie de Donald Perreault deux heures seulement après la fusillade alors qu’il s’était arrêté dans un garage de Varennes. Il se rendra à la police le 29 septembre.

Les deux Perreault réussissent à se rejoindre on ne sut jamais comment. Ils se rendent dans une ferme près de Pembroke en Ontario appartenant au grand-père de Douglas où ils passeront deux jours. Le grand-père ignore complètement tout ce qui s’est passé. Il vit dans une ferme isolée, ne possède pas de radio et ne reçoit pas de journaux. Le lundi 27 septembre au matin, il se rend à des funérailles à Chapleau et c’est là qu’il apprend les événements du jeudi précédent. À son retour, il ordonne aux deux Perreault de quitter les lieux immédiatement. Prévenus de l’endroit où se cachent les deux Perreault, les policiers arrivent cependant avec une heure de retard. Malgré les importants barrages policiers dans toute la région, on ne peut mettre la main sur ceux-ci.

Jeudi soir le 30 septembre, un garagiste de la petite ville de Taber en Alberta signale un vol d’essence. Vers 1h00 dans la nuit, un agent de la GRC procède à l’arrestation de deux individus au volant d’une Cadillac noire. Les deux individus sont transportés au poste de Lethbridge. Ils donnent des faux noms. Le lendemain, ils sont condamnés à 25$ d’amende et à 30 jours de prison. Comme tous les corps policiers du Canada ont des descriptions détaillées des individus, ceux-ci sont formellement identifiés comme étant Douglas et Donald Perreault.

Les deux Perreault sont ramenés à Montréal où ils doivent subir leur procès de même que Noël Cloutier. Le maire de Montréal, Camilien Houde, demande au procureur général et premier ministre Maurice Duplessis une procédure accélérée permettant ainsi de passer outre l’enquête préliminaire.

Le 13 novembre, la police annonce qu’elle a éventré un complot visant à faire évader Noël Cloutier et Douglas Perreault. Deux arrestations sont effectuées.

Le premier procès instruit est celui de Noël Cloutier. Il débute le 23 novembre. On apprend la veille du procès que Noël Cloutier a tenté de se suicider dans sa cellule. Le procès pour le meurtre du constable Paquin ne dure que quatre jours. Noël Cloutier est déclaré coupable : le jury n’a délibéré que 20 minutes. Après une courte pause, le juge revient pour prononcer la sentence. Il porte un tricorne et est ganté de noir : ceci signifie une sentence de mort. L’exécution par pendaison est annoncée pour le 11 mars 1949.

Douglas Perreault est le deuxième à subir son procès pour le meurtre de l’agent Duranleau. Commencé le 13 décembre, il ne dure que trois jours. Fait intéressant, il manque deux membres pour compléter le jury puisque les avocats de la Couronne et de la défense s’entêtent à récuser des jurés potentiels. La police doit donc courir les rues pour forcer plus d’une vingtaine de citoyens à se rendre à la cour pour compléter le jury. Le 16 décembre, celui-ci ne prend que 15 minutes pour prononcer la sentence. Douglas Perreault est déclaré coupable. Encore une fois, le juge Lazure enfile ses gants noirs. Perreault est condamné à monter sur l’échafaud le 25 mars 1949. Il ne sera exécuté finalement que le 17 juin.

Le troisième accusé, Donald Perreault, subit son procès à la fin mars 1949. Peu de temps avant son procès, il tente de se suicider dans sa prison de Québec. Ceci ne va pas empêcher le procès de s’instruire. Comme il était le chauffeur et qu’il n’a pas participé aux meurtres, ses avocats vont tenter de le faire déclarer non coupable en invoquant le fait qu’il a été trompé par ses deux complices. La couronne invoquera la thèse de la conspiration et prouvera qu’il était parfaitement au courant de leurs intentions et qu’il a même fui jusqu’en Alberta avec l’autre Perreault. Le jury le déclare coupable en 30 minutes de délibérations et le juge Lazure ressort ses gants noirs pour la troisième fois. Il devra mourir sur l’échafaud le 8 juillet. Ses avocats réussissent à obtenir un premier sursis parce que Perreault est un témoin important dans une cause impliquant Jean-Paul-Bernard Dussault, accusé de complicité après le fait dans la fuite des deux Perreault en Alberta. Un deuxième sursis est refusé et la sentence est exécutée le 25 novembre 1949. Ainsi, après 14 mois, se clôt un chapitre qui avait commencé le 23 septembre de l’année précédente.

Si vous passez dans ce coin, vous remarquerez que le site de la BCN n’existe plus et qu’il est occupé par un petit stationnement. Le restaurant Ritchot a également disparu.

Notes

Pour cet article, nous avons consulté La Patrie, Le Canada et La Presse systématiquement du 24 septembre au 17 décembre 1948, puis ensuite ponctuellement de mars à novembre 1949 pour les procès et les exécutions.

_________________________________

10 octobre 1883 : la ville d’Hochelaga décide de construire un marché public

En octobre 1883, l’idée d‘annexer la ville d’Hochelaga à Montréal fait son chemin dans le conseil municipal d’Hochelaga. Ce conseil est formé du maire Raymond Préfontaine et des conseillers suivants : Jean-Damien Rolland, ex-maire et beau-frère du maire actuel, Amable Collin, Joseph Chartier, Augustin Tétreault, John Bumbray et Jean-Marie Beyreis (1). Le projet d’annexion sera officiellement accepté à une assemblée des contribuables convoquée le 23 novembre suivant. Cependant, le conseil veut laisser une empreinte supplémentaire sur le paysage de la municipalité. C’est ainsi qu’il octroie un contrat de 5 200$ à Adolphe Morissette pour la construction d’un marché public (2). Celui-ci est un menuisier-charpentier de la rue Marlborough (aujourd’hui Adolphe D.-Roy). Le marché est situé sur un des côtés de la Maison municipale, construite en 1877 et devenue poste de police et de pompiers après l’annexion. On voit très bien le marché sur la carte de Goad de 1890 avec sa façade sur la rue Dézéry.

MarchéHochelaga1890

Atlas de Goad, 1890, BANQ, Collection numérique

En 1900, la ville de Montréal fait construire un nouveau poste de pompiers sur la rue Ste-Catherine à l’extrémité est de l’actuel parc. C’est actuellement la caserne #13. L’ancien Hôtel de ville sera utilisé pendant quelques années par le Service des incendies de Montréal comme «Boutique du département du feu». En juin 1903, la ville de Montréal décide de démolir l’ancien hôtel de ville et le marché (3). Le terrain est ensuite nivelé pour devenir un parc public qui deviendra le Parc Bumbray le 3 juillet 1903 (4). Le nouveau parc public sera renommé le Square Dézéry le 9 novembre 1903 (5). Cependant, ce nom n’est jamais mentionné sur les atlas des assureurs. Le nom de Square Dézéry est de nouveau confirmé le 21 mars 2005 par le Service de toponymie de la ville de Montréal.

Seul reste sur le site un petit bain public, construit en bois en 1890. Il sera également démoli en 1906 pour permettre l’agrandissement du square.

(1) Annuaire Lovell, 1883-84, BANQ, Collection numérique

(2) Paul Gauthier, La Revue moderne, août 1936, BANQ, Collection numérique

(3) idem

(4) La Patrie, 2 juillet 1903, BANQ, Collection numérique

(5) Paul Gauthier, ibidem

____________________________________

9 novembre 1907 : Inauguration du premier cinéma à Hochelaga-Maisonneuve, le Readoscope

Le premier cinéma du quartier Hochelaga-Maisonneuve est le Readoscope, du nom de son fondateur, Albert E. Read. Il était situé au 535 (plus tard 4309), rue Notre-Dame Est, angle Létourneux, en face de l’ancien hôtel de ville. Le propriétaire habite dans le même édifice au 533.

La famille d’Albert E. Read immigra en 1879 au Canada, en provenance des États-Unis (1). Read est un chanteur, danseur et comédien qui se produit sur des scènes américaines. La presse anglophone le salue de retour de tournée (2). On le retrouve comme artiste invité en 1904 (3) au Parc Riverside, parc situé où se trouve aujourd’hui l’ancienne J.P. Coats, rue Notre-Dame. En 1905 et 1906, Lévie Tremblay, propriétaire du Parc Riverside et futur maire de Maisonneuve de 1915 à 1918, le nomme directeur artistique. À cause de la féroce concurrence du Parc Dominion, ouvert en juin 1906, le Parc Riverside doit fermer ses portes en octobre 1906. Read perd donc son emploi. Il lui vient alors l’idée d’ouvrir son propre cinéma. Il n’a cependant pas l’argent nécessaire. Il loue alors la Salle municipale de Maisonneuve, située derrière l’ancien hôtel de ville, avenue Létourneux pour projeter des films. Les journaux annoncent l’ouverture de la nouvelle salle pour le 21 octobre 1906 (4). Elle portera le nom de «Readoscope». La salle municipale servira de cinéma lorsqu’elle n’est pas louée pour d’autres.

Salle_Maisonneuve.1907

La salle était située au 87, avenue Létourneux. Atlas de Pinsonneault, 1907, Collection numérique, BANQ

activités. Comme les cinémas de l’époque ferment durant les mois d’été à cause de la chaleur intense et de l’absence de ventilation, Read demande en mars au conseil de Maisonneuve la permission d’installer des ventilateurs électriques ce qui lui est refusé, puis une demande de réduction de son loyer pour la saison d’été 1907; nouveau refus. Il croit donc le moment venu de faire construire son propre cinéma.

L’architecte désigné est Charles-Aimé Reeves, très actif dans la ville de Maisonneuve. Reeves dessina quatre tours carrées (deux de chaque côté), qu’il coiffa d’une toiture pyramidale, pour entourer l’édifice. Une marquise, avec la mention Readoscope, est placée au centre de l’édifice (5). Le cinéma possédait entre 800 et 1 000 places (1 200 selon la recension de l’inauguration par La Presse). Il comportait au moins quatre loges. Le cinéma n’avait pas de téléphone, mais la billetterie est ouverte de 9h00 à 18h00. Il est inauguré en grande pompe le 9 novembre 1907. On affirme dans une publicité parue dans La Patrie la veille de l’inauguration qu’il a coûté 18 000$ et qu’il est situé un bloc à l’est du Parc Riverside. Le cinéma devait être inauguré une semaine plus tôt mais des retards dans la livraison de matériel vont repousser l’ouverture une semaine plus tard. Le Readoscope présentait un programme complet tous les soirs à 20h15 à partir du lundi. Des matinées sont offertes les jeudi, samedi et dimanche à 14h30. Le prix d’entrée est de 10, 15 ou 25 sous. Les journaux de fin de semaine contiennent des publicités pour le nouveau programme du lundi. L’orchestre du cinéma est dirigé par le professeur J.J. Marchand, ancien membre de la fanfare VanderMeerschen, qui avait travaillé au Parc Dominion en 1906.

Readoscope.1910

La Presse, 28 juillet 1910, Collection des microformes, BANQ

Le cinéma ne sert pas uniquement aux vues animées et au vaudeville mais pour des spectacles de toutes sortes comme des numéros d’acrobatie, des soirées d’amateurs et même un concours de scieurs de bois. On y présente également plusieurs combats de boxe en 1910 et 1911. On ne se gêne pas dans ces soirées pour manifester son mécontentement lorsque les combats sont de piètre qualité.

Vers 1910, le Readoscope passe aux mains de Napoléon A. Fullum, un tabagiste de 38 ans, qui habitait juste à côté du cinéma lors de son inauguration. Le gérant du Readoscope est le fameux bonimenteur Alexandre Silvio. Les journaux de l’époque organisent des événements dans les cinémas pour lesquels ils font une abondante publicité. C’est le cas de La Presse qui présente une soirée en l’honneur du club de crosse Le National le 28 juillet 1910. M. Silvio avait promis d’organiser une soirée si les joueurs du National battaient une équipe de Toronto le 1er juillet (6).

À partir de 1910, il est de plus en plus rare de trouver des annonces des programmes du Readoscope dans les journaux d’époque. Ces journaux ne font plus de publicité gratuite en publiant les communiqués des propriétaires comme au début. Les annonces sont désormais payantes. De plus, on trouve presque uniquement des annonces des cinémas du centre-ville. Les seules mentions du Readoscope sont pour des combats de boxe ou des assemblées électorales. C’est d’ailleurs pour une assemblée électorale de la circonscription de Maisonneuve en mai 1915 que l’on trouve la dernière mention du Readoscope.

L’année 1916-17 est la dernière année de présence du Readoscope dans le Lovell’s. La guerre portera un dur coup à l’existence des petits cinémas dans cette période de restrictions économiques. On ignore la date exacte de fermeture.

L’édifice du Readoscope servira au Garage Notre-Dame dans les années 1920.

(1) Recensement de 1911

(2) Montréal Daily Star, 19 juillet 1902 et 20 juin 1903

(3) Montreal Daily Star, 7 juin, 25 juin et 27 août 1904

(4) Par exemple, Le Canada, 13 octobre 1906

(5) Site lesmaisonsanciennesdemaisonneuve.org

(6) La Presse, 24 au 28 juillet 1910

__________________________________

7 novembre 1907 : Incendie de la seconde église de St-François de Longue-Pointe

Église081107.3

Photo de la seconde église avant l’incendie. La Patrie, 8 novembre 1907, Collection numérique, BANQ

Vers 21h00, le 7 novembre 1907, une réunion des commissaires d’école de Longue-Pointe se tient chez Mme Hétu, la veuve de Louis-Gaspard Hétu, l’ancien secrétaire-trésorier de Beaurivage de la Longue-Pointe, de Longue Pointe et de la commission scolaire. Elle habite tout près de l’église et aperçoit des flammes sortant de la sacristie de l’église. L’un des commissaires, M. Édouard Lacas, architecte, prévint les autorités de Montréal pour l’envoi de matériel et d’hommes, mais ce fut le chef Georges-T. Benoit, chef des pompiers et de police de Maisonneuve qui dirigea les opérations pour tenter de sauver l’église. Les pompiers volontaires de St-Jean-de-Dieu participèrent également au travail. On demanda même à la Commission du Port la permission d’utiliser un remorqueur pour pomper l’eau du fleuve afin d’éteindre l’incendie, mais aucun ne possédait l’équipement nécessaire.

Église081107.2

Voici tout ce qui resta de l’église après l’incendie. Photo La Patrie, Collection numérique, BANQ

L’enquête montra que l’incendie avait débuté dans la chaufferie pour ensuite s’attaquer à la sacristie puis à l’église toute entière.

Après le début de l’incendie, on fit sonner le tocsin. Plusieurs citoyens se précipitèrent sur les lieux. On utilisa un long boyau pour tirer l’eau de l’aqueduc de St-Jean-de-Dieu; l’eau de Longue-Pointe provenait du même endroit.

On tenta de sauver l’église, mais on réalisa rapidement que c’était une mission impossible. Des ornements précieux datant de la première église, comme un ciboire, un calice, un ostensoir et un encensoir en argent envoyé de France en 1729 furent détruits dans l’incendie. Après un certain temps, le vent se mit à souffler vers le nord, menaçant des maisons sur la rue St-Louis (devenue ensuite la rue St-Malo), petite rue disparue lors de la construction du pont-tunnel. Les flammes s’attaquèrent ensuite au toit du presbytère. L’édifice ne fut que partiellement endommagé.

Les flammes faisaient leurs œuvres. Bientôt la couverture s’effondra dans un fracas sinistre. Ce fut ensuite le clocher. Les trois cloches qui avaient résisté à l’incendie de 1893 furent bientôt fondues. Au petit matin du 8 novembre, il ne restait que les quatre murs et, à l’intérieur de l’église, le socle en pierre de l’autel qui datait de 1726.

Église081107.1

Photo de l’intérieur de l’église après l’incendie. Le X indique l’emplacement du socle du maître-aute datant de 1926. Photo La Patrie, 8 novembre 1907, Collection nationale, BANQ

L’église était estimée à 30 000$ et son contenu à 3 000$ tandis que les assurances ne couvraient que 16 000$.

Après l’incendie, le service du culte se fera dans la chapelle du Couvent de la Providence (anciennement le Couvent St-Isidore) qui servira d’église jusqu’à la construction de la nouvelle église.

Le 8 décembre 1907, la fabrique décida de reconstruire une église plus modeste qui servira de transition vers un temple plus considérable. Cette nouvelle église, construite rapidement, est bénie le 6 juin 1908. Elle ne servira que jusqu’en 1914, année où l’on inaugura la 4e église, celle qui fut démolie en 1964 lors de la construction du pont-tunnel.

Notes

La Patrie, 8 novembre 1908

Histoire des cinq églises de la Paroisse Saint-François-d’Assise depuis 1724, Fabrique Saint-François-d’Assise, avril

_________________________________

10 novembre 1909 : décès de Bernard Joseph Coghlin, manufacturier d’essieux et de ressorts pour trains

La compagnie B.J. Coghlin Spring and Axle Works est une des plus méconnues  de notre quartier. Pourtant, elle a existé plus de 80 ans dans Hochelaga.

Bernard Joseph Coghlin est d’ascendance irlandaise. Il est né à Galway en Irlande et a fait ses études au célèbre Trinity College de Dublin. Très tôt, il immigre au Canada et déjà à l’âge de 22 ans, il ouvre une forge à Montréal en 1858. Il décide de spécialiser dans la fabrication de ressorts et d’essieux pour les calèches et les plus tard pour les trains. Il s’installe en 1879 à Hochelaga dans ce qui est la Cowan, Dyotte & Co. (Montreal Spring Works), compagnie fondée sous le nom de Cowan, Cherco & Co. en 1877 (1). La manufacture est située dans ce qui deviendra la prolongation de la rue Stadacona (maintenant Adam) entre les rues Marlborough (Alphonse D.-Roy) et Moreau (2). Elle profite de la proximité des installations de la Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental qui possède la ligne Montréal-St-Jérôme et la gare Moreau depuis octobre 1876.

Coghlin.1879

Atlas de Hopkins, 1879, Collection numérique, BANQ. On peut apercevoir la manufacture tout juste à côté du chemin de fer QMMO. Notez que la rue Stadacona (Adam) n’est pas encore tracée.

La B.J. Coghlin est l’une des six entreprises d’Hochelaga qui bénéficient d’une exemption de taxes de la ville d’Hochelaga avant l’annexion en 1883. Selon une source, une centaine de mécaniciens qualifiés travaillent pour la Montreal Spring Works et celle-ci fournit tout le Canada en ressorts et essieux (3).

B.J. Coghlin assurera sa réputation internationale en faisant breveter un mécanisme pour éviter l’écartement des rails et ainsi prévenir les accidents ferroviaires potentiels (4). Coghlin ne fabrique pas seulement du matériel roulant : il est aussi marchand de gros et importateur en ferronnerie, fer et acier. Il est agent manufacturier et, à ce titre, il représente plusieurs compagnies britanniques de Sheffield, Birmingham et Glasgow (5). Il représente aussi la compagnie de navires transatlantiques White Star Steamship Co. (6).

Coghlin.B.J.

Photo tirée de Wajax, Célébrons 150 ans, 1858-2008, Site www.wajax.com 

Libéral convaincu, en 1903, il persuade le premier ministre Wilfrid Laurier de modifier le projet de loi sur le chemin de fer afin d’éviter l’effondrement de l’Intercolonial, un chemin de fer déficitaire qui périclitait. Rappelons que ce projet est une promesse du Canada-Uni afin que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse adhèrent à la fédération canadienne de 1867. Selon lui, ce chemin de fer était une composante essentielle du réseau ferroviaire des Maritimes et il considérait que son maintien était indispensable à la survie de la Confédération (7).

Coghlin était actionnaire de la Royal Insurance Co., la plus importante compagnie canadienne d’assurances à la fin du XIXe siècle (8). À la fin de sa vie, il avait été nommé gouverneur à vie de l’Hôpital Notre-Dame et du General Hospital. Il meurt le 10 novembre 1909 (9). Ses deux fils Bernard W. et Gerald John vont continuer son œuvre. Ils font incorporer la compagnie le 17 février 1910. En 1915, la compagnie déménage plus à l’est dans un quadrilatère formé par les rues Darling, Ontario, Davidson et la voie ferrée au sud. Le coût de construction de la manufacture et d’une maison est estimé à 8 000$ (10).

Coghlin.1959

Plan d’assurances de Montréal, 1959, Collection numérique, 1959

En 1950, B.J. Coghlin devient une société ouverte par l’émission de 26 000 actions à la Bourse de Montréal. En 1965, B.J. Coghlin devient la Wajax Limited, nom qu’elle porte toujours (11).

La B.J. Coghlin cesse ses opérations à l’usine d’Hochelaga en 1961. Les bâtiments inoccupés sont démolis dans les années 1980 et sur le site, la ville de Montréal aménage la Bibliothèque pour enfants et la Piscine Hochelaga.

(1)Annuaires Lovell, 1877-78, 1878-79 et 1879-80, Collection numérique, BANQ

(2) Atlas de Hopkins, 1879, Collection numérique, BANQ

(3) Montreal, her past, present and future, Montreal, Chaput frères, circa 1890

(4) A history of Quebec, Montreal, Canada History Co., 1908 Site Notre mémoire en ligne

(5) Annuaire Lovell, 1893-94, Collection numérique, BANQ

(6) Lovell’s historic report of census of Montreal taken in 1891, Montreal, Lovell, 1891 Notre mémoire en ligne

(7) Wajax, Célébrons 150 ans, 1858-2008 sur le site wajax.com

(8 ) Insurance Society, February 20, 1883 Site Notre mémoire en ligne

(9) Le Prix Courant, 9 novembre 1909 Site Notre mémoire en ligne

(10) Le Prix Courant, 20 août 1915, Site Notre mémoire en ligne

(11) Wajax, Célébrons 150 ans, 1858-2008 sur le site wajax.com

_______________________

15  novembre 1897 : Couvent Hochelaga : premier lieu de représentation cinématographique dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve

Le cinéma, tel qu’on le connaît, fait son apparition officielle, le 28 décembre 1895, par la première projection publique des frères Lumières à Paris. Six mois plus tard, et deux jours avant New York, la première projection de cinéma au Canada a lieu le 27 juin 1896 à Montréal au café-concert Palace, dans l’édifice Robillard, au 974, rue Saint-Laurent devant un public de journalistes et de notables. Un article enthousiaste de La Presse du 29 juin relate l’événement. Les projectionnistes Lumière, Louis Minier et Louis Pupier, vont passer l’été 1896 à projeter des films dans la région de Montréal. Ils consacreront l’automne à parcourir la province.

De 1897 à 1907, avant que les premiers cinémas permanents ouvrent leurs portes, de nombreuses représentations seront le fait de projectionnistes ambulants. Les deux plus célèbres sont sans doute la comtesse Marie-Anne Tréourret de Kerstat et son fils, le vicomte Henry de Grandsaignes d’Hauterives qui apportent de France l’Historiographe (spectacles commentés voulant enseigner l’histoire universelle). Pendant dix ans, ils vont parcourir la province dans tous les sens présentant des films des frères Lumières, de Méliès et de la société Pathé dans des salles paroissiales, des restaurants, des marchés publics, des hôtels de ville, des salles paroissiales, etc. Leurs excellentes relations avec le clergé québécois vont faciliter les choses (1).

Hauterives

Cinémathèque québécoise

La première représentation de la première tournée a lieu au Musée Éden le 5 novembre 1897. Le musée Éden était à la fois un musée de cire et une salle de spectacle. Les représentations de l’Historiographe à cet endroit se poursuivront jusqu’en février 1898. Des spectacles seront présentés ailleurs dans la ville comme le mentionne une publicité de l’Historiographe : «à la demande de divers groupes d’amateurs, la direction offre des spectacles en différents endroits de la cité.» (2)

Or, un des lieux où seront projetés des films est le Couvent Hochelaga. Le 15 novembre 1897, les élèves et pensionnaires du Couvent pourront assister à une représentation de l’Historiographe présentée et commentée par le vicomte d’Hauterives. Nous en avons trouvé la trace en faisant des recherches aux Archives de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (3).

Nous savons avec certitude qu’un des films présentés est «La vie de N.S. Jésus-Christ, recomposée d’après les peintures de Léonard de Vinci, d’Eugène Delacroix et d’autres grands maîtres, suivant les textes des Saintes Écritures et la Tradition». Les 12 tableaux comprennent des scènes allant de Noël à la Résurrection. La Chronique mentionne également qu’Hauterives a présenté des tableaux enfantins, des tableaux comiques et des films sur l’histoire profane. Ces derniers films sont probablement «Histoire d’Angleterre, Histoire de la Révolution française, Histoire du Premier Empire, Guerre franco-prussienne» projetés au Musée Éden et lors des tournées de villes autour de Montréal. Cependant, il est difficile de préciser les titres des tableaux enfantins et des tableaux comiques présentés au Couvent.

Jusqu’à présent, nous croyions que le lieu de projection des premiers films à Hochelaga-Maisonneuve était le Parc Riverside, parc d’amusement de la rue Notre-Dame à Maisonneuve (1900-1906). Une publicité de La Patrie du 28 juin 1902 mentionne pour la première fois la projection de films au Parc Riverside. Cette récente découverte nous permet de faire reculer la date de projection de presque cinq ans.

Nous devons saluer la perspicacité et l’ouverture d’esprit des Sœurs du Saint Nom de Jésus et de Marie qui ont permis aux élèves de vivre une expérience unique dix jours seulement après les premières projections au Musée Éden.

(1) Germain Lacasse et Serge Duigou, L’historiographe, Les dossiers de la cinémathèque, No 15, octobre 1984

(2) La Minerve, 27 novembre 1897, Collection numérique, BANQ

(3) Chroniques de la Congrégation, note du 15 novembre 1897, Archives des Sœurs du SNJM

__________________________

22 novembre 1891 : décès de Cléophée Têtu (Sœur Thérèse de Jésus), fondatrice de l’Asile Saint-Jean-de-Dieu

En mai, nous avons publié un article sur l’incendie de l’Asile St-Jean-de-Dieu le 6 mai 1890 (voir plus haut). Nous avons alors découvert une femme remarquable : Sœur Thérèse de Jésus. Cet article se veut un hommage à ce bâtisseur.

Cléophée Têtu naît le 3 décembre 1824 à St-Hyacinthe (1). Elle est fille de Jean-François Têtu et de Cécile Chabot. Son père est nommé notaire le 9 avril 1817 (2). Il cesse de pratiquer en 1850, peu de temps avant sa mort en 1851 (3). Il est également agent du seigneur Jean Dessaules et travaille comme inspecteur pour la ville de St-Hyacinthe comme dans le cas de l’aménagement d’un marché en 1830 (4). Patriote convaincu, il participe aux événements de 1837-38. Poursuivi après la défaite des Patriotes, il doit fuir aux États-Unis où il passe plusieurs mois en exil. De retour, il est condamné à l’emprisonnement le 2 décembre 1838 (5) d’où il sortira après deux mois. Cependant, il a perdu tous ses biens.

Malgré tout, Cléophée Têtu recevra une éducation chez les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame à St-Hyacinthe. Très jeune, elle est très attirée par la vie religieuse. Le 5 octobre 1844, elle entre chez les Filles de la charité, communauté fondée l’année précédente par Émilie Tavernier et qui prendra plus tard l’appellation de Sœurs de la Providence. Presque deux ans plus tard, soit le 21 juillet 1846, elle prononce ses vœux et prend le nom de sœur Thérèse de Jésus. Étant donné le peu de droits que possèdent les femmes à cette époque, elle est sûrement consciente que c’est uniquement en optant pour une carrière religieuse qu’elle pourra atteindre son plein potentiel.

SoeurThérèse

Source: Un héritage de courage et d’amour, 1873-1973 ou La petite histoire de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Longue Pointe

La communauté reconnaît rapidement les talents d’organisatrice de sœur Thérèse. Les années 1847 à 1851 sont des années difficiles pour le Canada-Est. Plusieurs dizaines de milliers d’immigrants irlandais pauvres et malades arrivent dans la colonie. Des épidémies de typhus et de choléra font plusieurs milliers de victimes. En 1849, elle devient officière auprès des malades de l’hôpital Sainte-Camille, établissement fondé par les sœurs de la Providence pour s’occuper des personnes atteintes du choléra. En août de la même année, elle devient la supérieure de l’hospice Saint-Jérôme-Émilien, mis sur pied en juillet 1847 pour s’occuper de l’éducation et des soins des orphelins.

Durant la seconde partie de sa carrière, elle sera affectée à des tâches à l’étranger. En 1854, le diocèse de Burlington au Vermont construit l’édifice qui accueille Providence St-Joseph, un orphelinat dirigé par les sœurs de la Providence. L’orphelinat est fondé le 1er mai 1854 et sœur Thérèse en sera la première directrice.

Après trois ans à Burlington, la mission suivante de sœur Thérèse sera de consolider les nouveaux établissements des sœurs de la Providence au Chili. Arrivées dans ce pays en 1853, elles remplacèrent les sœurs du Sacré Cœur comme responsables d’un orphelinat au port de Valparaiso. En février 1857, elles ouvrirent un noviciat à Santiago sous la direction d’une des fondatrices de la congrégation, Mère Victoire Laroque (6). C’est dans ce noviciat que sœur Thérèse travaillera pendant un an pour ensuite occuper un poste de direction à l’orphelinat de Valparaiso. En 1863, elle est rappelée à la maison mère de Montréal.

Après quelques mois passés à visiter les pauvres et les malades, elle est de nouveau nommé supérieure de l’orphelinat St-Joseph de Burlington. En 1866, elle revient à Montréal pour occuper le poste d’économe générale de la communauté jusqu’en 1875. C’est dans ce contexte qu’elle travaillera à l’œuvre de sa vie : la fondation d’un asile d’aliénés (7) qui deviendra l’Asile St-Jean de Dieu.

Rappelons le contexte. En 1873, le plus important asile de la province, celui de Beauport, ne suffit plus à la demande. Le gouvernement provincial veut installer un asile dans la région de Montréal et c’est aux sœurs de la Providence que cette tâche sera confiée. Cette congrégation possédait déjà le Couvent Saint-Isidore à Longue-Pointe. Ce bâtiment servait à accueillir un petit nombre d’aliénés depuis 1852.

Le 4 octobre 1873 sera une date importante dans la vie de sœur Thérèse. C’est à cette date qu’elle entre officiellement dans l’histoire parce qu’à titre de mandataire des sœurs de la Providence, elle signe un acte notarié avec le premier ministre de l’époque, Gédéon Ouimet, pour l’établissement d’un asile d’aliénés à Longue-Pointe.

Comme les premiers patients se présentèrent dès l’automne 1873, il devenait urgent de construire l’asile. Pour opter pour le meilleur plan possible, sœur Thérèse, accompagnée d’une consoeur, sœur Godefroy, et de l’architecte Benjamin Lamontagne, effectua une tournée en Ontario et aux États-Unis afin de visiter des établissements destinés à des patients atteints de maladies mentales. À la suite de ce voyage, on adopta un plan semblable, sauf quelques légères modifications, au Mount Hope Retreat à Baltimore. Les travaux commencèrent en avril 1874 et furent terminés en l’espace de seize mois. Le 20 juillet 1875, on pouvait commencer le transfert des premiers patients au nouvel hôpital. Sœur Thérèse devint alors la supérieure du nouvel établissement. Le nouvel édifice fut bénit le 27 octobre 1875 en présence  du premier ministre provincial de l’époque (8).

Rappelons que les sœurs de la Providence construisirent l’asile pratiquement sans subventions sauf la somme de 100$ par patient par année que le gouvernement leur accordait. Le gouvernement provincial renouvela l’accord en 1875 pour une période de 20 ans sans toutefois augmenter la subvention de 100$ par patient. L’édifice avait fière allure comme on peut le voir sur ce croquis.

StJeandeDieuOP200874

Source: L’Opinion publique, 20 août 1874, BANQ, Collection numérique

Le nombre de patients augmenta d’année en année si bien qu’en 1889, dernière année avant le grand incendie du 6 mai 1890, l’édifice comptait 1 246 patients par rapport à 408 à la fin de 1875. Sœur Thérèse ne recula devant rien pour apporter toutes les améliorations nécessaires à l’établissement : la construction de bâtiments de service, un immense jardin potager de sept arpents de long par 2 arpents et demi (410 mètres par 146), l’acquisition de terres adjacentes à l’asile pour augmenter la superficie des terres cultivables, l’installation de cornets acoustiques permettant de communiquer entre bâtiments, l’éclairage à l’électricité à partir de février 1889, l’aménagement intérieur de l’édifice, l’amélioration des soins aux patients, etc.

On pourrait croire que les patients sont enfermés à vie lorsque survient une maladie mentale. Cependant, un rapport de sœur Thérèse de 1890 parle d’une proportion de guérison de 43,81% pour l’année 1887. Le traitement hydrothérapique, très populaire à cette époque, est utilisé à Saint-Jean-de-Dieu. Un livre, publié en 2007, donne la parole aux internés et à leurs familles et montre les espoirs, mais aussi les déceptions, que les patients et leurs familles mettaient dans le traitement psychiatrique à l’époque (9).

Même si, à la veille de l’incendie, toutes les améliorations sont faites, sœur Thérèse planifie en 1889 une longue tournée d’inspection de 40 asiles d’Angleterre, d’Écosse, de Belgique, de France, d’Italie, des États-Unis et du Canada. Elle est accompagnée de deux médecins de l’institut, d’une consoeur et de l’avocat de la congrégation. Les notes recueillis serviront à aménager les bâtiments temporaires après l’incendie de mai 1890.

Sœur Thérèse revint d’Europe le 26 août 1889 et une grande fête l’attendait : tous les bâtiments étaient décorées de drapeaux et d’oriflammes et l’allée et les parterres illuminées avec plus de 1 200 lanternes vénitiennes (10). Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de l’amour que portaient les sœurs, gardiens et patients à la supérieure de l’institution. Son anniversaire était également souligné à chaque année.

Plusieurs personnalités de marque ont effectué des visites à l’asile durant les années de sœur Thérèse et ont laissé des témoignages favorables comme les premiers ministres Gédéon Ouimet et Honoré Mercier, Honoré Beaugrand, maire de Montréal de 1885 à 1887, Benjamin Sulte, historien et de nombreux autres (6). Le témoignage de Claudio Jannet, professeur à l’Université catholique de Paris, est éloquent à ce sujet : «J’ai eu l’honneur de visiter l’établissement des aliénés de la province de Québec à Montréal, et j’emporte le meilleur souvenir de l’organisation de cet établissement, qui est à la hauteur de tous les progrès de la science…»(11)

Tout ce travail inlassable finit par avoir un effet sur sa santé. En décembre 1889, elle est atteinte par l’influenza et doit s’aliter. Elle ne put jamais se débarrasser de cette infection si bien qu’au moment de l’incendie de mai 1890, elle devait garder la chambre. L’adversité lui redonna la santé puisque seulement neuf jours après le sinistre, elle préparait les plans de quatorze pavillons temporaires selon un modèle observé en Europe l’année précédente. Les feuilles métalliques recouvrant l’extérieur des pavillons étant peintes en rouge, on les baptisera les «pavillons rouges». Ceux-ci furent érigés en trois mois. Deux cents ouvriers y travaillèrent

Pavillonsrouges

Source: Croquis dans Adolphe Bellay, Hospice St-Jean-de-Dieu, asile de la Longue-Pointe, Montréal, Laperle, 1892

d’arrache-pied. Dès le 18 août, les premiers patients furent réintégrés. Le 8 septembre, tous les patients pouvaient séjourner dans les nouveaux bâtiments. Les nouveaux pavillons permanents de pierre furent érigés en 1901, dix ans après sa mort.

Malheureusement, le dimanche 22 novembre 1891, après seize ans de travail infatigable à Saint-Jean-de-Dieu, elle meurt dans l’endroit qui fut l’œuvre de sa vie. Ainsi nous quittait cette femme qui maîtrisait trois langues (français, anglais, espagnol) et dotée d’une force de caractère et de qualités de gestionnaire peu communes qui en font l’une des personnalités les plus importantes de son époque. Selon La Patrie, le samedi soir, elle avait passé plusieurs heures dans la salle de réunion des sœurs réglant toutes sortes de petits détails. Se sentant indisposée, elle se retira dans sa chambre. Elle devait s’éteindre tout doucement peu après minuit.

Plusieurs journaux de l’époque publièrent des notices nécrologiques. Selon La Patrie «C’est une des plus grandes figures de notre scène publique qui s’en va.» (12). L’Étendard écrivait : «La mort de la Révérende Sœur Thérèse de Jésus est un deuil provincial. Dans un autre pays, on ferait peut-être à cette humble religieuse des funérailles publiques.» (13). Le Montreal Daily Star ajoutait que son «esprit supérieur était reconnu de tous.» (14).

Sœur Thérèse de Jésus fut inhumée dans le cimetière des sœurs à côté de l’Asile. En 1982, après l’annexion de Saint-Jean-de-Dieu à Montréal, les restes des sœurs inhumées dans le cimetière furent transportés au Repos Saint-François-d’Assise dans la section 2D.

La ville de Montréal a honoré la mémoire de soeur Thérèse en nommant une rue Cléophée-Têtu dans le quartier Mercier.

(1) Plusieurs détails sur la vie de sœur Thérèse sont contenus dans Huguette Lapointe-Roy, «TÊTU, CLÉOPHÉE, Thérèse de Jésus», dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003 et dans Un héritage de courage et d’amour, 1873-1973 ou La petite histoire de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Longue Pointe

(2) Joseph-Edmond Roy, Histoire du notariat au Canada depuis la fondation de la colonie jusqu’à nos jours, Volume 2, p. 287, Lévis, La Revue du notariat, 1900, BANQ

(3) Joseph-Edmond Roy, Histoire du notariat au Canada depuis la fondation de la colonie jusqu’à nos jours, Volume 3, p. 6, Lévis, La Revue du notariat, 1900, BANQ

(4) Actes et ordonnances du Bas-Canada, Montréal, Derbishire et Desbarats, 1845

(5) Liste des patriotes emprisonnés sur le site http://pages.infinit.net/nh1837/pricon/lcomplet/frprcolc.htm

(6) Site internet de la province Bernarda Morin (en espagnol)

(7) C’est ainsi que l’on nommait à l’époque les malades psychiatrisés

(8) Adolphe Bellay, Hospice St-Jean-de-Dieu, asile de la Longue-Pointe, Montréal, Laperle, 1892

(9) André Cellard et Marie-Claude Thifault, Une toupie sur la tête, Visages de la folie à Saint-Jean-de-Dieu, Montréal, Boréal, 2007

(10) Bellay, p. 56

(11) Les États-Unis contemporains, ou les Mœurs, les institutions et les idées depuis la guerre de la sécession, Paris, E. Plon, 1876

(12) La Patrie, 23 novembre 1891, Collection numérique, BANQ

(13) L’Étendard, 23 novembre 1891, Collection numérique, BANQ

(14) Montreal Daily Star, 23 novembre 1891, Collection des microformes, BANQ

__________________________________

26 novembre 1831 : décès à Longue-Pointe de William Satchwell Leney, célèbre graveur d’origine anglaise

William Satchwell Leney naît le 16 janvier 1769 à Lambeth (1), aujourd’hui un quartier dans le centre de Londres. Il est le fils d’Alexander Leney et de Susanna Sharp. Il est baptisé à l’église anglicane de Saint Matthew de Bethnal Green deux jours plus tard (2). Leney étudie avec Peltro William Tomkins, célèbre dessinateur et graveur de son époque. Celui-ci était le graveur attitré de la reine Charlotte et le professeur de dessin de la princesse royale. Leney deviendra rapidement très habile pour pratiquer la gravure à l’outil et en pointillé. Il avait atteint la notoriété déjà à sa majorité. Durant sa carrière anglaise, il a exécuté de nombreux portraits et des illustrations de magazines. Il a beaucoup travaillé pour le théâtre : d’abord des scènes de pièces de théâtre pour le British Theatre de John Bell (1791-97) et surtout pour avoir gravé dans les années 1790 six plaques pour l’édition de la Galerie de Shakespeare du graveur et éditeur John Boydell (3). La plus connue est une illustration de la pièce Henry IV d’après Henry Fuseli mettant en scène Doll Tearsheet, Falstaff, Henri IV et Poins et publiée le 25 mars 1795.Leney.Shakespeare1795

Source: Doll Tearsheet, Falstaff, Henry et Poirs, Metropolitan Museum of Art, 42.119.534

Il a aussi gravé en grand format la célèbre «Descente de la Croix» d’après Rubens ce qui lui mérita une médaille d’or.

Vers 1805 ou 1806, il quitte l’Angleterre pour les États-Unis et s’installe à New York avec sa femme Sarah White et ses enfants. La jeune république accueille à bras ouverts un graveur de talent comme Leney. Celui-ci ne tardera pas à obtenir de nombreux contrats. L’annuaire de New York de 1806-07 le montre vivant sur Greenwich Street, près du marché. Le premier projet d’importance sera de graver plusieurs illustrations pour l’édition de 1807 de la Bible in-quarto d’Isaac Collins. Au cours de sa carrière, il gravera de nombreux paysages de la ville de New York. Il travaille également sur des portraits pour l’édition de 1815 du Repository of the lives and portraits of distinguished American characters de Delaplaine. Il est célèbre pour ses portraits des anciens présidents George Washington et John Adams, de l’inventeur du bateau à vapeur Robert Fulton et de nombreux autres. En 1812, il s’associe à William Rollinson, graveur de billets de banque qui a développé une machine pour tracer des lignes ondulées de façon à créer des marges sur le billet; c’était une façon d’éviter la contrefaçon, très courante à l’époque. Leney grava un spécimen qui, une fois approuvé par les propriétaires des banques, leur apportèrent de nombreux contrats non seulement aux États-Unis, mais au Bas-Canada. C’est ainsi qu’en 1817, Leney et Rollinson obtiennent un contrat de la Montreal Bank, devenue la Bank of Montreal en 1822. Des billets de un, deux, cinq, dix et cent dollars furent émis de 1817 à 1822 avec la mention de Leney & Rollinson (4). Voici un exemple de billet :

1505

Source: Gracieuseté du Service des archives de BMO; numéro d’archives 1505 : 1819, billet de 5$, émis par la Banque de Montréal. 

Le Musée de la Banque du Canada possède un billet de 10 et un de 100 dollars de 1822.

Vers 1820, William S. Leney s’installe à Longue Pointe avec sa famille et achète le lot #332 (5) dans le premier rang de la paroisse Saint-François-d’Assise. C’est une terre de 200 arpents selon le recensement de 1851.

Lot#332

Source: Atlas de Hopkins de 1879, BANQ, Collection numérique

Selon l’auteur anonyme d’une histoire des Ogilvies, William Leney semblait peu intéressé à suivre les traces de son père. Il l’incita à déménager au Canada et à acheter une terre (6). Nous sommes assurés qu’il est établi à Longue-Pointe en octobre 1820 : il reçoit alors la visite de William Dunlap qu’il avait connu à New York (7). Sept personnes habitent la ferme en 1825. L’information est confirmée par le Recensement du Bas-Canada et le Dénombrement du comté de Montréal par MM Louis Guy et Jacques Viger. Dans ce dernier document, les auteurs ont ajouté la note suivante «graveur anglais, de mérite». En plus de William Satchwell et de Sarah White, nous avons pu identifier trois des enfants : William, John et Clarissa. Nous ignorons pour le moment le nom des deux autres personnes.

Même s’il vit tranquillement à la campagne, William Satchwell Leney continue de travailler la gravure. C’est lui qui illustre la page frontispice du premier numéro de la revue Canadian Magazine and Literary Repository en juillet 1823.

Dans une biographie de la famille McCord, l’arrière-petite-fille de Leney, Charlotte Dickson Leney Gage raconte qu’il aimait travailler avec les instruments strictement nécessaires et sur le plus simple des bureaux. C’est elle qui, en 1917, remettra sept outils originaux de son aïeul à David Ross McCord, le fondateur du musée du même nom. Les sept outils portent chacun un «Y», marque personnelle de Leney gravée par lui-même (8). Il s’agit d’une gouge, d’une sonde, d’un stylet, d’un ciseau, de deux poinçons et d’un outil à pointe rhomboïdale (9).

Leney.outils

Leney fait la rencontre de Robert Auchmuty Sproule, un aquarelliste et miniaturiste britannique arrivé au Bas-Canada en 1826. Celui-ci annonce en novembre 1829 son intention de produire six aquarelles représentant des scènes du Vieux-Montréal. Elles seront gravées sur des plaques de cuivre par Leney et publiées en 1830 par Adolphus Bourne. Cinq des originaux sont actuellement dans la collection du Musée McCord. La plus connue est présentée ci-dessous. On peut affirmer que ceci marque le véritable début de la gravure au Canada (10). Une autre édition sera publiée dans les années 1880.

Leney.Montréal

Source: Toronto Public Library, numéro de référence: JRR 114 Cab IV (Sproule)

En 1828, la Montreal Mechanics Institution (MMI) est fondée à Montréal pour développer les arts et métiers. William S. Leney fera le don d’une plaque de cuivre gravée pour marquer les débuts de l’institution. Pour cela, il sera fait membre à vie. Robert A. Sproule est aussi membre du MMI (11).

William Satchwell Leney meurt à Longue-Pointe le 26 novembre 1831. Le service funèbre a lieu le 1er décembre à l’église Christ Church, alors sur la rue Notre-Dame. Il est inhumé sur sa ferme. Ses restes ainsi que ceux de Sarah White, décédée le 23 juin 1834, sont transférés au cimetière Mont-Royal le 14 décembre 1910. William Satchwell Leney repose à côté de sa femme et de son petit-fils Andrew dans la section G2, lot 1253 de ce cimetière (12).

Leney.1

Photo: André Cousineau, Collection personnelle

Dans les années 1950, une rue du quartier Mercier fut baptisée en son honneur. Elle était située immédiatement au sud d’Honoré-Beaugrand, entre Liébert et Lepailleur. Elle porte depuis le 2 novembre 1976 le nom de rue Gustave-Bleau en l’honneur du curé fondateur de la paroisse Sainte-Louise-de-Marillac (13).

RueLeney

Source: Atlas de 1954, BANQ, Collection numérique

Certains des enfants de William S. Leney et de Sarah White vont passer leur vie, ou du moins une partie, à Longue-Pointe.

1° William Leney (1801-1884)

Il prend la succession de son père à la direction de la ferme après la mort de celui-ci en 1831. Il avait épousé la fille d’un voisin, Helen Muirhead, le 26 mars 1828 à la St. Andrew’s Prebytarian Church de Montréal. Le recensement de 1851 montre qu’il est un agriculteur prospère de Longue-Pointe. Sur les 200 arpents de la terre, 163 sont en culture (112 ayant donné une récolte en 1851, 50 en prairie et 1 en verger), le reste étant en bois debout. Il meurt le 15 février 1884. En 1888, après la mort de sa femme l’année précédente, le lot #332 des Leney et le lot #335 de Joseph Toupin sont réunis à St-Jean-de-Dieu. Son fils Andrew possède une terre à l’ouest de celle de son père. Il sera pendant un temps conseiller de Longue-Pointe, soit de 1886-87 à 1890-91. Avec sa mort le 31 janvier 1912, s’éteint la lignée des Leney de Longue-Pointe. La jumelle d’Andrew, Sarah, épouse le 10 septembre 1854 Alexander Walker Ogilvie, un des fondateurs de la célèbre minoterie Ogilvie.

2°John Leney (1809-1876)

Né le 18 décembre 1809 à New York, il s’installe avec ses parents à Longue-Pointe. Bien que presbytérien, il épouse Henriette Dumont à Saint-François-d’Assise le 15 janvier 1833.  Il quitte Longue-Pointe puisque, lors du décès de son fils John le 18 décembre 1847, on le dit fermier sur le rang de la Grande Côte à Sainte-Thérèse. Lors du recensement de 1861, il habite Stanstead en Estrie. Il décède le 6 janvier 1876 et est enterré dans le cimetière de Fitch Bay en Estrie.

3° Clarissa Leney (1818-1893)

Elle est née le 16 mai 1818 à New York. Elle épouse d’abord Walker Millar en 1837 puis Casimir Galibert le 6 avril 1861 à la Christ Church Cathedral; celui-ci fut maire de Longue-Pointe du 5 février 1877 au 22 janvier 1881 puis de nouveau du 11 avril 1882 au 5 janvier 1884. Clarissa meurt à Montréal le 8 décembre 1893.

(1) Voir inscription sur la pierre tombale de W.S. Leney; merci à Susan McGuire, historienne bénévole de la Bibliothèque Atwater pour les précieuses informations sur W.S. Leney

(2) De nombreux renseignements sur la généalogie de Leney et de sa famille ont été trouvés sur le site d’Ancestry.ca.

(3) De nombreuses notices biographiques nous ont permis d’esquisser à grands traits la vie de W.S. Leney parmi lesquelles: Dictionary of National Biography, 1885-1900, Volume 33, Londres, Smith, Elder and Co; Dictionary of American Biography, Volume 11, New York, Charles Scribner’s Sons, 1943; William S. Baker, American engravers and their works, Philadelphia, Gebbie & Barrie Publishers, 1875

(4) Collection nationale de monnaies, Musée de la Banque du Canada

(5) Voir Atlas de Hopkins, 1879, BANQ, Collection numérique

(6) The Ogilvies of Montreal, Montreal, Gazette Printing Co., 1904

(7) William Dunlap, History of the rise and progress of the arts and design in the United States, Vol. I, New York, George P. Scott & Co., 1834

(8) Pamela Miller, La famille McCord, une vision passionnée, Musée McCord d’histoire canadienne, Montréal, 1993

(9) Numéros de catalogue M2575 à M2580 et M2582; merci à Nora Hague, catalogueure sénior du Musée McCord, pour ces informations

(10) Patricia Fleming, Gilles Gallichan, Yvan Lamonde, Histoire du livre et de l’imprimé au Canada, Vol. 1, Montréal, PUM, 2004

(11) Susan McGuire, History of the Mechanics Institute of Montreal à l’adresse suivante: http://www.atwaterlibrary.ca/history-and-archives/history-of-the-mechanics-institute-of-montreal/

(12) Service de renseignements du Cimetière Mont-Royal

(13) Répertoire historique des patronymes montréalais à l’adresse suivante : http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=1560,11245605&_dad=portal&_schema=PORTAL

 

 

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s